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samedi 8 août 2020
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Les tabous de la dette sont-ils indéboulonnables ?

En fait de dettes, la Tunisie se retrouve en cette année 2020 en butte à un monceau d’écueils qu’elle n’a jamais eu à connaître depuis qu’elle est un Etat indépendant. Elle doit s’acquitter d’un service de la dette bien supérieur à tout ce qui lui sera loisible d’emprunter sur le marché financier international. Déjà peu en état de s’y prendre, le pays, avec  à sa tête un nouveau gouvernement dont on sent qu’il est déboussolé, y a ajouté les retombées,  chaque jour plus accablantes, d’une pandémie, celle du coronavirus, aux allures imprévisibles et irrésistibles.
Le service de la dette déjà insupportable, en temps de paix, il  risque d’étouffer encore plus ceux qui en sont perclus  dans la guerre qu’ils livrent contre cette pandémie. Des voix s’élèvent plus fortes et insistantes pour enjoindre à la Tunisie d’engager au plus vite avec ses bailleurs de fonds des discussions « solidaires et responsables » pour une meilleure gestion de sa dette extérieure. Il est, au demeurant, à  juste titre souligné que pareille  démarche n’entacherait en rien la crédibilité de la Tunisie et son attachement permanent à honorer ses engagements. Elle pourrait lui permettre de dégager une clairière budgétaire pour renouer avec des investissements plus soutenus en matière d’infrastructures et de restauration de sa compétitivité.

L’Annus horribilis de la dette !

C’est la Banque centrale de Tunisie qui le certifie, les services de la dette extérieure cumulés ont augmenté de 38,5%, au 31 décembre 2019, par rapport à 2018, pour atteindre les 9,2 milliards de dinars. Mais le pire est peut-être à venir, ce montant grimpera à 12 milliards de dinars, en cette année 2020, celle où la Tunisie dépensera en service de la dette les prêts qu’elle aura contractés tout au long du présent exercice.

Un petit exercice arithmétique montrera que  la Tunisie paiera 12 milliards de dinars (4,3 milliards de dollars) au titre du service de la dette, alors qu’elle n’empruntera que 11,7 milliards de dinars (4,2 milliards de dollars). « Cela signifie que les fonds empruntés ne seront pas affectés à des projets d’investissement et de développement. Ils ne seront même pas suffisants pour couvrir la dette », a déclaré l’économiste Radhi Meddeb, soulignant que le développement représente un problème majeur pour la Tunisie, qui n’a jamais connu une situation similaire.

Il est vrai que la Tunisie n’a jamais eu à envisager solliciter des facilités pour le remboursement de ses dettes. Une approche érigée en principe d’Etat auquel l’actuel ministre des Finances, Nizar Yaiche, ne semble pas vouloir déroger quitte donc à emprunter encore pour rembourser les arriérés. Serait-ce peine perdue de faire autrement ? D’autant que dans  une analyse récente, l’Institute of International Finance (IIF), basé à Washington, a indiqué que des pays tels que l’Égypte, le Maroc, la Tunisie, l’Afrique du Sud et l’Algérie ne bénéficieront pas du moratoire sur la dette accordé par le G20 aux pays pauvres.

Mais il est clairement visible que même avant la propagation du coronavirus dans le monde, des dizaines de pays du Sud étaient proches de la crise de la dette ou en étaient à la phase de crise. Rien que cette année, le Liban et l’Argentine ont manqué à leurs obligations en matière de dette. Un nombre considérable d’autres pays pourraient être poussés plus loin dans l’endettement par la crise du coronavirus. La crise a montré à quel point l’économie mondiale est exploitée et non durable. De nombreux pays continuent de consacrer une part importante de leurs ressources précieuses et souvent rares au remboursement de leur dette et à la ré-accumulation de nouvelles dettes. Plus de 60 pays, qui ont déjà du mal à mettre en place des systèmes de santé de base, dépensent plus pour payer leurs créanciers que pour les soins de santé. Parmi eux, le Ghana devrait dépenser près de quatre fois plus pour rembourser sa dette extérieure que pour les soins de santé publics en 2020.

L’annulation, pourquoi pas ?

Dans semblable configuration, la question se pose de savoir s’il ne doit pas être légitime, du moins judicieux, d’annuler tout simplement les dettes des pays qui ont souffert de la pandémie du coronavirus et souffriront encore plus de ses retombées pour de longues années. L’annulation de la dette permettrait à de nombreux gouvernements du Sud d’augmenter les dépenses publiques clés dans des domaines tels que la santé et l’éducation, plaide l’organisation et site Bright Green. Cela n’a jamais été aussi nécessaire, les systèmes de santé publique, qui ont déjà besoin d’investissements importants, luttant pour résister au stress supplémentaire causé par le coronavirus. Certains efforts, limités, ont déjà été déployés pour annuler la dette des pays du Sud et montrent qu’il est possible d’annuler la totalité de la dette des pays du Sud. Une étude réalisée en 2004 par la Banque mondiale et le FMI a révélé que les pays bénéficiant d’un allégement de la dette ont doublé leurs initiatives de réduction de la pauvreté entre 1999 et 2004. Par exemple, la Tanzanie a utilisé cet argent nouvellement disponible pour éliminer les frais de scolarité, embaucher plus d’enseignants et construire plus d’écoles. Le Burkina Faso a considérablement réduit le coût des médicaments vitaux et a amélioré l’accès à l’eau potable, tandis que l’Ouganda a plus que doublé les inscriptions scolaires. Il convient de célébrer ces succès, mais la nouvelle crise de la dette montre à quel point on  doit aller plus loin, souligne Bright Green.

L.M.

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