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Ben Hammouda : Nos ennuis ne sont pas terminés, loin de là…

L’économiste et ancien ministre des Finances Hakim Ben Hammouda a accordé à Africanmanager une interview exclusive où il a évoqué plusieurs points dont le retrait de la Tunisie de la liste noire des paradis fiscaux de l’Union européenne, qu’il nous avait annoncé, le budget de l’État, la masse salariale et la hausse des prix constatée durant ce mois de janvier.

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La Tunisie vient de passer de la liste noire à la liste grise des paradis fiscaux, établie par l’Union européenne. Qu’est-ce que cela va changer réellement ?

D’abord, c’est une décision importante même si elle était attendue car les conséquences négatives de cette classification sont importantes. Maintenant, tout n’est pas terminé. La décision des ministres de Finances européens est de nous faire passer de la liste noire, c’est-à-dire les pays non coopératifs, à la liste grise des pays coopératifs. Il faut maintenant prendre au sérieux les engagements qui ont été pris et les réaliser dans les délais qui ont été impartis.

Qu’est-ce qui doit être fait pour éviter d’être épinglé par l’UE, même dans la liste grise ?

Les engagements sont d’une double nature. Il y a d’abord ceux liés au renforcement de la transparence de notre système fiscal et à la lutte déterminée contre l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent. A ce niveau, je crois que notre pays a effectué d’importants progrès qu’il faut poursuivre et renforcer et surtout tenir nos partenaires informés.

Le second domaine concerne les privilèges fiscaux qui ont été accordés par notre pays aux investisseurs étrangers, notamment dans le cadre de la Loi d’avril 1972. Or, ces privilèges n’ont pas été accordés pour favoriser une quelconque évasion fiscale mais plutôt pour attirer les investisseurs étrangers qui ont contribué à la création d’emplois et à la diversification de notre économie et à l’amélioration de sa compétitivité. Il est vrai qu’aujourd’hui la tendance mondiale est de favoriser une convergence entre les activités offshore et inshore, ce que nous avons commencé à faire dans notre pays où la fiscalité des entreprises offshore est passée de 0% à 10% dès 2014. Cette fiscalité doit par conséquent évoluer. Mais, cette décision est d’une grande importance car elle doit s’accompagner d’une évolution structurelle de notre tissu économique pour se spécialiser dans des activités à fort contenu technologique. Cette évolution risque de poser un problème pour les activités à fort contenu en main d’œuvre notamment les industries textiles qui connaissent déjà une importante concurrence de la part d’autres pays.

La hausse de la masse salariale pèse de plus en plus sur le budget de l’État au point que le ministre des Finances a récemment évoqué la possibilité de recourir au départ obligatoire à la retraite dans la fonction publique. Est-ce la bonne solution ?

La hausse de la masse salariale pèse lourdement sur le budget de l’Etat par rapport aux autres postes du budget de l’Etat, notamment les investissements. Le gouvernement a formulé deux projets de réformes pour faire faire face à cette augmentation : l’un concerne les départs anticipés à la retraite et l’autre les départs négociés dans la fonction publique. Ces deux projets pourraient réduire le poids de la masse salariale dans le budget. Mais leur impact sera limité dans la mesure où les économies fixées par le gouvernement me paraissent relativement faibles.

Que dites-vous de la hausse des prix et de la polémique qui en découle ?

L’année 2017 n’a pas été bonne en matière d’inflation. En effet, on a fini l’année avec une inflation relativement forte et qui a été estimée par l’INA à 6,4%. Ce chiffre constitue une rupture avec les années précédentes où nous avons réussi à la maintenir en-dessous du seuil de 5%. On craignait que les mesures contenues dans la loi de finances 2018 se traduisent pour une augmentation de l’indice des prix et déclenche une spirale inflationniste. Ce sont ces inquiétudes et ces préoccupations qui expliquent les critiques et les contestations qui se sont manifestées en ce début d’année.

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