Moody’s dégrade de stable à négative la perspective de 5 banques tunisiennes…aussi

Moody’s dégrade de stable à négative la perspective de 5 banques tunisiennes…aussi

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Peu de temps après avoir confirmé la note souveraine de la Tunisie et dégradé sa perspective de stable à négative, l’agence de notation Mody’s, comme l’on s’y attendait, en a fait autant pour 5 banques tunisiennes. Il s’agit d’Amen Bank, de l’ATB, de la BT, de la BIAT et de la STB

Moody’s Investors Service a, en effet, annoncé avoir confirmé les notes de dépôts en monnaie locale d’Amen Bank à B2 / NP, de l’Arab Tunisian Bank à B2 / NP, de la Banque de Tunisie à B2 / NP, de la Banque internationale arabe de Tunisie à B2 / NP et de la Société tunisienne de banque à B3 / NP. Dans le même temps, l’agence a confirmé les notes de crédit de référence (BCA) de la BT et de la BIAT à b3, les BCA d’Amen et d’ATB à caa1 et celle de la STB à caa3. Moody’s a également confirmé les notes des dépôts à long terme en devises des cinq banques à B3, au même niveau que le plafond pays pour les dépôts en devises, ainsi que la note à long terme du risque de contrepartie à B2/NP. L’agence a changé de stable à négative la perspective de toutes les notes de dépôts à long terme           de des cinq banques.

L’affirmation des notations des cinq banques tunisiennes reflète l’opinion de Moody’s selon laquelle, malgré un environnement opérationnel difficile, les profils de crédit des banques, notamment les indicateurs de qualité des actifs, les tampons d’absorption des pertes et les mesures de liquidité, resteront globalement stables aux faibles niveaux actuels. Cela reflète également l’opinion de l’agence de notation selon laquelle la probabilité que le gouvernement apporte son soutien en période de tensions dans le secteur bancaire demeure élevée.

Les perspectives négatives concernant les notations des dépôts à long terme des cinq banques tunisiennes sont principalement dues à l’affaiblissement de la capacité du gouvernement tunisien à soutenir les banques, comme en témoigne la récente décision de Moody’s de modifier les perspectives de la note souveraine de stable à négative ainsi qu’aux défis croissants liés à l’environnement opérationnel des banques, avec des tampons amoindries pour maintenir la résilience.

La décision de Moody’s de confirmer les notes des banques reflète l’opinion qui est la sienne selon laquelle (1) les profils de crédit des banques resteront globalement stables, à des niveaux faibles, au cours des 12 à 18 prochains mois, reflétant des conditions de crédit et de liquidité déjà difficiles dans un environnement d’exploitation qui l’est tout autant, et est notable dans un profil macro “Très faible +”; et (2) le point de vue de Moody’s sur une probabilité élevée que le gouvernement soit disposé à soutenir les banques en cas de besoin.

Amen Bank

Moody’s a confirmé la note de dépôts à long terme en monnaie locale d’Amen à B2, celle des dépôts à long terme en devises étrangères à B3 et son BCA à caa1. L’affirmation des notations des dépôts à long terme reflète l’opinion de Moody’s selon laquelle les notes reflètent bien les défis posés par l’environnement opérationnel tunisien s’agissant du profil de crédit autonome de la banque (confirmé à caa1). La BCA reflète la faible qualité des actifs de la banque (environ 15,8% du ratio de prêts à problèmes en juin 2018), des réserves de fonds propres peu élevées et une rentabilité modeste, qui restent confrontés au coût élevé du financement et aux exigences de provisionnement croissantes, au profil de liquidité serré et à la forte dépendance à l’égard du financement de la Banque centrale. Cette affirmation reflète également l’évaluation faite par Moody’s d’une très forte probabilité de soutien du gouvernement en cas de besoin,

Arab Tunisian Bank (ATB)

Moody’s a confirmé la note de dépôts à long terme en monnaie locale d’ATB à B2, celle des dépôts à long terme en devises étrangères à B3 et sa BCA et sa BCA ajustée à caa1 et b3, respectivement. L’affirmation des notations des dépôts à long terme reflète l’opinion de Moody’s selon laquelle les notations reflètent les défis posés par l’environnement opérationnel tunisien en termes de profil de crédit autonome de la banque (confirmé à caa1). La BCA reflète la dégradation de la qualité des actifs et des concentrations de crédit élevées de la banque (ratio de prêts à problème de 11,1% à juin 2018), des réserves de fonds propres modestes et en baisse et des indicateurs de financement et de liquidité supérieurs à la moyenne, soutenus par une base de financement stable. Cette affirmation reflète également l’évaluation faite par Moody’s d’une forte probabilité de soutien des pouvoirs publics en cas de besoin, étant donné que la part de 7% du marché des dépôts fait suite au relèvement d’un cran de la BCA ajustée de l’ATB à b3.

Banque Internationale Arabe de Tunisie (BIAT)

Moody’s a confirmé la note de dépôts à long terme en monnaie locale de la BIAT à B2, celle de dépôts à long terme en devises étrangères à B3 et sa BCA à b3. L’affirmation des notations des dépôts à long terme reflète l’opinion de Moody’s selon laquelle les notes traduisent les défis posés par l’environnement opérationnel tunisien pour le profil de crédit autonome de la banque (confirmé à b3). La BCA est tirée par la capacité d’absorption des pertes et la qualité des actifs de la banque (ratio de prêts à problème de 5,5% dès juin 2018), compensées par une rentabilité résiliente et une base de financement stable, confortées par la position de la BIAT en tant que première banque privée en Tunisie. Cette affirmation reflète également l’évaluation faite par Moody’s d’une très forte probabilité de soutien du gouvernement en cas de besoin, en raison du fait que la BIAT détient une part de marché des dépôts estimée à environ 19% à la suite du relèvement d’un cran de la BCA ajustée à b3.

