Chalghoum, le Colbert de Youssef Chahed, frappe fort. Plus de 7,3 Milliards...

Chalghoum, le Colbert de Youssef Chahed, frappe fort. Plus de 7,3 Milliards !

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Deux fois ministre des Finances, un ministère où il avait auparavant été directeur de cabinet, directeur général des avantages fiscaux et financiers et directeur de l’épargne et du marché financier, Ridha Chalghoum en connaît théoriquement tous les arcanes.

De ce haut fonctionnaire de l’Etat, on nous raconte cette anecdote véridique [par recoupements], d’une de ses proches connaissances à Gafsa qui est sa ville natale, qui aurait fait achat d’un bureau dans un immeuble de la région. Après enregistrement, il se fait contrôler par le fisc et écope d’un redressement de 300 mille DT. Essayant de faire intervenir le ministre des Finances, ce dernier ne lui aurait offert qu’une simple facilité de règlement.

Véritable «Colbert», dépensant un travail quotidien et acharné pour en trouver les ressources, l’homme n’a qu’une idée en tête : ramener le déficit budgétaire sous la barre des 4 % et s’y donne les moyens par l’optimisation des recettes et le recouvrement, quel que soit le contribuable.

Ce déficit, qui obsèderait presque le ministre, était à 6,1 % du PIB en 2016, ramené une année plus tard à 4,9 %, puis baisse à 4,8 % seulement en 2018. Chalghoum y arrive en maximisant, chaque année un peu plus, le recouvrement des ressources de l’Etat et il y arrive.

  • Le fisc tourne à plein régime et l’argent rentre plus

En effet, à la fin de l’exercice 2018, les ressources de l’Etat avaient grimpé de 17 % et augmenté de 4,051 Milliards DT, permettant à l’occasion, de réduire de 5,7 % le recours à la dette et à aux avances du trésor. C’est ce qui ressort du document récapitulant les résultats de l’exécution du budget de l’Etat pour l’année 2018. La nette amélioration des ressources est d’abord issue d’un meilleur recouvrement fiscal.

Les recettes fiscales perçues en 2018 ont en effet enregistré une hausse de 15,6 % et augmenté de 3,317 Milliards DT, pour atteindre les 24,503 Milliards DT, dont 6,359 Milliards DT en IR et 2,706 Milliards DT en IS et le reste en impôts directs, comme les 7,424 Milliards DT en TVA qui étaient en hausse de 21,9 % par rapport à 2017.

On retiendra donc que les services fiscaux du ministère des Finances ont carburé à plein régime en 2018 et qu’on ne pourra plus objecter à Ridha Chalghoum qu’il ne fait pas assez pour ramasser l’argent de l’Etat et le dénicher là il se cache. Mieux encore, le trend haussier des ressources semble se confirmer.

A fin mars 2019, les ressources de l’Etat ont augmenté de 17,1 % et de 1,177 Milliard DT par rapport à la même période de 2018. Une hausse, disent les services du ministère des Finances, qui s’explique par la hausse de 22,1 % des recettes fiscales perçues. En seulement trois mois de l’exercice 2019, les recettes fiscales ont déjà fait entrer 7,324 Milliards DT, une somme en hausse de 1,324 Milliard DT par rapport à la même période de 2018.

Les services du fisc tunisien carburent à plein régime et font entrer davantage d’argent dans les caisses (+1060 MDT en impôts directs, +758 MDT en IR, +273 MDT en impôts sur les sociétés non-pétrolières et +237 MDT en TVA). Les services du fisc ont aussi plus pioché chez le régime résident (+1087 %) que chez le régime offshore (+24,5 %).

  • Maîtriser le déficit budgétaire, c’est bien. Mais faire aussi attention aux taux et aux totaux

Pour l’instant, l’objectif principal de Ridha Chalghoum reste la réduction du déficit budgétaire. Ce dernier était à 6,1 % en 2016 et 2017. Il a été ramené à 4,8 % en 2018 et le ministre Chalghoum prend sur lui de terminer 2019 avec un déficit de 3,9 % et voudrait même viser les 3 % pour 2020 dans le budget à proposer à l’ARP. Le risque reste pourtant réel que «les taux tuent les totaux» et qu’à force de tirer sur l’ambulance (particuliers et entreprises), le médecin ne finisse par tuer le malade.

Il faut en effet, désormais, se poser les bonnes questions. D’abord sur les dépenses, dans la mesure où par exemple, la cagnotte fiscale de 2018 n’avait presque servi qu’à financer les augmentations salariales. Sur les 23,680 Milliards DT alloués en 2018 aux dépenses, celles consacrées au développement n’ont été que de 5,943 Milliards DT. Les 75 % autres vont aux salaires, à la compensation (4,9 Milliards DT) et autres interventions de l’Etat. Ce dernier dépense ainsi beaucoup, mais très peu pour créer de l’emploi et des richesses à redistribuer.

Il faudra aussi se poser les bonnes questions sur les entreprises publiques (presque toutes déficitaires), la croissance et la relance. Avec un taux d’investissement de seulement 18 % des recettes de l’Etat et un taux d’épargne de 9,5 %, la croissance restera problématique et aucun gouvernement ne pourra faire redémarrer l’économie tunisienne.

Il faut aussi se pencher sur la question du déficit énergétique, fluidifier les accords pour les concessions de recherche pétrolière afin d’en augmenter le nombre. Peu d’économistes le disent. Mais le déficit énergétique sera moins tenable, si la croissance redémarrait réellement et que la production nationale repartait à la hausse, traînant derrière elle la consommation en électricité et autres carburants. Le risque énergétique demeure brûlant.

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