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jeudi 3 décembre 2020
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Le FMI, c’est pour l’instant fini. Il faut revoir les copies !

L’importante interview de Jérôme Vacher par Anis Morai de RTCI n’a pas encore dit tous ses secrets. Actualité oblige, notamment la polémique sur le financement du budget de l’Etat par la BCT, on avait tous focalisé sur la position du plus important bailleur de fonds de la Tunisie sur  cette polémique. Et le FMI avait dit non à la mise à mort de l’indépendance de la BCT par rapport au gouvernement. Mais le représentant permanent du FMI n’avait pas dit que cela.

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Jérôme Vacher avait aussi, dans cette interview, fait une mise au point sur les relations du bailleur de fonds avec la Tunisie. Une position qu’on entendait si clairement pour la 1ère fois, et qui met fin à toutes les attentes, présentes ou futures, des autorités tunisiennes d’une autre possible aide financière pour raccommoder les budgets 20 et 21, après les plus de deux Milliards DT au titre du Covid-19.  « On avait un programme de facilité élargie de crédit, mis en place en 2016 pour une période de quatre ans, avec des revues périodiques selon les avancées des réformes et l’évolution de la situation économique. Le dernier décaissement avait été fait en juillet 2019. Un programme auquel il a été mis fin au printemps dernier, mais avec la mise en place d’une facilité d’urgence de 745 MUSD pour faire face à la pandémie du Covid-19. Dans la lettre d’intention et le rapport du FMI, publié en avril dernier, les autorités tunisiennes font part de leur souhait de demander un nouveau programme de soutien des réformes, dès que les conditions seront réunies. Pour l’instant, nous n’avons pas reçu de réponse formelle à cet effet. Mais les discussions continuent dans un dialogue permanent (Ecouter l’interview sur ce lien, à la minute 11’30’’) ». Et ce ne sont pas les derniers chiffres publiés par le ministère tunisien des Finances qui feraient pencher la balance en faveur d’une Tunisie qui continue de n’en faire qu’à sa volonté en matière de finances de l’Etat. A fin août dernier, le bilan du budget de l’Etat était déficitaire de plus de 5,6 Milliards DT contre -3,267 Milliards DT en août 2019.

 Des chiffres qui n’encourageront pas le FMI à refinancer la Tunisie

Selon les chiffres des résultats provisoires de l’exécution du budget de l’Etat de 2020, à fin août dernier, le total des ressources n’a augmenté que de 0,7 %. Les ressources propres ont baissé de 10,9 %. Les recettes fiscales aussi, ont baissé de 10,5 % (-1,5 % sur l’IR et -25 % sur l’IS). En face, les dépenses de gestion de l’Etat ont augmenté de 2,6 % en août dernier. Les dépenses d’investissement, pour relancer l’économie et créer de l’emploi, ont baissé de 12,6 %. Et comme pour compléter le tableau, tout a diminué dans la rubrique « dépenses de gestion » du budget sauf les salaires et rémunérations. En août 2020, par rapport au même mois de l’exercice 2019, la masse salariale (déjà à 17,165 Milliards DT, contre une prévision de 19Milliards DT pour toute l’année 2020) avait encore augmenté de 12,9 %.

Et l’Etat tunisien ne sait plus où donner de la poche pour payer ses 680 mille fonctionnaires. A fin août dernier, il avait déjà puisé presque 4,4 Milliards DT sur le marché domestique, et 4,093 Milliards DT en emprunts extérieurs. Et le super-ministre des Finances, Ali Kooli, en voudrait presqu’autant, sinon plus, pour les seuls deux mois à venir, et 20 autres pour 2021. Les portes du FMI, désormais closes ou presque, on comprendrait pourquoi le gouvernement Mechichi et son budget à crédit, s’adresse à la BCT, que certains encouragent même à transformer en simple filiale de fabrication de billets pour les politiques du gouvernement.

 Alors que la Tunisie ne désepère pas d’un nouveau crédit FMI, ce dernier alerte

Manifestement très inquiet pour la Tunisie, où il appréciait fort le « Keftaji », pour ne parler que de nourriture, le représentant du FMI s’était inscrit en faux, sur RTCI, contre l’annexion de la BCT par le gouvernement en Tunisie. « L’indépendance de la banque centrale est quelque chose de très important. Cela veut dire qu’elle est en mesure de poursuivre ses objectifs qui sont la préservation de la stabilité des prix et celle de la stabilité financière sans interférence. Donc je pense que c’est quelque chose de particulièrement important en Tunisie… ».

Et Jérôme Vacher d’expliquer que « la préoccupation tient à  une domination de la politique monétaire par des besoins budgétaires qui ait un impact négatif sur l’objectif de la banque centrale qui est la stabilité des prix et la stabilité financière (…) et il ne faut pas s’imaginer que l’impact de la politique budgétaire sur la politique monétaire n’en aura pas un  sur les autres variables, et notamment sur l’inflation et sur la politique de change, parce que la Tunisie a un taux de change flexible. Donc je pense qu’il faut aussi garder à l’esprit et au final que l’inflation, c’est aussi une forme de taxe sur les ménages les plus vulnérables. Il ne faut pas l’oublier, surtout que dans un contexte caractérisé par une pandémie, une augmentation de l’inflation sera particulièrement dommageable pour les ménages qui sont déjà en vulnérabilité du fait de cette crise ».

Et donc ? Que faire ?

Où est donc la solution pour sortir de ce goulot d’étranglement des budgets de l’Etat pour les exercices 20 et 21 ? Ceux qui étaient en faveur du rachat des crédits par la Banque centrale commencent même à corriger leur tir en nous expliquant que la fenêtre d’opportunité où cette solution était valable est désormais fermée. Ils pensent certainement à la détérioration de la conjoncture économique et financière tunisienne, et ils n’ont pas tort.

Comme l’avait dit l’ancien ministre des Grandes réformes, Taoufik Rajhi, nous pensons que le gouvernement Mechichi devrait revoir sa copie des deux budgets, revoir les dépenses et mieux les cibler, notamment vers l’investissement. Mais, aussi, mettre un sérieux frein aux salaires et rémunérations, pour ne pas mettre plus en danger ce qui est acquis. Renvoyer sine die les nouveaux recrutements et autres régularisations de ce que d’autres gouvernements avaient mal fait. Revoir ses priorités, économiques et financières, pour ne pas mettre à plat toute une économie. A défaut, comme l’avait dit la BCT à Africanmanager, mettre tout cela sur la table des négociations, avec ses partenaires sociaux et son désormais seul pourvoyeur de fonds, pour lui donner l’assurance que les vraies réformes seront engagées.

Réformes, qui arrêteront les hémorragies, et remettront tout le monde au travail et l’économie en état de rémission. Le tout, pour redonner confiance aux investisseurs et aux bailleurs de fonds, et qu’ils s’engagent avec la Tunisie sur un véritable plan de relance de l’économie. « Walakom Sadid Annadhar », ce qui signifierait, à bon entendeur, salut !

2 Commentaires

  1. C’est maintenant que l’FMI fait la sainte nitouche !

    Il savait dès le début que les réformes n’étaient pas engagées et que la gestion macroéconomique était exécrable. Il a pourtant continué à enfoncer la Tunisie dans la dette programme après programme.

    Ceci n’a qu’un seul sens : bien tremper le volatil dans le bouillon pour mieux le plumer après.

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