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La Turquie a bel et bien marchandé avec l’UE pour traiter le dossier des migrants

Le Premier turc, Ahmet Davutoglu, a beau claironner le contraire devant les médias, Ankara a bel et bien fait du marchandage sur la question des migrants, très préoccupante pour l’Union européenne. La liste des avantages que les Turcs ont arrachés à l’UE démontrent nettement que le ‘chantage’ d’Ankara a fonctionné à plein régime : Suppression des visas pour les Turcs désirant se rendre sur le territoire européen, accélération des pourparlers en vue de l’adhésion à l’UE et une grosse enveloppe de 3 milliards d’euros pour financer l’accueil des migrants, plus 3 autres milliards prochainement.

L’accord a a été paraphé hier vendredi 18 mars, au terme de négociations harassantes, et entrera en vigueur demain dimanche 20 mars, à minuit. A partir de cette date fatidique, tous les migrants qui pénètrent illégalement sur le sol grec via la Turquie y seront rapatriés. Même les demandeurs d’asile sont concernés par ce dispositif. La spécificité de cet accord c’est qu’il fonctionne suivant la règle du « un pour un », fixée lors du sommet du 7 mars 2016. Concrètement, pour chaque Syrien qui débarque illégalement sur les îles grecques en passant par la Turquie et renvoyé sur le sol turc, l’Europe ouvre ses portes à un Syrien réfugié en Turquie. Selon les déclarations, ce dispositif va casser le business florissant des passeurs illégaux qui inondent la Grèce, sans parler des innombrables drames humains dans la mer.

La mine réjouie des Turcs tranche avec la gêne apparente, l’embarras et même une once de honte des Européens au terme de la signature de cet accord qui suscite des remous jusqu’à l’ONU, laquelle s’inquiète des dérives humanitaires possibles de la part d’Ankara, avec la bénédiction de l’Union européenne. Cette dernière a eu une étrange attitude dans cette affaire. Les Européens, qui se faisaient volontiers les chantres des droits de l’Homme, ont mis la question sous le tapis pour ne pas effaroucher la Turquie dont ils ont tant besoin pour sous-traiter l’épineux problème des réfugiés, lequel fait monter partout en Europe les populistes et l’extrême droite. L’avancée des xénophobes inquiète tellement les dirigeants européens qu’ils se sont assis sur les violations répétées des droits de l’Homme en Turquie, sans parler de la main de fer d’Ankara sur les Kurdes. La chancelière allemande, Angela Merkel, avait pourtant fait une sortie musclée devant le Bundestag en clamant haut et fort que les Turcs n’avaient pas reçu un blanc-seing pour transgresser allègrement les droits de l’Homme et que les négociations d’adhésion à l’UE n’allaient pas être accélérées pour autant. Ce n’est pas ce qu’on vu hier dans l’accord entre la Turquie et les Européens…

La Turquie n’a pas gagné pour autant

La Turquie aurait tort de crier victoire pour autant. Comme le rappelle le président français, François Hollande, seuls quinze chapitres sur trente-cinq dans le processus d’adhésion à l’UE ont été ouverts. Il y a donc un long chemin à parcourir pour la Turquie avant le sésame pour son accession à l’UE. Par ailleurs, on n’est pas encore entré dans le dur ;  à un moment ou un autre, les négociations vont attaquer les chapitres sur les droits de l’Homme et les libertés, et là Ankara est loin d’être en capacité de montrer patte blanche. On peut être sûr que les Européens, qui ont déjà avalé beaucoup de couleuvres pour solutionner le problème de l’immigration clandestine, attendent les Turcs au tournant.

Si toutefois Ankara parvient à sauter tous ces obstacles, ce qui prendrait des années, il risque fort de buter sur les référendums populaires en Europe. En effet les opinions publiques européennes, façonnées par l’extrême droite, ne sont pas du tout favorables à l’adhésion de cette nation de dizaines de millions de musulmans à l’UE. Même les Français, qui font pourtant partie partie des pays les plus ouverts en Europe, sont majoritairement contre l’entrée de la Turquie dans l’UE. D’ailleurs l’ex-président de la République, Nicolas Sarkozy, ne cache pas son opposition à un tel projet. En fait tout se passe comme si les Européens font des concessions à la Turquie en se disant secrètement que de toute façon Ankara ne pourra jamais éviter tous les écueils sur son chemin vers l’UE.

Par ailleurs il n’est pas exclu, au train où vont les choses en Syrie – avec l’accord de cessation des hostilités qui tient, malgré quelques ratés -, que la situation revienne à la normale et que le problème des migrants trouve une solution. Dans ce cas les Européens n’auraient plus besoin de la Turquie et là le langage avec Ankara pourrait changer radicalement…

 

 

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