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jeudi 3 décembre 2020
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Un budget à crédit. La valse des chiffres pour Kooli !

Le projet de budget de l’Etat pour l’exercice 2021, concocté par le super-ministre de l’Economie Ali Kooli, ne contente presqu’aucun expert. Ce dernier était pourtant à l’affût d’un tel poste depuis la tentative de gouvernement de Jemli, tentative renouvelée avec Fakhfakh. Arrivé à ses fins avec Hichem Mechichi, le super-ministre se devait d’être préparé à ce poste et disposer immédiatement des solutions, éventuellement novatrices, pour ses problèmes qu’il devait normalement avoir appris par cœur.

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« Le budget de l’Etat pour l’année 2020 passe de 47,2 milliards de dinars programmés dans la loi de finances initiale à 51,7 milliards de dinars [Ndlr : Le ministre parle de 52 et les documents de la LF 2021 donnent le chiffre exact de 52,617 !] dans la loi de finances rectificative. Une augmentation supplémentaire de 4,5 milliards de dinars, et une augmentation spectaculaire (en année de crise) de 22,2% par rapport à 2019, équivalente à 4 fois le taux d’inflation, qui sera de l’ordre de 5,6% », estime Walid Ben Salah dans un récent Post sur les réseaux sociaux.

Et Ben Salah d’ajouter que « cette énorme taille « mammouthienne » du budget amendé, représentera 46,6% du produit intérieur brut pour l’année 2020, alors que les taux acceptables et reconnus ne dépassent pas 30%. En d’autres termes, l’État déduira près de la moitié de la production nationale pour l’année 2020 (dans ses secteurs public et privé) pour financer ses propres dépenses, qui sont principalement dirigées vers les salaires de la fonction publique (19,5 milliards de dinars) et les subventions (6,2 milliards de dinars, y compris le règlement des retardataires antérieurs et non programmés au profit de certaines institutions publiques) et service de la dette publique (11,8 milliards de dinars). Avec sa situation financière désastreuse et son mode de gouvernance actuel, l’Etat devient un élément majeur de la crise … alors pouvons-nous en attendre des solutions ? ».

Qu’est-ce qui justifie cette hausse

« En 2020, les dépenses de l’Etat atteindront 52 Milliards » dit le super-ministre qui se rend certainement compte que ce montant dépasse déjà de 5 Milliards DT tout le budget qui était prévu pour 2020, et que les dépenses auront ainsi largement dépassé tout le budget, et il explique ce très large dépassement par le Covid-19. Et lorsqu’on lui rappelle que l’argent du Covid, en dons populaires, d’entreprises et étrangers approchait les 4 Milliards DT et devait être réservé au Covid, puisque n’ayant jamais été budgétisé lors de la construction du budget 2020, il répond que « le choix a été fait de verser tout dans le budget, où les dépenses seront puisées ». Et il cite, en guise d’explication, des investissements dans l’infrastructure hospitalière et des recrutements dans les hôpitaux, qui n’étaient pas budgétisés ».

Au vol, nous interrompons le super-ministre pour lui rappeler que jusque-là, l’état des hôpitaux autorise largement le doute sur la réalité desdits investissements. Il explique alors que « en Tunisie, nous avons 200 lits de réanimation, avec un taux d’occupation de 20 %, ce qui fait un coût au lit autre. Or, depuis 6 mois, les 200 lits sont utilisés à 100 %. Il y a donc une dépense supplémentaire. Elle ne se voit pas, tout comme les autres dépenses de la crise Covid, mais l’utilisation a nettement augmenté. Nous faisons en plus des tests, à 300 DT l’unité, et cela représente un coût supplémentaire pour le budget. Le patient ne le voit pas, mais le coût existe ». Le super-ministre finira par nous préciser que les dépenses supplémentaires dues au Covid-19, ont été de 2,5 Milliards DT, et il précise que c’est « en termes de budget de l’Etat, et le coût et colossal ».

Et pourtant, cela ne dépasse toujours pas le montant récolté, en Tunisie et de l’étranger, pour la lutte contre le Covid. Et il ne nous semble pas qu’il ait eu besoin de dépenser le reste dans le colmatage des brèches du budget, dont les raisons du déséquilibre n’avaient rien à voir avec le Covid-19.A moins qu’il n’ait pas tout dit, l’argument du ministre invoquant la hausse des dépenses pour expliquer celle du budget, reste donc non convaincant.

Un budget à crédit. 41,3 Milliards DT sur 2 ans

Les recettes budgétaires, directes et indirectes prévues dans la LF 2021, devraient atteindre les 33 Milliards DT. Il restera 20 Milliards DT. C’est, manifestement, selon le ministre, le niveau de la dette prévue pour le budget de 2021. « On n’a jamais dit que ce déficit sera financé par le recours à la dette domestique. Il le sera aussi par recours au marché extérieur. On aimerait que le marché local ait la plus grosse part, mais s’il s’avère qu’il n’en a pas la capacité, on aura recours aux marchés internationaux ». Le super-ministre Kooli nous donne ainsi l’exemple d’un crédit sur garantie américaine qu’on voudrait renouveler. Il évoque ensuite des bons de trésor vendus en Europe et en Amérique dont le paiement est prévu pour juin 2021.

Selon le député Fayçal Derbel qui détaille toute la dette pour la LF complémentaire 2020 et la LF 2021, « entre 2020 et 2021, l’Etat tunisien devra contracter une dette de 41,336 Milliards DT, dont 19,508 Milliards pour les besoins du budget 2021, et 21,459 Milliards DT pour combler le déficit de l’exercice 2020. Pour cette année, justement, ce seraient 14,267 Milliards DT que le gouvernement devra trouver auprès du marché domestique et 7,282 Milliard sur l’extérieur ».

Source : Rapport du PL du budget de l’Etat pour l’année 2021 (Page 45)

Pour 2021, les chiffres communiqués dans le document du ministère des Finances indiquent que sur les 19,508 Milliards de dette à trouver, 2,9 Milliards DT le seront sur le marché financier domestique, et 6,608 Milliards DT en dette extérieure. « Où compte-t-il les trouver » se demande le député membre de la commission des finances, qui indique que le marché international n’est plus aussi liquide qu’avant, et que le montant à mobiliser en domestique risquerait fort d’assécher la place financière tunisienne.

Et lorsqu’on oppose au super-ministre Kooli que la place financière internationale pourrait être réticente à la dette tunisienne, vu sa taille, la taille du déficit budgétaire de -14 % en 2020 et négatif de 8 % en 2021, sans oublier la mauvaise note souveraine et la taille de la masse salariale qui est de 17 % alors qu’elle ne devrait être qu’à 12,5 %, et qu’elle pourrait revendiquer la restructuration de la dette tunisienne (15,776 Milliards DT service de la dette) ou même son rééchelonnement, Ali Kooli reste confiant et estime qu’on n’en arrivera pas là. « C’est vrai que la pression sur la dette tunisienne est difficile, mais c’est une amère vérité partout dans le monde ».

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