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mardi 26 janvier 2021
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Inédit : Elyes Fakhfakh dit deux bonnes choses

Bien sapé, malgré sa cravate grise non assortie sur sa veste bleue marine, mais qui restait de meilleur goût que les chaussettes du journaliste, le chef du gouvernement tunisien Elyes Fakhfakh ne savait toujours pas convaincre dimanche dernier, malgré la longueur lassante de son interview qui faisait que les journalistes devaient regarder deux fois plutôt qu’une pour la décrypter.
Une interview, tournée dans ce qu’un journal français avait appelé la « fabrique des gouvernements », et qui n’a jamais été un lieu de pouvoir, où le chef du gouvernement, moins sur ses gardes, parfois effronté et joueur de poker politique, s’était laissé aller à plus d’une gaffe.
A son habitude, il a été autosuffisant et hautain, traitant de futile tout ce qui ne plaisait pas à sa personne, ou qui ne coïncidait pas avec sa vision de chef de gouvernement venu par la volonté de Dieu, et non plus par celle de Kais Saïed. Son sourire tiré par les cheveux, lorsque la question lui déplaisait, et son « qu’est-ce que c’est que ça » lorsqu’il voulait convaincre en s’en offusquant, était là aussi et agaçait à force d’en faire usage.

Un chef de gouvernement ne dirait pas ça

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La plus grossière des gaffes aura finalement été d’essayer de faire croire qu’entre lui, chef de l’Exécutif, actionnaire d’une entreprise qui touche toujours des dividendes d’une entreprise qui fait affaire avec l’Etat, et le député Ridha Charfeddine qu’il avait black-listé sur les tablettes de la pharmacie centrale pour conflit d’intérêt, il n’y avait rien de commun. Le chef du gouvernement qui annonçait dans la même interview que l’un de ses ministres « n’a pas de plume sur la tête » en ce sens qu’il n’est pas au-dessus de la loi, s’en mettrait ainsi presque une sur la sienne !
La seconde, était celle d’un premier dirigeant d’un Etat, responsable d’un secteur lourd de 15 % d PIB (Tourisme), et qui déclare de manière officielle qu’il obligera les touristes étrangers, venus pourtant passer des vacances, à rester confinés dans leurs hôtels, alors que les locaux pouvaient aller et venir librement dans les mêmes hôtels.
On pourrait ajouter la confirmation, officielle, de ce qu’avait déjà dit son ministre du Transport concernant le lâchage financier de Tunisair. Une confirmation, devenue de premier rang, qui pourrait hâter la fermeture des portes des banques à toute demande de crédit. Une nouvelle assertion qui mettrait fortement à mal toute banque publique qui voudrait lui donner crédit. Le même effet risque d’être ressenti par les entreprises privées de BTP, lorsque le ministre des Finances s’st déclaré dans l’incapacité de payer leurs créances auprès de l’Etat.

Le Non de Fakhfakh à l’UGTT, courage ou témérité ?

Mais le chef du gouvernement n’a pas dit que des choses négatives. Dans cette interview, accordée à deux médias privés en total déni des télés et radios publiques, il a aussi dit au moins deux bonnes choses.
D’abord, le non, qui apparaît catégorique, à toutes nouvelles augmentations salariales et la possibilité même de diminuer le nombre des fonctionnaires pour dégraisser un tant soit peu la masse salariale qui bat des records mondiaux. On ne sait pas encore si c’est une décision irrévocable, qui pourrait le remettre dans les bonnes grâces des bailleurs de fonds, et notamment le FMI avec lequel il prépare un nouveau round de négociations financières, ou ce n’est qu’une manœuvre pour abaisser le plafond des revendications du partenaire social. Pour l’instant et jusqu’à lundi soir, l’UGTT ne s’est signalée par aucune réaction officielle et n’a publié aucun communiqué attaquant cette déclaration. « Rabaisser le caquet » de la toute puissante et unique centrale syndicale ouvrière, et la battre à son propre jeu des déclarations tonitruantes, cela avait déjà fait le bonheur et la popularité de son ancien collègue Mahdi Jomaa. Cela réussira-t-il à Elyes Fakhfakh ?
Or, un des SG adjoints de Noureddine Tabboubi, ouvrait déjà le bal de ce qui pourrait être une campagne anti-Fakhfakh. Sans évoquer le Non du chef du chef du gouvernement à toute autre augmentation salariale, Hfaiedh Hfaiedh s’est fendu d’un « Touche pas à mes droits acquis », demandant l’application de toutes les conventions antérieurement signées.

Geste d’apaisement à l’égard d’Ennahdha : Calumet de la paix ou simple cessez-le-feu ?

Ensuite, l’assertion que le chef du gouvernement n’est pas intéressé par la constitution d’un groupe parlementaire de soutien, comme l’avait fait avant lui Youssef Chahed, attisant ainsi tous les feux de ses partenaires au gouvernement, de l’UGTT et d’Ennahdha.
La déclaration d’Elyes Fakhfakh pourrait même désamorcer la cabale d’Ennahdha contre le chef du gouvernement « envoyé par Allah » et qui le menacerait même d’une motion de censure. Fakhfakh a certes envoyé Rached Khriji et sa demande de remaniement ministériel sur les roses, mais la confirmation par l’intéressé de la non-existence de toute velléité de pouvoir, chez celui qu’elle n’avait accepté que contrainte par son échec de faire passer Habib Jemli au vote de confiance de l’ARP, pourrait calmer les ardeurs du parti islamiste tunisien à casser la baraque, et déstabiliser une coalition gouvernementale qu’Elyes Fakhfakh peine à stabiliser, malgré ses bourdes et les affaires en justice qui commencent à poursuivre certains de ses éléments.

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