N. Karoui : «Mère Theresa», Berlusconi, ou Zelensky à la tunisienne ?...

N. Karoui : «Mère Theresa», Berlusconi, ou Zelensky à la tunisienne ? Wikipedia en trace le portrait

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Nous attirions l’attention, dans notre article sur les prochaines élections qui pourraient être celles des antisystème. Mois après mois, les sondages le confirment. On pourrait penser ce que l’on veut de tel ou tel sondeur d’opinions en Tunisie, que tel ou tel candidat y aurait mis du sien, tous semblent s’être désormais mis d’accord sur une préférence avérée des Tunisiens pour des candidats antisystème et pour de nouveaux visages en politique. A moins que tous ceux-là aient mis des leurres chez tous les sondeurs d’opinions, un métier connu et reconnu partout dans le monde, ce qui nous semble être hautement improbable !

A un peu plus d’un mois du dépôt des listes, les instituts tunisiens de sondage mettent Nabil Karoui en haut des intentions de vote, aussi bien pour la présidentielle que pour les législatives, alors qu’il n’a toujours pas de parti ou de mouvement politique.

Qui est en fait Nabil Karoui ? L’encyclopédie universelle Wikipédia en trace le portrait. Nous en donnons copie avec quelques ajouts :

«Il est formé au marketing et à la vente dans des multinationales. Après avoir sillonné les routes du sud de la France chez Colgate-Palmolive, il intègre le département vente et marketing de la multinationale Henkel. C’est là qu’il est approché par un cabinet de recrutement pour rejoindre la cellule internationale de Canal+ qui entame son implantation en Afrique du Nord. Il y entre comme premier employé de sa filiale Afrique du Nord et y assure la direction commerciale pendant deux années». Ainsi débute le CV Wikipédien de Karoui.

  • Berlusconi tunisien ? C’est un raccourci dit-il

Selon la même source, l’intéressé n’ayant pas jugé utile de répondre à notre demande d’informations à son propos et se concentrant sur la presse étrangère, «il rejoint par la suite son frère Ghazi dans la publicité et fondent ensemble, en 2002, un groupe international indépendant de médias et de publicité, Karoui & Karoui World. À la tête du groupe et après le succès rencontré par un premier bureau installé au Maroc, il ouvre successivement des bureaux à Alger, Riyad, Khartoum, Nouakchott et Tripoli».

S’attardant ensuite sur le volet politique du parcours de Nabil Karoui, Wikipedia rappelle que «le 30 décembre 2010, alors que des troubles ébranlent la région de Sidi Bouzid au Centre de la Tunisie et que les médias sont muselés par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali, il entreprend de diffuser sur sa chaîne de divertissement un débat politique où la vérité des faits est dévoilée pour la première fois au public par un média local (…). Karoui diffuse l’interview d’une personnalité absente de la scène politique depuis plus de vingt ans : Béji Caïd Essebsi. À la suite de cette interview, ce dernier est sollicité pour occuper les fonctions de chef du gouvernement de transition».

Et la même source de rappeler aussi que «le 9 octobre 2011, sa chaîne diffuse Persepolis. Le film terminé, environ 200 Salafistes tentent de brûler l’immeuble de Nessma avant de s’en prendre à son domicile quelques jours plus tard. À la suite de cela, il est poursuivi pour atteinte aux valeurs du sacré lors du « procès Persepolis», un procès qui connaît un retentissement à l’étranger. S’il risque jusqu’à trois ans de prison pour blasphème, il est finalement condamné le 3 mai 2012 à payer une amende de 2 400 dinars tunisiens, mais il se réserve le droit de faire appel».

  • Un des fondateurs de Nida

Et d’ajouter que «après la victoire des islamistes d’Ennahdha à l’élection de l’assemblée constituante, il initie, avec Béji Caïd Essebsi et un petit groupe de personnalités politiques, la création d’un parti politique visant à constituer un contrepoids au pouvoir en place. Nidaa Tounes tient ses premières réunions, durant des mois, dans les bureaux de Karoui et sa chaîne pèse de tout son poids pour mobiliser les démocrates de tous bords (…). Il est particulièrement remarqué lorsqu’il initie et organise la rencontre historique de Paris entre Rached Ghannouchi, le chef d’Ennahdha, et Caïd Essebsi (…). La campagne [Ndlr : campagne électorale de Nidaa en 2014] est réalisée par son groupe, Karoui & Karoui. Lors de l’élection présidentielle, il fait office de prestataire de services dans le domaine visuel pour la candidature de Caïd Essebsi, qui accède à la magistrature suprême le 31 décembre de la même année».

Wikipedia lui impute un «appuie Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président, dans la lutte pour le leadership du parti. Il devient membre de son bureau exécutif en janvier 2016 après avoir contribué à écarter Mohsen Marzouk ; il quitte alors la direction de Nessma même s’il utilise la chaîne pour médiatiser ses actions. Néanmoins, face aux désaccords qui surgissent avec Hafedh Caïd Essebsi, il gèle son adhésion au parti puis jette l’éponge en avril 2017. C’est alors que fuite sur les réseaux sociaux une vidéo où il déclare vouloir compromettre une ONG luttant contre la corruption, I Watch, qui avait pris pour cible les frères Karoui un an auparavant avec des accusations d’évasion fiscale et de non-remboursement d’un crédit à la Banque de l’habitat».

  • Le tournant de l’association Khalil Tounes

Le 21 août 2016, date de la mort de son fils Khalil, nous semble être une date importante du parcours de ce personnage de la vie politique tunisienne. Il marquera le début d’un Karoui-mère Thereza ou du Berlusconi qui se dit proche des Zwawla, ou petites gens. «C’est un raccourci. On essaie de mettre les gens dans des cases. Je n’ai à faire avec Berlusconi, sauf que sa société Média 7 est actionnaire minoritaire » à Nessma, explique Karoui sur les ondes de la française Europe 1. Et d’ajouter «j’étais un nanti qui fréquentait la belle société, qui n’arrêtait pas de voyager. Mais je ne connaissais pas mon pays, jusqu’à ce que j’aie commencé à sillonner le pays pour aider les gens». Avec son association, du même nom que son fils décédé, il parcourt les routes de Tunisie, distribuant les aides récoltées auprès de beaucoup de donateurs anonymes.

C’est certainement à ce moment que naitra chez lui l’idée de candidater. Il l’annoncera par la suite, après que ce qu’il qualifie de système a pris conscience du débouché politique du cheminement social de Karoui et fait intrusion à Nessma pour essayer d’en couper la diffusion. Il en récoltera plus de gloire et de soutien que ne le craignaient les autorités en place…

L’homme d’affaires (Publicité, télécommunication et média) est natif de Bizerte. Âgé de 55 ans, il est marié à Salwa Smaoui, fille de l’ancien ministre Ahmed Smaoui et haut cadre, depuis plus de 13 ans, chez Microsoft. Il n’a pas encore cédé ses parts chez Nessma, mais a déjà dernièrement mis la direction de sa campagne d’aide sociale «Khalil Tounes» entre les mains de la comédienne tunisienne Mouna Noureddine, qui en deviendrait ainsi la marraine.

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