AccueilLa UNESécurité alimentaire: Les produits stratégiques, d'abord....même au détriment de l'exportation!

Sécurité alimentaire: Les produits stratégiques, d’abord….même au détriment de l’exportation!

Rym Ben Zid, Consultante en Agriculture comparée et Développement Agricole, remet en cause, dans une interview accordée à l’agence TAP, la quête démesurée vers l’exportation des produits agricoles et recommande de recentrer la production nationale sur les produits d’ordre stratégique, tout en reconsidérant la ressource eau.

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Elle a estimé qu’en  Tunisie, la question de la sécurité alimentaire a toujours été victime de la dualité entre agriculture familiale et agriculture capitalistique, assurément héritée de l’époque coloniale et qui se traduit par une volonté inébranlable de vouloir, à tout prix, augmenter les exportations de produits agricoles. Bien qu’à ce jour, aucune analyse sérieuse « Bénéfices-Coûts » n’a été réalisée pour savoir quelle valeur totale en devises rapporte l’exportation des produits agricoles à la collectivité par rapport à la valeur des ressources intérieures utilisées, notamment l’eau.

« Nous n’avons jamais réfléchi à un scénario alternatif d’une baisse d’exportation et de repli sur le marché national », déplore-t-elle. Les exportations rapportent certes des devises, mais qui sont utilisées pour importer des produits alimentaires de première nécessité, dont le volume ne cesse d’augmenter, mettant le pays dans une situation de dépendance. Cette question se pose avec encore plus d’acuité, dans le cadre de la situation mondiale actuelle, dans laquelle les échanges entre pays sont quasiment suspendus, où la compétition pour les biens de première nécessité devient féroce, donnant de fait la suprématie aux pays disposant d’un volume de liquidités substantiel.

L’effet migratoire du covid-19

La question de la sécurité alimentaire se pose de manière différenciée selon le milieu dans lequel on évolue, rural ou urbain, souligne la consultante. Dans beaucoup de pays, dont la Tunisie, un mouvement inverse de « migration  » des habitants des grandes villes vers leurs régions d’origine, a été amorcé avec la crise du Covid-19 ; ces migrants avaient opté pour l’exode rural, il y a 10 ou 20 ans, alimentant des poches de précarité et d’exclusion, à la lisière des grandes villes. Ces migrations inverses sont autant d’opportunités pour le développement des zones de l’intérieur et la redynamisation de l’économie locale, à condition de mettre à la disposition de ces  » migrants « , des instruments de financement qui leur permettront de redémarrer leur activité agricole. De ce fait, la production agricole pourra repartir, et le surplus de production pourra contribuer à améliorer la sécurité alimentaire des ménages, en milieu rural, mais aussi un écoulement de la production dans les localités voisines.

 Parallèlement, l’approvisionnement en produits alimentaires des grandes villes reste un défi auquel il faudra faire face, indique-t-elle , mettant l’accent sur la nécessité  de constituer des stocks stratégiques de produits alimentaires de base (céréales principalement), couvrant les besoins sur une période de 2 à 3 ans et alimentés par les importations (quand cela est possible) mais également par les excédents de production, quand les campagnes agricoles sont bonnes (comme c’était le cas l’année dernière). A ce titre,  conseille-t-elle, les défaillances de stockage des surplus de production constatées lors de la dernière campagne et les pertes qui en ont découlé, doivent être évitées dans le futur. Ces stocks stratégiques serviront à réguler les fluctuations de la production nationale, notamment, celle du blé dur et à amortir les chocs en situation de crise qui s’expriment par des augmentations des prix internationaux ou par des difficultés d’approvisionnement.

L’experte insiste  pour que  l’utilisation de l’eau dans les périmètres irrigués publics soit réorientée  vers la production de céréales, et notamment, le blé dur et les fourrages.Il est aussi nécessaire d’intensifier les systèmes de production agricole, en optant pour une meilleure intégration entre l’agriculture et l’élevage dans les exploitations familiales. Cela impactera positivement le niveau de fertilité des sols et partant les niveaux de rendement, ce qui contribuera à diminuer les importations de blé dur et équilibrer la balance commerciale. Il est aussi temps de valoriser les résultats de la recherche sur les variétés de blé dur mais aussi de conduire des travaux de terrain pour identifier les techniques et pratiques paysannes les plus rentables.

S’agissant des financement, la consultante  affirme que  toute stratégie d’amélioration de la sécurité alimentaire ne pourra réussir que si des produits financiers adaptés aux différents segments des chaînes de valeur sont disponibles et accessibles. Ces produits financiers permettront de structurer et rendre durable les chaînes de valeur à condition que les conditions d’accès au financement ne soient pas contraignantes, notamment pour des catégories vulnérables telles que les femmes et les jeunes qui ne disposent pas de garanties.

Le financement du monde rural devra être accompagné de la structuration accrue d’organisations de producteurs proposant des services aux agriculteurs comme la possibilité de stocker leurs productions, de disposer de crédits pour les intrants ou même de vendre leur production à la récolte et de récupérer des ristournes dans le cas où l’organisation arrive à vendre, un peu plus tard, la production à un prix plus élevé.

Le blé plus cher

Il est nécessaire de relever le prix à la production des produits agricoles stratégiques (notamment des céréales). Une étude de la FAO démontre que l’augmentation des prix des céréales à la production à partir de 2002, a amorcé une augmentation de rendement de 20 à 25%. Certes, toute augmentation des prix à la production sera problématique pour les finances publiques car l’Etat subventionne aussi les prix à la production, mais des arbitrages pourront être trouvés entre les secteurs.

D’autre part,  La dévalorisation du monde rural, amorçée depuis longtemps, et la non reconnaissance du service fourni par les producteurs à la société, le manque de professionnalisation du métier d’agriculteur, l’absence des mécanismes pour financer les investissements dans les différentes régions ainsi que le manque de clarté dans les priorités n’aident pas à sécuriser la production agricole et poussent les producteurs vers la faillite et à un exil forcé vers les villes. Pour redresser ce secteur, les futures stratégies doivent être axées sur la gestion de l’eau dont le déficit pose problème, préconise-t-elle

Source: TAP

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