Partant du constat que le taux des créances douteuses des banques publiques a atteint près de 20% du total des crédits, la Tunisie s’est engagée depuis plus d’un an dans un travail d’audit sur les trois banques publiques, à savoir la Banque de l’Habitat (BH), la Société Tunisienne de Banque (STB) et la Banque Nationale Agricole (BNA). Cependant, depuis cette date, aucun scénario n’a été retenu pour le processus de restructuration de ces banques : recapitalisation, fusion ou privatisation. On ignore toujours où se trouvent les failles, et tout ce qui s’y rapporte se limite au coût de l’audit.
Lors de son audition récemment à l’ANC, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Chedly Ayari a créé la surprise en annonçant que le processus de recapitalisation et de redressement des trois banques publiques tel que prévu dans le cadre de la loi des finances complémentaire 2013 et la loi de finances 2014, nécessite à peu près deux milliards de dinars. Et de souligner que les 1000 millions de dinars prévus dans le cadre des deux lois de finances pour 2013 (complémentaire ) et 2014 sont insuffisants, précisant que ,selon les chiffres préliminaires de l’audit de ces trois banques, l’enveloppe nécessaire pour la recapitalisation dépassera les 2000 millions de dinars : 410 millions de dinars pour la Banque de l’Habitat, 750 millions de dinars la STB et un milliard de dinars pour la BNA.
Dans une déclaration à Africanmanager, Yassine Ben Ismail, expert économique et financier a affirmé que le processus d’audit en cours sur les trois banques publiques ne devrait pas avoir de coût, soulignant que le président déchu, Ben Ali, a été plus intelligent dans ses pratiques de spoliation et de vol l’argent du peuple.
Il a expliqué, que, en 2006, lorsque Ben Ali a voulu s’emparer de cet argent, il a changé tout d’abord le cadre juridique de la fonction de contrôle au sein de la BCT. Cela a été fait, selon Yassine Ben Ismail, avec l’aide de ses conseillers qui sont hautement qualifiés dans la dissimulation des vérités pour donner l’image d’une gestion transparente et d’une gouvernance sans tache, et ce en changeant la fonction de contrôle de la BCT et la remplacer par un haut commissaire aux comptes qui était une sorte de société anonyme.
C’est la raison pour laquelle les auditeurs ne vont pas relever les failles de ces banques même si cette mission durait une centaine d’années, précisant que rien ne va changer maintenant , tant que ce processus d’audit inapproprié sera maintenu pour contrôler un secteur dont la BCT , depuis sa création en 1958 , assure le pilotage, a-t-il a affirmé.
Yassine Ben Ismail a exprimé son étonnement du fait que des commissaires aux comptes soient chargés de nouveau d’une telle mission , alors que de hauts cadres et des compétences au sein de la BCT sont écartés, précisant que le gouverneur actuel de la BCT n’est qu’un enseignant universitaire à vocation académique , tout comme Mustapha Kamel Nabli avant lui . « Un vrai banquier centralien ne parle pas d’audit conventionnel conforme aux normes ISA (international standards audit), destiné essentiellement à la gestion du secteur privé et la micro-finance », a-t-il dit.
L’expert a exprimé, également, sa grande surprise de voir l’Etat (Banques publiques) se prêter à un contrôle effectué par des auditeurs privés (Commissaires aux comptes), faisant remarquer que ce travail aurait dû revenir aux les cadres de la BCT ou au moins aux banques centrales étrangères spécialisées en la matière. « On ne peut pas contrôler les banques avec des commissaires aux comptes qui ignorent la finance publique », a-t-il expliqué.
Il a souligné qu’à l’étranger et devant la fragilité du régime politique, le gouverneur d’une Banque Centrale pourra remplacer un Chef du gouvernement en cas d’éviction de ce dernier lors d’une crise politique, chose inconcevable en Tunisie, ajoutant qu’un gouverneur de banque centrale devrait être plus compétent qu’un Chef de gouvernement en matière de gestion des finances publiques.
Il a déploré, dans ce sens, l’absence de compétences nationales en matière de finances publiques et monétaires et souligné que les cadres de la BCT qui ont servi Ben Ali se trouvent encore à leur place et même leurs pouvoirs se sont encore élargis, notamment sous les gouvernements d’Ennahdha.
K.T








