Le seul content des 33èmes JES (Journées de l’Entreprise de Sousse), aura certainement été le propriétaire des hôtels, lieux de ce qui ressemble de plus en plus à un pèlerinage cinq étoiles entre hommes d’affaires et gens de bonne compagnie, Néji Mhiri chez qui sont retournés les centaines de participants aux séminaires , après la mauvaise expérience de 2017 chez un autre hôtelier de la route touristique de Sousse, dans l’établissement duquel le chef du gouvernement avait déjeuné cette année.

Mettant à profit une question d’Africanmanager, le chef du gouvernement, hôte des JES pour la 3ème fois de son mandat, Youssef Chahed annonce, officiellement ès qualité , que le port en eau profonde se fera à Enfidha et que la société qui aura la charge d’en lancer l’appel d’offres sera prochainement constituée. En pays «Etoiliste», Youssef Chahed annonce aussi une participation de l’Etat aux frais de construction de ce qui reste du stade olympique de Sousse.

Sinon, et au moins durant les deux plus importants panels sur les réformes fiscales et du droit du travail de ces JES, tous étaient sortis mécontents, ou du moins restés sur leur faim. Hommes d’affaires et élite économique n’appréciaient pas les réformes fiscales entamées par le gouvernement de Youssef Chahed, ou n’en comprenaient pas l’utilité pour un gouvernement qui ne veut rien entendre aux dictons qui professent que «trop de fiscalité, tue la fiscalité» et que les «taux tuent les totaux».

  • «Donnez-moi de bons politiciens, je vous donnerai de bonnes finances»

Des réactions, comme celle de Walid Belhaj qui trouvait que le gouvernement mettait à très rude épreuve le nationalisme, financier et fiscal, des hommes d’affaires, n’étaient pas une rareté, même si certains le disaient, plus par des expressions faciales et par applaudissements que par le verbe. Et c’est le Conseiller du chef du gouvernement en politique fiscale, Fayçal Derbel, qui se retrouve à essuyer tout seul toute l’ire du parterre, jusqu’à paraphraser «Baron Louis», ministre des finances, dit exemplaire, sous l’Empire, qui disait «Faites-moi de bonnes politiques, je vous ferai de bonnes finances». Pour être politiquement correct, Derbel dira plutôt : «donnez-moi de bons politiciens, je vous donnerai de bonnes finances».

D’autres intervenants, investisseurs de vocation, demandaient, pour les plus fatalistes, un minimum de stabilité fiscale et une sanctuarisation de la législation fiscale tunisienne dans un environnement où même la stabilité gouvernementale n’est plus chose acquise. L’un des intervenants demandait même la mise en place d’un Pacte fiscal entre les partenaires économiques et sociaux du pays.

Le panel était tellement remonté contre la fiscalité, domaine où ils essuieront un peu plus tard les attaques du patron des syndicalistes qu’ils se demandaient à quoi servirait une fiscalité, mal dépensée, et dont le chef d’entreprise créateur de richesse ne voit toujours aucun impact sur la facilitation de ses affaires et en améliorations de son environnement d’investissement. Une remise en cause de l’utilité de la fiscalité qui ferait presque écho à des tentatives de désobéissance fiscale.

  • Pas d’amélioration de la productivité, avec de si bas salaires, affirme d’emblée Taboubi

L’autre panel qui a apporté désillusion, par ailleurs attendue, aux hommes d’affaires, était celui consacré au droit du travail et dont l’invité principal était le patron des ouvriers, Noureddine Taboubi, SG de l’UGTT. L’homme était certes, moins hautain et arrogant que son prédécesseur Houcine Abassi dont l’unique prestation aux JES, qui avait débuté par «un ping-pong tendu avec Wided Bouchammaoui» s’était terminée par un esclandre avec un membre du BE de l’IACE. On notera cette intervention de Tahar Bayahi lorsqu’il criait calmement le «ras le bol des guerres politiciennes que nous ne pouvons plus supporter», avant d’appeler le SG de l’UGTT à «laisser ses positions en dehors de cette guerre», allusion non dite à la guerre de l’UGTT contre le chef du gouvernement où on n’a pas peine à placer toutes les grèves soutenues ou décidées par l’UGTT. Ce à quoi Taboubi répondra que l’UGTT n’est pas partie prenante dans cette guerre, oubliant à l’occasion, ses différentes déclarations revendiquant un changement de gouvernement !

Mais, tout comme son prédécesseur, Taboubi a été intraitable et totalement fermé à la notion de flexibilité de l’emploi et a fixé sa stratégie de contrattaque sur la question de l’iniquité et l’évasion fiscales. Cela, même s’il semble y avoir un début d’entente sur la nécessité d’un nouveau Pacte social et la mise au point d’une sorte d’assurance contre la perte d’emploi. Le fonds existe déjà chez la CNSS et il n’y aura besoin que de l’en sortir et d’en augmenter les cotisations.

Sur le sujet de la flexibilité et après un laïus sur l’employé qui paie plus d’impôts que l’employeur et un «est-ce que tous les patrons paient leurs impôts et est-ce que tous les bilans des entreprises sont justes» et sa lourde accusation d’évasion fiscale devant des patrons muets, Taboubi y va directement. «Il n’est pas question d’augmentation de la productivité avec de si bas salaires», se permettant même de recadrer un expert étranger qui prônait la discussion et la négociation par un «il y a des actions qui ne vont pas dans le bon sens, mais nous remettons en place tous ceux qui sortent du cadre syndical. Autrement, nous n’avons de leçon à recevoir de personne, car le problème en Tunisie est que la négociation est juste un slogan».

  • «J’ai écouté vos doléances et j’attends ce vous allez nous donner», dixit N. Taboubi

Plusieurs intervenants essaieront, par la suite, de lui faire comprendre les avantages d’un surcroît de flexibilité pour la pérennité, par exemple, des entreprises en difficultés économiques comme le lui explique Nafaa Ennaifer. Et Taboubi de lui répondre que «le problème est la confiance». Plus manque de confiance que lui pourtant, tu meurs. «Ce que vous dites n’est pas ce à quoi vous pensez réellement», lançait ainsi Noureddine Taboubi. Et la discussion se poursuivra ainsi pour de longues et multiples minutes, entre le SG d’une UGTT autiste et sourde aux attentes des patrons et un auditoire qui n’arrive que difficilement à sortir de son mutisme, certainement par peur de représailles syndicale. Taboubi livre ensuite en quelques mots de clôture, une synthèse de la vraie stratégie syndicale sur le sujet de l’augmentation de la production et de l’amélioration de la productivité : «J’ai écouté vos doléances et nous attendons ce que vous allez nous donner».

Khaled Boumiza

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