Banque de Tunisie (BT)

Moody’s a confirmé la note de dépôts à long terme en monnaie locale de BdT à B2, celle de dépôts à long terme en devises étrangères à B3 et sa BCA à b3. L’affirmation des notations des dépôts à long terme reflète l’opinion de Moody’s selon laquelle les notations reflètent les défis posés par l’environnement opérationnel tunisien pour le profil de crédit autonome de la banque (confirmé à b3). La BCA s’appuie sur la rentabilité résiliente de la banque et sur des réserves de fonds propres saines ainsi que sur une prudente gestion des risques par rapport à ses pairs du marché. Ces atouts sont atténués par les pressions élevées exercées sur la qualité des actifs et par la forte dépendance à l’égard du financement de la banque centrale (10,5% du total des actifs en juin 2018), ce qui augmente les risques de refinancement et engendre des actifs liquides, qui sont déjà à des niveaux bas comparés à leurs homologues nationaux et internationaux. L’affirmation reflète également l’évaluation de Moody’s d’une forte probabilité de soutien du gouvernement en cas de besoin, en raison du fait que la Banque de Tunisie a une part de marché des dépôts estimée à environ 6% à la suite du relèvement d’un cran de la BCA ajustée à b3.

Société tunisienne de banque (STB)

Moody’s a confirmé les notations de dépôts à long terme de la STB à B3 et sa BCA à caa3. L’affirmation des notations des dépôts à long terme reflète l’opinion de Moody’s selon laquelle les notes reflètent les défis posés par l’environnement opérationnel tunisien pour le profil de crédit autonome de la banque (confirmé à caa3). La BCA reflète le niveau élevé de prêts à problèmes de la banque (le ratio de prêts à problèmes signalé avoisinant les 23% en juin 2018), bien qu’il s’améliore, sous l’effet de normes de souscription historiquement faibles et d’une forte exposition au secteur du tourisme en difficulté, d’une rentabilité faible et d’une faible capacité d’absorption des pertes, jumelée à un profil de financement serré et à des réserves de liquidité modestes. Cette affirmation reflète également l’évaluation, par Moody’s, d’une très forte probabilité de soutien du gouvernement en cas de besoin, compte tenu du fait que la part de marché des dépôts de la Banque se situe autour de 10 due au relèvement de 3 crans de sa BCA de caa3.

Des risques de vulnérabilité externe

Moody’s a expliqué les perspectives négatives sur les notes de dépôts à long terme des cinq banques tunisiennes par la détérioration de la capacité du gouvernement à fournir un soutien aux banques si nécessaire, comme en témoigne la perspective négative attribuée à la note souveraine B2 de la Tunisie. La décision de modifier les perspectives en matière de notation souveraine repose principalement sur une augmentation des risques de vulnérabilité externe de la Tunisie, dans un contexte de resserrement marqué des conditions de financement à un moment où la position de la Tunisie en réserves de change est affaiblie par la hausse des prix, et par le ralentissement des entrées nettes de capitaux par rapport à l’année précédente. Les réserves de change de la Tunisie ont continué à s’éroder, et la couverture des importations de biens a chuté à 2,5 mois à fin septembre 2018, contre 3,3 mois une année auparavant.

Moody’s estime également que les déficits élevés du compte courant et la diminution des réserves de change augmentent les risques de dépréciation, ce qui pourrait exercer des pressions négatives sur l’environnement opérationnel des banques tunisiennes, en particulier sur la liquidité et les conditions de crédit déjà faibles. En conséquence, Moody’s s’attend à ce que les déséquilibres des finances publiques et des comptes extérieurs, associés aux tensions sociales persistantes et aux retards dans la mise en œuvre des réformes structurelles, continuent d’affecter la consommation, de limiter les investissements et d’introduire potentiellement une volatilité des conditions monétaires, ce qui présente des risques pour le crédit des banques et les conditions de financement. Ces normes sont exacerbées par la faiblesse des normes de souscription, qui conduit à des concentrations industrielles et à des concentrations uniques, à des évaluations de garantie erronées, à un environnement de récupération inefficace et des mesures d’abstention réglementaire qui ont permis un sous-approvisionnement.

Le crédit plus cher

Dans l’intervalle, un mécanisme de plafonnement des taux d’intérêt empêche toujours les banques d’évaluer correctement le risque lié aux prêts individuels, risque qui augmente à mesure que le crédit devient plus coûteux dans le contexte de la hausse des taux directeurs (+250 points de base depuis avril 2017). Cette situation, conjuguée à une décélération attendue de la croissance des prêts liée aux mesures de resserrement monétaire, exercera encore plus de pressions sur les bénéfices des banques et la qualité de leurs actifs, bien que les prêts improductifs se soient repliés à environ 14% du total des prêts au cours du premier semestre de l’année, contre 16,5% en 2015.

Le refinancement, un risque accru

En ce qui concerne les financements et les liquidités, la forte dépendance des banques vis-à-vis des financements de la Banque centrale nuit à leur solvabilité, car ils accroissent le risque de refinancement dans le contexte de finances publiques limitées et créent des asymétries significatives entre les échéances des bilans. De plus, le fait que les banques aient largement investi dans des titres de créance d’État au cours des deux dernières années accentue encore la corrélation entre la solvabilité des banques et la faiblesse des titres souverains alors que la nature sécurisée du financement pèse sur les liquidités des banques, réduisant ainsi leur flexibilité dans une situation de stress. Le financement de la Banque centrale est passé de 0,6% en 2010 à 9,3% environ du financement hors actions en mai 2018. Il représentait environ 16, 6 milliards de dinars, début octobre 2018 contre 10,6 milliards de dollars une année plus tôt.

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