Exclusif : Taboubi droit dans ses bottes

Exclusif : Taboubi droit dans ses bottes

par -

Africanmanager était, samedi 8 décembre 2018, le 1er arrivé sur le site des JES et il n’y avait nul autre journaliste sur place et alentour. On s’était attendu à ce qu’il refuse de parler, lorsque nous nous sommes présentés, tant son adjoint de la communication, Sami Taheri, nous insulte à visage découvert sur sa page des réseaux sociaux. Noureddine Taboubi a pourtant accepté de parler, des relations UGTT/Gouvernement, du lien entre masse salariale et productivité ainsi que de la crise des examens de l’enseignement secondaire.

Et s’il a été droit dans ses bottes, quoiqu’avec un langage qui dit tout sans rien dire, demandant tout au gouvernement qu’il rend responsable de tout ce qui arrive. Il semblait pourtant moins intransigeant sur la question de la crise de l’enseignement. Il ne lâchait pas encore son ancien adversaire aux dernier congrès de l’UGTT dans l’affaire qui oppose toujours Lassaad Yaakoubi au ministre Hatem Ben Salem. Mais c’était presque ! Interview :

Que voudrait dire Noureddine Taboubi aux hommes d’affaires réunis à Sousse, pour discuter notamment du lien entre augmentations salariales incessantes et productivité, depuis 2011 sur le déclin?

Ma présence à Sousse est la meilleure preuve de l’importance de ces questions. Et lorsqu’on parle de production et de productivité, il faut également noter que les responsabilités sont partagées, mais aussi des responsabilités relatives aux choix politiques, lorsqu’il s’agit de bien préparer le climat et les préalables de la réussite de ces choix. A l’UGTT, nous considérons que nous n’avons d’autre choix que d’œuvrer pour sortir de la crise. Pour ce qui est du salarié, il doit produire et assurer la productivité. Il délivre actuellement un peu plus de 50 % de ce qui est demandé. Le reste est lié à une autre conjoncture. Aujourd’hui, on ne doit pas rester à se renvoyer la balle l’un à l’autre, car nous disposons de tout ce qu’il faut pour réussir, et notre richesse principale pour y parvenir demeure le potentiel humain qui est le nôtre, constitué par une main d’œuvre spécialisée. On doit donc, et pas que conjoncturellement, s’asseoir à la table de dialogue, tranquillement, sereinement et avec des objectifs, liés par un vrai Pacte social et que chacun respecte ses engagements.

Vous le savez, le volume des salaires ainsi que son évolution dépassent largement l’augmentation de la production, la hausse de la productivité et la création des richesses nécessaires à la redistribution en salaires et autres. L’exemple type est celui du secteur du phosphate, qui produit très peu et demande beaucoup …

 Vous avez pris l’exemple d’une richesse naturelle, dont la production a beaucoup diminué. Or, l’UGTT n’a jamais fait grève dans ce secteur, depuis la révolution. Pas un jour.

Les arrêts de production y sont pourtant quasi-quotidiens

Qui a arrêté la production ? Est-ce les ouvriers ? Si c’est vrai, je pourrai en porter la responsabilité

Et pourtant, tous les mouvements sociaux dans le bassin minier se font sous le couvert de l’UGTT

Ce n’est pas vrai. C’est que, à chaque concours de recrutement, ceux qui n’y réussissent pas coupent les routes. L’UGTT a, par contre, publié régulièrement des communiqués où elle se désolidarise de ces mouvements. Et c’est là, la véritable diabolisation de l’UGTT, à qui on fait supporter toutes les erreurs. La seconde chose, c’est la responsabilité politique qui est sociétale. Dès lors que la CPG n’est plus en état de supporter toutes les charges sociales, il faut créer une autre dynamique économique par le secteur privé pour créer les emplois nécessaires. Il faut aussi traiter la pollution environnementale et ses incidences sur les citoyens, les services de santé et d’éducation. On recrute des milliers d’employés dans la société de l’environnement et on ne leur donne aucun travail.

Vous savez pourtant que c’est une entreprise fictive tout autant que le travail de ses employés !

Qui donc les a recrutés ? Ce sont les solutions de replâtrage, mises en œuvre par les gouvernements successifs, qui ont abouti à cette situation. Et ce n’est pas en organisant chaque fois un nouveau concours de recrutement que l’on pourra trouver une solution pour alléger le fardeau de la CPG. Il faut trouver d’autres solutions.

Et quelle serait alors la solution selon vous ?

Que le politicien soit lucide et responsable. Aujourd’hui, chaque région a un PV d’accord avec un gouvernement pour essayer de résoudre temporairement le problème, mais cela ne fait qu’envenimer encore plus la situation.

L’UGTT n’est-elle pas consciente que certains problèmes ont un coût que le budget de l’Etat ne peut actuellement supporter ?

Il faudrait alors qu’il sorte dire au peuple la vérité sur la situation. On nous raconte, par exemple, que la Tunisie fera 2,8 % de taux de croissance. Cette croissance était-elle réelle, fruit d’une vraie dynamique économique créatrice d’emploi, ou est-elle simplement due à la consommation ?

A supposer qu’il le fasse, cela résoudrait-il les problèmes ?

Qu’il le dise d’abord, après, s’il y a des sacrifices à faire, nous y sommes prêts, mais en égalité parfaite et à proportion des capacités de chacun.

Pourquoi on n’entend l’UGTT demander uniquement des hausses salariales et on ne l’entend pas demander plus de production et de productivité des travailleurs ?

Ce n’est pas vrai. Je dis qu’il faut d’abord déterminer les responsabilités de cette question de la productivité. A hauteur de 55 % elle revient à l’employé. Le reste, c’est de la responsabilité de tout l’environnement du travailleur, de l’investisseur au gouvernement.

AUCUN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire