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Tunisie : A quoi devrait servir BCE ?

A 92 ans, il est le doyen d’âge de tous les chefs d’Etat africains et presque du monde. Elu président de la République en 2014 dans un régime semi-parlementaire qui ne lui laissait que peu de prérogatives, Béji Caïed Essebssi, dit BCE, n’a jusqu’à présent pas su être le chef d’Etat que les 1,7 million de Tunisiens attendaient.

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Lorsque, début août, nous nous posions la question de savoir «A quoi sert BCE», beaucoup de nos lecteurs nous faisaient remarquer qu’il aurait été plus judicieux de poser la question : «A quoi devrait servir BCE». Nous la posons donc, avec quelques bribes de réponse sans la moindre intention de médire du chef de l’Etat, encore moins le dénigrer.

  • Mieux incarner le leader Bourguiba dont il avait essayé d’emprunter quelques traits

Il devrait ainsi, en premier lieu, essayer de mieux incarner l’homme et le leader qu’il avait pris pour modèle, lorsqu’il avait commencé à nourrir de sérieuses prétentions pour accéder au palais présidentiel de Carthage. Force est en effet de constater, après quatre années de ce qui ne pourrait être que son premier mandat dans une reconduction que peu d’autres lui souhaiteraient, que la copie reste encore loin de l’original et que l’ancien ministre de Bourguiba ne lui ressemble encore guère. Bourguiba était un leader. Avec la politique du consensus et les accords avec l‘ennemi juré de Bourguiba, BCE est devenu dealer. L’homme en a la verve et quelque peu la loquacité, mais peu la perspicacité. L’homme a certes versé quelques larmes face à une ménagère qui se plaignait de ne pas manger de la viande. Il n’en arrive toujours point à incarner le sens paternel qui se dégageait toujours de Bourguiba et qui lui donnait cette capacité de sécher les larmes et d’inspirer confiance. Bourguiba avait du charisme, acquis de longues années d’expérience et de lutte pour l’indépendance de tout un pays. BCE n’a qu’un certain charme. On s’essoufflerait à vouloir ainsi citer toutes les antinomies entre la personne et le personnage.

  • Ne pas prendre l’exemple de Bourguiba, dans ce qui concerne famille et politique.

Du temps de Bourguiba, son fils avait été plusieurs fois ministre et sa femme Wassila était l’un des plus importants centres de pouvoir. Ceux qui avaient vécu cette période, certains dans leur chair, n’apprécient guère que le 3ème chef d’Etat élu, suive les pas de son illustre prédécesseur, même si Bourguiba avait fini par divorcer de Wassila Ben Ammar et éloigner Bourguiba Junior de tous les cercles de pouvoir.

On raconte même que le «Zaïm» aurait entendu dire que Junior aurait acheté, par crédit, une maison. Il l’aurait convoqué et sermonné sur ses capacités financières, puis l’a obligé à la vendre. C’est l’exemple que les Tunisiens voudraient voir BCE suivre.

  • Mieux encadrer, politiquement, son fils avant de le jeter en pâture aux politiciens de tous bords pour arriver à leurs propres fins.

On pourrait être d’avis que BCE est un fin politicien, sans devoir préciser à quelles fins. Il devrait s’appliquer à apprendre les bonnes pratiques à son propre fils, le cadrer lorsqu’il dévie et surtout ne pas prendre publiquement son parti, lorsque tout le monde est d’accord qu’il a gaffé. Le «Smart politicos» ne se transmet pas. Cela s’apprend et tout apprentissage est un long périple semé d’embuches. «Apprendre sans réfléchir est vain. Réfléchir sans apprendre est dangereux », disait Confucius. Platon disait que «la connaissance des mots conduit à la connaissance des choses». Mauvais apprenti, le fils pourrait devenir un cheval de Troie pour d’autres vers le sérail et ses pouvoirs ou devenir la risée des vrais politiciens.

  • Etre le garant de la stabilité et non un facteur de déstabilisation

Depuis son installation à Carthage, le règne de BCE a connu deux chefs de gouvernement. Il avait poussé le 1er (Habib Essid) vers la porte, sous la menace de le traîner dans la boue avant de le réintégrer par la petite fenêtre du poste de Conseiller. Il tente depuis quelques mois de pousser le second aussi vers la sortie. Entre février 2015 et août 2016, l’instabilité politique était devenue la règle et non l’exception. Aucun de ses deux chefs de gouvernement n’a eu le temps de développer un plan de développement économique qui s’étalerait sur la durée de tout son mandat. A peine clôturait-on un budget et une loi de finances sur le fil du rasoir, que les pressions, auxquelles cède assez facilement BCE de part (Partis politiques) et d’autres (UGTT), déstabilisent toute action gouvernementale, impactent les relations de la Tunisie avec ses bailleurs de fonds et mettent chaque jour plus à mal l’autorité de l’Etat et toute son administration. De fait donc, BCE n’a pas su ni pu être le garant d’une quelconque stabilité, politique, sociale ou encore économique. C’est ce qu’il devait pourtant et devrait par contre faire.

