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Tunisie : Les fossoyeurs de la démocratie en action. Vivement la prochaine génération!

Il est impossible d’être un maître quand on n’a pas été soi-même un élève. C’est valable dans tous les domaines de cette existence. Le départ précipité du dictateur a mis à nu le désert en matière de politique politicienne, ne parlons pas de la démocratie. Le moule de Ben Ali n’a pas fabriqué les hommes politiques capables de porter sur leurs épaules les nombreuses aspirations de la population. Et comme la nature a horreur du vide, des dirigeants autoproclamés et d’autres qui ont été élus, parfois mal élus, ont revendiqué leur droit à conduire les destinées de la Tunisie. Cela a valu au pays bien des déboires, et même des tragédies tels que les assassinats politiques, les départs de milliers de jeunes vers les zones de conflit, le naufrage économique, des tempêtes sociales, etc. Parmi ces phénomènes, et épiphénomènes, il y a le surgissement d’une nouvelle génération de leaders politiques, qui n’ont de leader que le nom, mais qui font beaucoup de mal à cette démocratie à laquelle la Tunisie s’essaye. Hafedh Caïd Essebsi (HCE), le fils du locataire du palais de Carthage, Béji Caïd Essebsi (BCE), en fait incontestablement partie.

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L’affaire rocambolesque et pathétique à bien des égards de la fuite des enregistrements de la réunion de Nidaa Tounes, où des vertes et des pas mûres ont été débitées sur le mini remaniement ministériel et sur son instigateur, Youssef Chahed, est symptomatique de ce microcosme politique qui sent le moisi, alors qu’il est censé servir de locomotive à des citoyens déboussolés et qui pensaient avoir remis les clés de la maison à une élite responsable. Le réveil est brutal, archi douloureux et de mauvais augure pour la nécessaire entreprise de reconstruction d’un pays sinistré dans bien des aspects. Que peut-on attendre du directeur exécutif du parti sorti majoritaire des dernières législatives quand il descend à ce niveau : « Tant que le vieux est à Carthage, rien ne nous échappera, ne vous inquiétez pas, il est un calculateur » ? Pas grand chose, assurément. Et je ne vous parle pas du pétrin dans lequel il met le papa, lui qui a toujours prétendu qu’une fois sur le fauteuil du président de la République, il se tiendrait au-dessus de la mêlée, à équidistance entre tous les partis politiques… Bref le plus neutre du monde. Et bien avec ce que son fils vient de déballer sur la place publique, contre son gré, cette posture d’un BCE irréprochable a pris un sacré coup…

Un fils très encombrant

Le chef de l’Etat paie sans doute sans doute là son refus de calmer les ardeurs et stopper les errements de HCE, malgré les appels réitérés. Un refus qu’il a martelé dans son dernier livre, arguant le droit de son fils de se lancer dans la bataille, comme M. et Mme tout le monde. Sauf que le directeur exécutif de Nidaa Tounes n’est pas comme M. et Mme tout le monde, notamment dans cette Tunisie post-révolutionnaire où les mauvais réflexes ont la vie dure (népotisme, favoritisme, corruption, passe-droits, clientélisme politique, etc.). Si BCE au moins peut faire valoir quelques faits d’armes, notamment le fait d’avoir pris les rênes du pays dans une phase très délicate, en février 2011, et de l’avoir mené à bon port (les élections), il n’en est rien pour son fils. Il doit son incroyable ascension aux honneurs qui entourent son papa de président. Il n’a même pas été élu par un congrès en bonne et due forme ! Pour rappel, il n’a même pas pu décrocher un ticket au sein de son parti pour candidater aux dernières législatives, la simple évocation de son nom ayant provoqué une levée de boucliers. Quant à un destin national, un vrai je veux dire, autre que celui qu’il s’est fabriqué de toutes pièces, ce n’est même la peine d’y penser vu les sondages qui le placent presque tous dans le haut du panier des personnalités en qui les citoyens ont le moins confiance et qu’ils souhaitent rayer de la vie politique. Alors d’une certaine façon il a bien raison de dire « tant que le vieux est à Carthage… ». Sauf que le « vieux » est au crépuscule de sa vie politique et a déjà dit qu’il ne défendra pas ses chances à la prochaine présidentielle. Et que se passera-t-il pour HCE quand le cher papa aura quitté la scène politique ? Il y a de fortes chances que le fils le suive, disparaissant à la vitesse de l’éclair qu’il a été pour s’emparer des rênes du parti…

