Hafedh Zouari, l’homme qui ne mâche pas ses mots

Hafedh Zouari, l’homme qui ne mâche pas ses mots

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C’est un groupe qui réalise, bon an mal an, un chiffre d’affaires de 200 MDT ht dans divers secteurs, comme l’automobile, concession et montage, la carrosserie, les tracteurs agricoles, les engins de TP, le transport de carburants, l’enseignement supérieur et pas que.

Le président de ce groupe, en majorité familiale, est aussi un député, jusqu’à présent d’Afek Tounes. Il en évoque les problèmes, mais ne s’est pas encore décidé à le quitter. Il parle plus volontiers de son domaine de prédilection et ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de l’ouverture du marché de l’automobile. Il fait, en attendant, ses premiers pas dans le montage automobile et y prépare une belle surprise d’ici la fin de l’année. Interview :

Votre groupe s’oriente désormais vers le montage. Est-ce le début d’une industrie de construction automobile ?

C’est en fait une occasion qui s’était présentée, depuis 2013, avec le groupe indien Mahindra. L’importation des Pick-Up de moins de 3,5 tonnes étant interdit sauf pour le montage en Tunisie, c’est ce qui nous a conduit vers l’installation d’unités de montage, que nous considérons par ailleurs comme le premier pas vers l’installation d’une industrie automobile en Tunisie, en augmentant chaque fois un peu plus le taux d’intégration. Pour les Pick-Up, le taux d’intégration peut monter jusqu’à 30 %. Chez nous, ce taux est actuellement de 24 % et on pourra l’élever à 30 %, si nous utilisons des équipements déjà disponibles sur le marché. Actuellement, nous arrivons à 1.000 Pick-Up par an et nous ferons, prochainement, le montage de véhicules légers. Notre unité peut arriver à monter 3.000 véhicules par an, mais de types différents. Cette quantité ne justifie pas encore l’approvisionnement auprès des constructeurs internationaux qui nous permettrait d’augmenter le taux d’intégration. Force est cependant de dire que cette aventure que nous entamons est nécessaire pour l’apprentissage de l’industrialisation, pas pour le marché local, mais essentiellement pour l’export. Tout cela n’est possible qu’en partenariat avec une marque, comme Mahindra par exemple, qui vous fait accéder à son Network.

Lors de vos discussions, comme avec Mahindra, est-ce qu’ils vont jusqu’à prévoir d’ouvrir une usine de fabrication en Tunisie ?

C’est ce dont nous discutons avec eux et essayons de les en convaincre au cours des 5 dernières années. Il y a une acceptation de principe. Ceci dit un investissement de 200 à 300 MDT n’est pas aussi simple que les 35 MDT que nous faisons tous seuls pour 3.000 véhicules de différents types par an et que nous pourrons doubler avec le double shift. Pour l’instant, lorsqu’on rencontre les hauts responsables de Hyundai, de Mahindra ou de Geely, ils nous opposent encore l’instabilité politique en Tunisie et dans la région, car ils connaissent tout ce qui se passe et en ont une vision claire et à jour, économiquement et sur le plan sécuritaire aussi.

Il reste à dire que ce que nous faisons est une belle expérience et une belle aventure en matière de composants et d’aller encore de l’avant.

Le groupe Zouari a donc commencé avec l’Indien Mahindra. Comment cela se passe-t-il ?

Nous avons débuté avec un millier de véhicules. 2014 a été notre meilleure année avec 1.500 véhicules. Nous avons connu une petite baisse en 2015, à cause de la baisse du marché. Mais nous avons essayé de la dépasser en diversifiant. Nous avons alors fait un peu de montage du SsangYong et du Hyundai pour les Pick-Up de moins de 3,5 tonnes sur la même chaîne, qui est par ailleurs doublée d’une chaîne de carrossage pour les Pick-Up. Nous entamons actuellement le montage en SKD (Semi Knocked Down. Technique qui consiste pour une entreprise à exporter des produits assemblés partiellement soit vers ses licenciés-partenaires, soit ses filiales industrielles) d’un nouveau véhicule léger, ou voiture de tourisme, qui sera disponible pour la 1ère fois en Tunisie, d’ici la fin de l’année 2018.

Qu’est-ce qui vous a amené au montage, alors que vous étiez plutôt bien dans le secteur des concessionnaires automobiles ?

C’est le sens de l’aventure et la volonté de relever les défis, surtout si ce défi a un apport économique national.

Quel regard portez-vous sur le marché automobile en Tunisie dont les ventes diminuent de 20 à 30 % selon les marques en Tunisie, sans compter l’entrée de beaucoup de marques non-européennes et l’explosion ou presque du nombre de concessionnaires ?

L’ouverture est une bonne chose du point de vue économique. Le rôle de l’Etat et de réguler le marché, non de donner l’autorisation à tel homme d’affaires et la refuser à l’autre. Avec le système des quotas d’importation, par ailleurs interdit et qui n’existe dans aucun règlement ou loi, le rôle de l’Etat deviendrait presque un pourvoyeur de fortune. L’ouverture du marché est une excellente chose et ce ne sont pas ceux qui s’alarment du déficit commercial qui pourront apporter la preuve du contraire. Les importations de véhicules coûtent plus ou moins 1.000 à 1.500 MDT, tous concessionnaires confondus. C’est le 1/38ème du total des importations (Ndlr : 38,427 Milliards DT selon l’INS). Or, il y a, selon les bons chiffres dont nous disposons, 1,5 Milliard DT sur les 3 milliards de déficit commercial de la Chine avec la Tunisie qui sont réexportés vers d’autres pays, notamment l’Afrique. C’est des importations qui génèrent des exportations, notamment vers l’Afrique comme je le disais.

