Déficit commercial, impunité totale pour HCE… Mais ça n’empêchera à personne de...

Déficit commercial, impunité totale pour HCE… Mais ça n’empêchera à personne de dormir

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Le déficit commercial, dont les chiffres, mauvais, comme on pouvait s’y attendre (il n’y a pas de raison d’avoir une embellie, puisque le gouvernement ne fait rien pour), viennent de nous être communiqués par l’Institut National de la Statistique (INS), s’ajoutent au flux de trains qui n’arrivent pas à l’heure. Mais le plus inquiétant dans cette affaire, c’est que plus rien ne semble secouer les autorités en place, et encore moins les citoyens. Nous sommes tous dans une espèce de lévitation, groggy, sonnés par l’avalanche de catastrophes économiques et politiques depuis 6 ans. Autant de tuiles sur la tête des citoyens en si peu de temps ont complètement anesthésié notre capacité d’indignation, même face aux choses les plus graves. Pas plus tard que le 06 mars 2017, le directeur exécutif autoproclamé de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi (HCE), ne nous a-t-il pas donné, certes contre sa volonté – à travers les enregistrés fuités -, une idée sur ses talents en matière de manoeuvres pour se cramponner au pouvoir ? Mais voilà, ces révélations, aussi explosives soient-elles, à part le courroux du fils du président de la République, qui s’est lancé dans une chasse aux sorcières pour démasquer le « traitre », n’ont pas provoqué de cataclysme politique. Alors vous imaginez bien que le déficit commercial n’empêchera pas le gouvernement de dormir, et encore moins les citoyens…

Face à l’ampleur du déficit commercial, qu’on ne peut plus planquer sous le tapis, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a tout de même concédé un Conseil ministériel restreint sur cette épineuse affaire, lundi 13 mars 2017. Mais attention, il ne s’agit pas tout de suite de trouver les voies et moyens pour stopper cette plongée, mais simplement de contenir ce déficit à un niveau acceptable dans le PIB de cette année. Comme unique annonce au sortir de ce qu’il faut bien appeler une réunion de crise on a eu la mise en place « d’une commission qui sera chargée d’étudier les mesures proposées par les différentes parties, tout en tenant compte des engagements de la Tunisie vis-à-vis de l’OMC ainsi que de ses accords bilatéraux et régionaux ». Et encore il s’agit d’une recommandation. Donc le temps de prendre la décision d’installer effectivement cette fameuse commission, de recueillir les avis des uns et des autres, tout en aménageant un espace de navigation entre les contraintes drainées par les accords avec l’OMC et les pays partenaires, de l’eau aura coulé sous les ponts. Et d’ici là, je ne vous apprends rien en vous disant que le trou de la balance commerciale continuera de s’élargir…

L’état des lieux

Durant les 2 premiers mois de cette année, le volume des échanges commerciaux de la Tunisie avec l’étranger aux prix courants a enregistré un gonflement de 4,7% des exportations, pour une valeur de 4,626 milliards de dinars contre 4,418 milliards à la même période de l’an dernier. Par contre rien ne semble pouvoir enrayer l’envolée des importations, +23,7% durant les 2 premiers mois de 2017, pour une valeur de 7,137 milliards de dinars contre 5,769 milliards en 2016, a fait avoir l’INS. Et bien entendu il est interdit de pointer la main de la Turquie dans cette affaire puisque c’est ce qui avait valu à l’ex-secrétaire d’Etat au Commerce son limogeage. Pourtant la ministre des Finances, Lamia Zribi et le ministre du Commerce, Zied Laadhari ont bel et bien reconnu qu’il y avait un problème avec la Turquie, et un gros…

Bien entendu ces tendances impactent directement la balance commerciale, en creusant le déficit jusqu’à 2,510 milliards de dinars durant les 2 premiers mois de 2017 contre 1,350 milliard durant la même période en 2016.
Idem pour le taux de couverture, en repli, avec-11.8 points en comparaison avec son niveau de 2016. La Tunisie n’a pas pu faire mieux que 64,8% contre 76,6% durant la même période de2016.

Le pays doit cette petite embellie à l’exportation, +4.7%, durant les 2 premiers mois de 2017, aux secteurs de l’agriculture et des industries agro-alimentaires, lesquels affichent +17,4%, boostés par les ventes de dattes (127,5 millions de dinars contre 72,4 millions en 2015). A signaler également les bonnes performances des industries mécaniques et électriques, +7.5%, du textile/habillement et cuirs, +7.1% et des industries manufacturières, +3.8%.

A contrario l’énergie fait grise mine, -39,4%, lestée par la chute des ventes de pétrole brut (69,8 MD en 2017 contre 149,6 MD en 2016). Idem pour le secteur des mines, phosphates et dérivés, qui enregistre un recul de 12,4% suite à la baisse des exportations en acide phosphorique (48,9 MD cette année contre 124 MD en 2016).

Dans le détail, on doit ce bond des importations, +23,7% durant les 2 premiers mois de 2017, à la hausse phénoménales dans le secteur de l’énergie, +135.2%, un mouvement dopé par la montée des achats en pétrole brut (178,2 MD en 2017 contre 31,8 MD en 2016) et produits raffinés (525,1 MD cette année contre 352,8 MD l’an dernier).

A signaler également la poussée impressionnante des importations de produits agricoles et alimentaires de base, +60.1%, notamment le blé tendre (98,9 MD en 2017 contre 21,9 MD en 2015) ; les matières premières et demi produits affichent +10,2% ; les biens d’équipement +17,5% ; les mines, phosphates et dérivés +7,5% et les biens de consommation, à part l’alimentaire, +14,2%. Selon l’INS, les importations hors énergie sont en hausse de 15,7%.

Il faut des solutions à tout cela, évidemment. Mais comme on l’a dit déjà, on attend la mise en place de la fameuse commission. Comme on attend les commissions qui vont sortir des chapeaux des signataires du Pacte de Carthage et qui vont piloter les grandes réformes, notamment les dossiers chauds de l’administration, de l’éducation et des entreprises publiques, alors qu’on croyait que le gouvernement avait justement été mis en place pour… gouverner, réformer, prendre en main le pays. Une « commissionite » bien tunisienne qui coûte très cher au pays, en temps et en deniers publics, alors que les changements ne peuvent plus attendre…

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