  • Faire ce qu’il dit et dire ce qu’il fait

Le 15 décembre 2014 sur les ondes de RTCI (Radio Tunis Chaîne Internationale), Youssef Chahed, qui était alors membre de l’équipe de la campagne de Béji Caïed Essebssi, affirmait que le candidat BCE «se voit avoir un rôle à jouer pour insuffler le développement socioéconomique, et agir pour que le gouvernement réalise les défis économiques (…). Un autre point [Ndlr : du programme du candidat Essebssi] concerne l’éthique et la gouvernance. Ça sera une gouvernance transparente, avec un engagement ferme de publier les comptes du palais de Carthage et transparence au niveau de la gouvernance et du choix» de son équipe.

Dans son actuelle équipe, on ne sait qu’après qui est parti et qui est entré, mais on ne sait toujours pas par quelle magie et pour quelle raison. Dans le budget de la présidence, du temps de Moncef Marzouki, on trouvait le détail de toutes les dépenses. Dans le budget du temps de BCE, c’est le flou des chiffres en gros titres de dépenses. Sinon, on attend et on devra le faire pour longtemps que la Présidence publie ses comptes et de préférence audités.

Ce n’est là qu’un petit exemple de ce que promettait le BCE candidat et de ce que fait le BCE président. Sinon, le candidat avait promis monts et merveilles et un programme économique alléchant échafaudé par des sommités. Sitôt à Carthage, il lui préfèrera le programme du Quartet du «Dialogue national » qui deviendra le «Document de Carthage » et qui enfantera un «Carthage 2», le tout pour seul but, celui d’emboîter la réalisation des programmes des deux chefs de gouvernement aux desiderata de ses propres partenaires dans la gouvernance du pays.

BCE pourrait, et devrait, dans le restant de son mandat, faire ce qu’il dit et dire à son peuple ce qu’il fait, délaisser la langue de bois des communiqués laconiques à propos de ses activités, abolir l’esclavage médiatique, ouvrir les portes du palais à toutes les TV et pourquoi pas au peuple, comme ce qui se fait en France lors des journées du patrimoine, réaliser           ce qu’il avait promis à ses électeurs dans son programme ou laisser à d’autres le soin de le faire.

On pourrait ainsi écrire des tonnes sur ce que devrait faire BCE. Mais ne devrait-il pas déjà essayer de balayer toutes ses déclarations sur Ennahdha qui deviennent en contradiction flagrante avec la politique du consensus qu’il mène et que les Tunisiens et Tunisiennes qui avaient voté pour lui, ne comprennent pas et lui en veulent ainsi qu’à son parti. Il devrait aussi améliorer sa communication et se réconcilier avec une presse qu’il avait maintes fois prise à partie sur des coups de tête, incompréhensibles pour un chef de parti qui doit son ascension à cette même presse. Il devrait être le fédérateur, le président de tous les Tunisiens quel que soit leur parti. Etre le facilitateur du travail du gouvernement auprès du pouvoir législatif en usant mieux du peu de charisme qu’il a et devenir l’homme qui rassemble autour de lui toutes les forces vives de la Nation sur des objectifs de développement et de réussite de la transition politique. Mais on aimerait d’abord et au plus vite qu’il s’attaque à la plus ardue des tâches :

  • Réviser une Constitution que tous accusent de tirer la République en arrière

Prendre son courage à deux mains et imposer, s’il le faut, la mère de toutes les réformes, celle du régime politique en Tunisie où personne ne règne et personne ne dirige. Tout au moins, changer de mode de scrutin, avant la fatale échéance de 2019.

En octobre 2014, Chawki Gaddes disait sur le site de la Fondation Heinrich Böll (fondation politique allemande affiliée au parti Alliance 90 / Les Verts, fondée en 1997, et nommée en mémoire de l’écrivain Heinrich Böll) que «c’est un régime politique où l’équilibre des pouvoirs est loin d’être préconisé » en parlant du régime politique en place en Tunisie depuis 2014.

«On doit très sérieusement penser, spécialistes et acteurs politiques, au changement du mode de scrutin avant les élections législatives et présidentielle de 2019 pour aboutir à un gouvernement de législature pouvant compter sur une majorité cohérente, stable et forte», a préconisé Rafaa Ben Achour, professeur émérite à la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis et juge à la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuple dans une déclaration à l’agence TAP en février 2018.

C’est à tout cela que devrait servir un président de République dans la situation de BCE. En s’affranchissant des contraintes, de la famille d’abord, de son entourage ensuite et de ses partenaires enfin, il pourrait, il devrait même s’y atteler sans coup férir en étant fondamentalement, et uniquement, animé par l’intérêt public. Peut-être arrivera-t-il enfin à laisser un bon souvenir de son passage à Carthage et léguer à la postérité l’image d’un président qui aura tout fait pour y arriver, même s’il n’y réussissait pas.

1 COMMENTAIRE

  1. l’amour pour son pays n’a pas d’âge, si seulement le Président de la république réussira son plan pour 2019, il sauvera la Tunisie de la crise qui secoue le pays depuis 2011, car le monde entier ne veut pas entendre parler d’un groupe islamiste à la tête de n’importe quel pays du monde.

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