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samedi 26 septembre 2020
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La volatile économie transfrontalière tuniso-libyenne

Jadis territoire propice à une activité commerciale florissante, la région frontalière tuniso-libyenne n’a cessé depuis les soulèvements de 2010-2020 d’être délabrée par une succession de remous privant les riverains d’appréciables sources de revenus et pour bien d’autres de gagne-pain. Pire encore, le commerce a décliné à nouveau en 2014, lorsque le conflit interne de la Libye s’est intensifié et que la partie occidentale du pays est tombée sous le contrôle d’un assortiment de groupes armés, rappelle le think tank Carnegie Middle East center. En 2015, la Tunisie, qui avait connu une transition relativement douce d’un régime autoritaire à un régime démocratique, a promulgué des mesures strictes de sécurité aux frontières.

Cette évolution a eu un impact supplémentaire sur l’économie des régions frontalières orientales de la Tunisie, qui a longtemps compté sur l’approvisionnement en marchandises bon marché en provenance de la Libye. La situation commerciale incertaine fluide qui en a résulté a donné lieu à des arrangements transfrontaliers de base, dans le cadre desquels des groupes ad hoc de la société civile tunisienne ou des représentants des conseils municipaux ont négocié des accords commerciaux avec les conseils municipaux libyens et les factions politico-militaires qui exercent le pouvoir sur le terrain

Depuis lors, les régions frontalières orientales de la Tunisie sont confrontées à trois défis majeurs : la fragmentation du paysage sécuritaire dans l’ouest de la Libye, une interruption fréquente de l’approvisionnement transfrontalier en pétrole causée par les difficultés économiques de la Libye, et l’approche de Tunis en matière de sécurité des frontières. Conjugués, ces trois phénomènes ont gravement perturbé l’économie de la région, qui était largement tributaire du commerce transfrontalier et de la contrebande, ce qui a entraîné des troubles sociaux sporadiques.

Consciente qu’elle devait alléger la pression exercée sur les zones frontalières, la Tunisie a commencé à permettre à des groupes ad hoc de la société civile ainsi qu’à des municipalités locales de s’engager dans des initiatives de base et dans une diplomatie de peuple à peuple du type de celles qui ont abouti à des accords commerciaux transfrontaliers avec des centres de pouvoir libyens localisés.

De plus en plus, la Tunisie a commencé à jouer un rôle participatif dans l’élaboration de ces accords commerciaux transfrontaliers. Cela a donné aux accords en question une qualité asymétrique, la partie tunisienne étant représentée par un mélange de membres des conseils municipaux et de représentants de l’État, et la partie libyenne par des conseils municipaux et des dirigeants de puissants groupes non étatiques locaux.

En autorisant les initiatives de base des Tunisiens visant à revitaliser le commerce frontalier avec la Libye et à imposer une mesure d’ordre à cette activité économique, l’État tunisien a fait preuve de souplesse, fait remarquer Carnegie. Il a également gagné du temps. Si la Tunisie avait poursuivi la titrisation et la dissociation concomitante avec la Libye sans permettre aux associations tunisiennes ad hoc et aux conseils municipaux de conclure leurs propres accords commerciaux, ses frontières déjà en difficulté auraient pu se retourner contre l’État. Pourtant, obtenir un sursis à une conflagration par ailleurs certaine n’est pas une stratégie à long terme. De plus, l’approche de base des Tunisiens frontaliers pour faciliter le commerce avec la Libye a subi autant de revers que de succès.

L’effet coronavirus

La pandémie de coronavirus et l’escalade du conflit en Libye ont paralysé l’économie du sud-est de la Tunisie. Comme on pouvait s’y attendre, la décision du gouvernement tunisien de fermer la frontière avec la Libye a entraîné la fermeture de Ras Jedir. À Ben Guerdane et au-delà, des milliers de commerçants transfrontaliers, de petits détaillants, de boutiquiers, de vendeurs de carburant informels et de cambistes ont été contraints de suspendre leurs activités. Pendant ce temps, des centaines de travailleurs tunisiens basés en Libye qui tentaient de retourner en Tunisie se sont retrouvés bloqués à Ras Jedir. Les mesures de sécurité et de quarantaine les ont relégués à des semaines d’attente au poste frontière avant de pouvoir entrer sur le territoire tunisien. Dans l’ensemble, les effets de la pandémie de coronavirus ont exacerbé les tensions économiques le long de la frontière tunisienne et ont montré l’urgente nécessité de renforcer la coordination entre le gouvernement central et les municipalités des villes frontalières afin de gérer plus efficacement la sécurité et les urgences sanitaires.

L’étude du think tank consacrée à cette nouvelle donne frontalière, recommande à la Tunisie de renforcer et étendre sa coopération en matière de sécurité frontalière avec le gouvernement d’entente nationale (GNA), reconnu au niveau international, qui est le principal intermédiaire en matière de pouvoir dans l’ouest de la Libye. Cela permettrait de répondre aux préoccupations sécuritaires du pays plus que ne le feraient des mesures isolationnistes. Le gouvernement devrait également travailler avec le GNA pour établir une zone de libre-échange à cheval sur la frontière des deux pays. Cela donnerait confiance aux commerçants et stimulerait le commerce.

Carnegie estime que Tunis devrait encourager les conseils municipaux des villes frontalières à élargir leurs accords de base avec leurs homologues libyens pour y inclure les questions culturelles et éducatives, et pas seulement le commerce. Cela permettrait d’approfondir les relations personnelles, qui sont essentielles au succès de la diplomatie interurbaine.

Enfin , le think tank américain souligne que la Tunisie devrait superviser la participation souvent non coordonnée de divers organismes officiels – y compris les ministères, l’autorité douanière et les commissions parlementaires – aux côtés des conseils municipaux pour conclure des accords transfrontaliers négociés de manière asymétrique. Cela permettrait d’accroître la coordination entre les municipalités des villes frontalières et Tunis et de renforcer les liens de cette dernière avec les centres de pouvoir de l’ouest de la Libye, ce qui améliorerait la sécurité de la Tunisie.

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