Avant cet épisode navrant des enregistrements fuités, il y a eu l’affaire d’une autre conversation entre HCE et Nabil Karoui, qui a été ébruitée presque dans les mêmes conditions. Nabil Karoui, à qui on prédisait un brillant destin à Nidaa Tounes mais qui s’est cramé les ailes par la suite. Enfin, pour être plus précis, on l’a beaucoup aidé dans cette entreprise d’autodestruction. Et devinez par qui. Le même : Le fils du président de la République. Le même qui aurait sollicité son concours, dans cet étrange échange qui a fuité sur les réseaux sociaux, pour démolir quelqu’un qui le gêne dans le parti. C’est bien connu, HCE n’aime pas les empêcheurs de tourner en rond. Le cimetière de Nidaa Tounes est plein de cadres qui ont osé se dresser sur son chemin. Demandez à Ridha Belhaj…

Les rapports entre Karoui et Essesbi fils sont bizarres. Avec ces deux là on passe de bisbilles, haine cordiale à rapprochement, dans des basses besognes, à en croire le contenu de leur conversation. Etrange aussi la passe d’armes entre l’ex-ministre de la Fonction publique, Abid Briki et l’homme d’affaires Chafik Jarraya. Ce dernier qui répond vertement à Briki, car croyant déceler son nom derrière les propos du bouillant ex-ministre sur un importateur qui doit une somme folle à l’Etat. Déballage et piques évidemment relayés par les médias et dont les citoyens se délectent, s’ils ne sont pas plongés dans une profonde déprime face à l’ampleur des dégâts pour l’image du pays et à la distance qu’il faudra parcourir pour rebâtir la Tunisie. La jeune démocratie souffre. Beaucoup.

1 COMMENTAIRE

  1. Lu avec intérêt
    Oui le moule de Ben Ali a laissé de gros dégâts non seulement, il n’a pas fabriqué des hommes politiques capables de porter sur leurs épaules les nombreuses aspirations de la population comme vous le signalez si bien, mais il a moralement abimé ce qui pouvait rester de personnalités potentiellement politiques. Ce qui est grave particulièrement, c’est que cela couvre une période de 23 ans (un quart de siècle) au cours de laquelle la référence de l’Elite politique était l’argent facile, la corruption, la malhonnêteté intellectuelle, l’artificiel, le « m’as-tu vu », la mouchardise, sans compter l’acceptation du silence autour du bâton tout azimut à qui voulait se plaindre.
    La jeunesse a toujours besoin d’exemple. Qu’est- ce qu’il leur a été laissé comme formation civique ou comme héritage ?
    La mafia (le système) est toujours là et tant qu’elle est encore dans les rouges de l’Etat, elle ne laissera aucune gouvernance faire de véritables réformes ou même réussir.
    Je me souviens lors d’une réunion sur la mondialisation au cours de laquelle assistaient les ministres de affaires étrangers de l’Europe et des USA, ( j’y étais invité en tant qu’expert politologue et membre du CEAS), un ministre dont je ne citerai pas le nom m’a parlé de « mafia politicofinancière méditerranéenne, (la familia méditerranéenne) » autour d’une grande personnalité italienne et englobant certains pays du sud de la méditerranée dont la Tunisie.
    Entretemps, l’Europe a su démanteler la mafia politicofinancière du nord, mais celle du sud a résisté en se moulant aux révolutions et à leurs nouveaux gouvernants afin de continuer à être présente dans les structures et défendre ainsi ses privilèges. Aux dépens des aspirations des peuples et des réformes bien sûr.

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