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Les vérités de Karam et Ben Tanfous, qui ne plairont pas à tout le monde !

« La banque tunisienne de demain : Les nouveaux défis de la modernisation du secteur« , tel a été le thème d’un séminaire stratégique organisé ce mercredi 6 décembre 2017, à l’initiative de l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES). Des économistes, des banquiers, des fiscalistes ainsi qu’un bon nombre d’opérateurs du monde financier ont pris part à cette rencontre qui devait apporter des réponses claires à plusieurs interrogations : Quels défis et menaces devant le secteur bancaire tunisien? Quel statut aura la banque de demain en Tunisie ? Quel positionnement ? Quelles performances ? Et quelle place par rapport aux défis de la digitalisation?

Dans son discours d’ouverture, Néji Jalloul, DG de l’ITES, a fait savoir que les défis du secteur bancaire demeurent énormes, surtout dans une économie où la croissance demeure embryonnaire, selon ses dires, citant comme défis la bonne gouvernance, le financement du développement régional, l’innovation, la concurrence et la culture du risque. En effet, malgré la mise en place d’un package de réformes portant principalement sur la restructuration et la recapitalisation des banques publiques, une nouvelle loi bancaire et la refonte du statut de la BCT, la performance du secteur bancaire demeure décevante et en deçà des objectifs fixés.

Selon l’ITES, le secteur bancaire fait face à 6 défis majeurs, à savoir un secteur fragmenté et dominé par les grandes banques (11 banques parmi 23 ont une part de marché supérieur à 90% alors que les 12 autres se répartissent sur les 10% restants), un secteur fragile et vulnérable, un taux élevé des créances classées (les provisions ont représenté entre 2014 et 2015 plus que 20% du PNB des banques et un taux de provisionnement qui a atteint 57%), manque de liquidité (les opérations de politique monétaire ont atteint leur plus haut historique en novembre 2017 avec 10,129 milliards de dinars en moyenne contre 7,329 milliards en novembre 2016, soit une augmentation de 38% sur un an). Ajoutons à cela un retard important en termes d’intégration des IT dans le processus de distribution et la bonne gouvernance. En effet, sans une amélioration du mode gouvernance rien ne garantit que les erreurs du passé ne se reproduisent pas, indique une note de l’Institut.

Quant à lui, Ahmed Al Karam, président du directoire d’Amen Bank et président de l’Association professionnelle tunisienne des banques et des établissements financiers (APTBEF), a fait savoir que la banque tunisienne fait face aujourd’hui à plusieurs défis. Primo, la banque ne dispose pas de ressources pour faire face aux besoins de la clientèle et assurer son fonctionnement convenablement suite à l’absence de liquidités, soulignant toutefois qu’en dépit de la conjoncture et de l’instabilité qui a marqué le climat des affaires dans lequel opèrent les banques tunisiennes aujourd’hui, ces dernières ont affiché des performances et ont prouvé leur résilience et elles se sont montrées capables de faire face aux menaces dont principalement les risques de prêts et liquidité, le blanchiment d’argent, ainsi que le risque de volatilité du taux de change et du taux d’intérêt. Les banques tunisiennes se trouvent aussi devant plusieurs difficultés tributaires de la crise conjoncturelle, à savoir la baisse de l’exportation, un déficit commercial très élevé et surtout un marché parallèle qui absorbe l’essentiel, selon ses dires.

Il a par ailleurs indiqué que la solution pour remédier à cette solution est la croissance et une lutte efficace et sérieuse contre le marché parallèle, appelant à trouver des solutions efficaces et pertinentes permettant aux banques de reprendre leur rythme habituel et permettre au secteur  de jouer pleinement son rôle et de répondre aux besoins des PME et protéger par conséquent les créanciers.

Karam a en outre souligné la nécessité de privatiser les banques publiques qui demeurent à ce jour un fardeau sur l’État, soulignant que le gouvernement a déjà préparé un dossier relatif à la privatisation des banques, à travers la création de structures qui fonctionneront en tant que bras financier de l’État, comme la CDC, la BTS ou encore la BFPME.

S’agissant du financement de l’économie par les banques, Ferid Ben Tanfous, DG de l’ATB, a appelé à ne pas négliger le rôle déterminant joué par les banques dans le financement de l’économie tunisienne, assurant que cela se fait à hauteur de 80% par les banques, sans toutefois cacher l’existence de plusieurs points faibles à améliorer, notamment au niveau de l’accès des PME au financement.

Ben Tanfous a à cet égard appelé à cesser de faire assumer aux banques la responsabilité du financement des PME : « Les premiers sur qui on tape sont toujours les banques !« , s’est-il exclamé, avant d’assurer que les banques tunisiennes ne savent pas aborder et traiter les dossiers des PME comme celles des grandes entreprises. Du coup, 30% des crédits bancaires sont accordés aux particuliers et 80% à l’immobilier, selon ses dires.

Il a en outre indiqué que 80% des demandes formulées par les PME pour accéder à un financement sont rejetées pour des raisons non seulement liées aux banques mais aussi au PME pour des problèmes en rapport avec leurs business plan, appelant ainsi à créer une ligne spécifique pour le financement des PME qui ne doivent pas être traitées comme des grandes entreprises, selon ses dires.

Quant à lui, Habib Belhaj Guider, DG de la BNA, a indiqué que la banque finance aujourd’hui le grand, le moyen et le petit agriculteur ainsi que l’Office des céréales, avant d’assurer que 12 à 13% des concours de crédits de la BNA vont en premier lieu à l’agriculteur, puis en deuxième lieu à l’Office des céréales. De même, a-t-il ajouté, la BNA finance l’entreprise agricole publique au même niveau que la privée, et ce en dépit des problèmes de liquidité du système bancaire.

Frank Dupont, économiste auprès du FMI, a reconnu l’existence d’un déficit au niveau du financement des PME mais qui n’est pas spécifique à la Tunisie. « Les PME sont toujours moins servies que les grandes entreprises et cela est structurel pour plusieurs raisons liées à la banque mais aussi à la PME qui trouve aujourd’hui des difficultés pour concevoir son business plan« , a expliqué le responsable du FMI, appelant à mettre en place un plan d’accompagnement des PME qui ont besoin d’élaborer un business plan correct et réalisable, selon ses dires.

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