« 2017 a été une année mitigée au niveau de l’activité boursière (…) mais c’est une année positive parce que l’indice de la bourse a évolué, depuis le début de cette année à ce jour de 12% », c’est ce qu’a déclaré Bilel Sahnoun, directeur général de la bourse de Tunis dans une interview exclusive accordée à Africanmanager, estimant que durant cette année, le portefeuille des investisseurs s’est également apprécié et le rendement s’est situé à un niveau très respectable. Cette performante s’explique principalement par l’évolution des indices sectoriels principalement des banques, de l’industrie et des biens de consommation, a-t-il expliqué.
« Rien que deux petites nouvelles introductions sur toute une année »
Sahnoun n’a pas toutefois caché certains points négatifs ayant marqué l’activité boursière en 2017, assurant que cette année n’a vu que deux petites introductions en bourse qui ont eu lieu au début de l’année : » Ce fut une année faible en termes de nouvelles introductions alors que l’on s’attendait à une année meilleure par rapport à la précédente », a précisé le DG de la bourse, expliquant cela par une réticence remarquable des investisseurs vis-à-vis de la bourse. S’y ajoutent les volumes quotidiens des transactions moyennes qui sont passés de 6,9 MD en 2016 à 6,2 MD cette année : » C’est un peu dû à la liquidité mais le dynamisme et la profondeur du marché ont fait défaut », a-t-il soutenu.
Interrogé sur les raisons derrière cette réticence, Bilel Sahnoun a tenu à préciser que cette réticence des investisseurs est due à plusieurs raisons : « d’abord pour les grosses entreprises », a-t-il expliqué, « la majorité est gérée par l’État soit à travers des sociétés étatiques ou confisquées », a précisé Sahnoun, regrettant l’absence d’une décision ferme pour orienter ces sociétés-là vers la bourse, laquelle se présente aujourd’hui comme une des alternatives les plus importantes pour lever des fonds, selon ses dires.
En plus de cette raison, il a cité les groupes privés. « Aujourd’hui la psychologie de l’investisseur n’est pas encore au rendez-vous (…) Ce dernier pose toujours la fameuse question « je dois lever des fonds pour faire quoi? » (…) Aujourd’hui, il n’y a pas de prise de position d’investir et de programme clair à moyen et long termes de la part de l’investisseur (…) je connais beaucoup de dossiers retardés par l’investisseur lui- même en attendant un climat d’affaires beaucoup plus incitatif que l’actuel », a-t-il dit.
C’est aussi culturel!
Le patron de la bourse a également évoqué un facteur culturel. » Les gens croient encore qu’on venant à la bourse, ils vont perdre le contrôle, dévoiler leurs chiffres et s’afficher à la concurrence, mais ce n’est qu’une simple vue de l’esprit car en réalité tous ceux qui ont intégré la cote de la bourse ont pris leur avant-garde sur leurs compétiteurs (…) Aujourd’hui, ils perdent peut-être en transparence et en visibilité mais ils gagnent en notoriété et en visibilité à l’international tout en accédant à de nouveaux marchés. Je ne pense pas que ces craintes soient fondées mais plutôt un état d’esprit qu’autre chose », a-t-il dit.
Il a par ailleurs indiqué que la décision de s’introduire en bourse n’a aucun rapport avec la dépréciation du dinar : » La bourse ne sera jamais affectée par la dépréciation du dinar étant donné que tout se fait en dinar », a-t-il précisé.
Sur l’année 2018, Bilel Sahnoun a déclaré que personne ne peut prédire comment sera l’année boursière 2018, mais », a-t-il dit, la bourse travaille actuellement sur des projets pour essayer de dynamiser l’activité boursière. « On est sur un programme financé dans le cadre de la coopération britannique pour inciter les PME à venir lever des fonds sur le marché boursier. On est encore en phase de négociation avec le CMF sur un projet de refonte du règlement général de la bourse (…) Nous espérons, en mettant en place tous ces projets, faire de 2018 une année meilleure que ses précédentes », a espéré Shanoun.
« Aucun dossier de nouvelle introduction chez la bourse »
Sur les nouvelles introductions en bourse, Bilel Sahnoune a indiqué qu’aucun dossier n’est actuellement chez la bourse, notant toutefois l’existence de dossiers en cours de préparation chez les intermédiaires en bourse. « Nous espérons aussi qu’en termes d’introduction en bourse, l’année 2018 sera meilleure que 2017 », a-t-il dit.
« Nous voulons aussi que les grandes sociétés gérées par l’État ou encore celles opérant dans des secteurs concurrentiels, quelles soient étatiques ou confisquées, s’introduisent en bourse (…) Dommage qu’elles restent sous la gestion de l’État sachant que la gestion privée est beaucoup plus dynamique et performante. Cela permettra certes d’améliorer la visibilité de la Tunisie à l’international et attirer des IDE surtout en ce qui concerne les investissements en portefeuille », a-t-il précisé.
« Oui pour les compagnies d’assurances »
S’agissant des compagnies d’assurance et des projets qui ont été mis en place pour les encourager à s’introduire en bourse, le DG de la bourse a tenu à préciser que son institution ne peut pas accorder des avantages sélectifs à des secteurs plus qu’à d’autres : « Nos offres et nos avantages sont valables pour n’importe quel secteur et ce, malgré notre souhait de voir les compagnies d’assurances qui ne sont pas encore cotées, venir chez nous », a expliqué Sahnoun, soulignant qu’un projet de réforme de l’activité assurance est en cours d’étude et qu’il espère que ce projet aidera à inciter les compagnies d’assurance et les encourager à s’introduire en bourse.
Le responsable de la bourse a, sur un plan, indiqué que la bourse est très intéressée par le secteur des assurances de par les fonds qu’il collecte. » Les compagnies d’assurance sont aujourd’hui un des plus gros collecteurs de l’épargne nationale via non seulement l’assurance vie mais aussi les plans de retraite complémentaire (…) Notre souhait est de voir aussi une partie de ces fonds s’investir dans des portefeuilles en bourse », a-t-il ajouté.