Le vrai problème du secteur, ce sont les marques automobiles européennes qui veulent garder le monopole du marché automobile tunisien. Or, aujourd’hui les Coréennes ont trouvé leur place sur ce marché, tout comme les chinoises ou les indiennes, dans le secteur des VP comme dans celui des VU. Cette question des quotas, par ailleurs illégale, joue le jeu des grands importateurs de véhicules européens, qui ont toujours les plus gros quotas et dominent toujours le marché. Nous sommes dans une situation où on investit des millions de DT dans un secteur où l’autorisation de concessionnaires est renouvelable chaque année et où les quotas sont distribués à la cuillère par une administration qui ne vous donne aucun papier et peut vous punir automatiquement si vous importez plus qu’elle ne vous en a autorisé verbalement. En définitive, l’ouverture du marché restera une très bonne chose et c’est le marché qui fera lui-même les arbitrages.

De temps en temps, on entend dire que Hafedh Zouari est entendu par la justice. Pourquoi ?

Car il ne paie pas des pots-de-vin et ne verse pas dans la corruption. On lui confectionne donc des dossiers. Une affaire comme celle du Toktok où tout a été fait sur ordre du chef du gouvernement Hammadi Jbali. Tout le monde s’en lavera par la suite les mains et Hafedh Zouari se retrouve en contravention des règles douanières. S’en suit une affaire en justice et une demande de levée de l’immunité parlementaire et tout le tintouin. Nous avons fini par payer les droits de douane et cela coûtera par la suite à l’entreprise 4 MDT qui sont toujours en stock. Nous sommes en train de monter une fondation du groupe Zouari, qui fera, entre autres activités sociétales et sociales, don de ces machines aux nécessiteux. Quelques autres «bonnes personnes» nous font par ailleurs toujours des misères, au titre de nos entreprises et non de façon individuelle, pour des problèmes fonciers qui existaient depuis plus de 20 ans et mon statut de député n’arrange pas les choses devant la justice. D’ailleurs, à chaque déclaration ou statut sur les réseaux sociaux, on voit d’abord les attaques et on voit venir les tracasseries judiciaires pour essayer de déterrer de petites affaires déjà réglées et closes et depuis des années.

Hafedh Zouari compte-t-il quitter Afek Tounes ?

En fait, mon désir est de ne plus faire de la politique.

Vous ne comptez donc pas candidater pour les législatives de 2019 ?

La question n’est pas encore tranchée. Je ne suis certes pas content de ce qui a été fait jusqu’à présent, car je pensais qu’on allait faire mieux. Après quatre années, mon sentiment est qu’on ne peut rien faire et j’ai quelque peu baissé les bras en matière de politique.

Quel regard portez-vous sur le parti Afek, où vous êtes depuis les élections de 2014 ?

Lorsque j’y suis entré, il y avait une bonne équipe de militants et une bonne ambiance et beaucoup d’activités. Après le dernier congrès, des choses ont changé, car la démocratie n’engendre pas que de bonnes personnes. Il y a eu une petite dispute à l’intérieur du parti. Cela s’est tassé un moment, puis réapparu à l’occasion de la sortie du parti du gouvernement, chose sur laquelle je n’étais personnellement pas d’accord, et encore réapparu à l’occasion du vote pour le gouvernement de Youssef Chahed et en faveur duquel j’ai voté, comme tous ceux d’Afek Tounes qui étaient présents, car on estimait tous qu’on ne pouvait pas voter contre le ministre de l’Intérieur, poste qui devait être pourvu. Ma position est que ceux qui veulent sortir Youssef Chahed n’avaient qu’à le faire par une motion de censure en bonne et due forme et s’il leur manquait une seule voix, je serai la 109ème.

Que pensez-vous de ce gouvernement ? En êtes-vous, en tant que député, content ?

Tout le monde parle actuellement du manque de médicaments, d’eau, d’électricité et autres. Les chiffres disent pourtant qu’il y a une reprise de la croissance. En enlevant ma casquette de député et en remettant celle de l’investisseur et de l’industriel, je constate qu’il y a du travail. Ceux qui disent le contraire sont des menteurs, sinon on serait tous morts de faim. Pour le Dinar, on n’a pas les moyens de le relever. Pour l’endettement, c’est comme chez le banquier, il vous donne un crédit pour bâtir et non pour autre chose et dicte pour cela ses conditions.

Je pense qu’on ne peut pas faire porter à l’actuel gouvernement et son chef plus qu’ils ne peuvent et plus qu’on ne doit. Personnellement, je pense que pour que les choses aillent bien, il nous faut trois choses : Une amnistie fiscale, une amnistie de change et la convertibilité du dinar. Et pour tout cela, il nous faut un homme décisif…

Comme qui ?

Comme Youssef Chahed

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