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dimanche 28 février 2021
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Tunisie : Les bonnes et les mauvaises nouvelles du FMI

Il y a quelques jours sur une radio privée, un député de Nidaa Tounes et ami de son directeur exécutif, disait que «nous avions demandé à Youssef Chahed de nous donner une seule réalisation qu’il a faite durant son mandat et qu’on pourrait mettre en valeur ».

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Quelques jours plus tard, le FMI lui répondait indirectement, en confirmant que «l’économie tunisienne a montré des signes de reprise au premier trimestre de cette année. La croissance économique à 2,5 % (en glissement annuel) était la plus élevée depuis 2014, grâce à une forte production agricole et des exportations dynamiques. Le déficit du compte courant s’est quelque peu amélioré, à la faveur d’un taux de change plus flexible. Les flux d’investissements directs étrangers ont également repris, et le nouveau guichet unique pour les investisseurs « Tunisia Investment Authority » améliorera encore le climat des affaires. Les réformes prévues pour renforcer la gouvernance et améliorer l’accès au financement permettront à la reprise à créer plus d’emplois dans le secteur privé». Et comme le lien est généralement direct entre croissance et emploi, le taux de chômage était, pour la première fois depuis 2016, descendu au-dessous des 15,5 %.

C’est certes trop peu, mais on relèvera aussi que le nombre des diplômés chômeurs de l’enseignement supérieur a enregistré sa première baisse depuis 2016, de 3.9 mille jeunes, pour un taux de chômage s’ établissant à 29.3%, contre 31 % pour le premier trimestre 2016, année durant laquelle le même taux avait même culminé à 31,9.

Force est donc de reconnaître que quelque chose a été fait cette année 2018 par le gouvernement de Youssef Chahed. Ce n’est pas le Pérou, mais le début d’un semblant de rétablissement. Les bailleurs de fonds le lui reconnaissent. Pas les siens de chez Nidaa Tounes.

  • Pas d’augmentations salariales, mais une augmentation des prix des carburants

«L’équipe du FMI est d’accord avec la banque centrale qu’un resserrement supplémentaire des conditions monétaires est nécessaire pour réduire l’écart entre les taux d’intérêt et l’inflation ». Cela devrait, en principe et bien que le conseil d’administration de la BCT l’ait retardé le mois dernier, se traduire par une nouvelle hausse du taux directeur. Une telle décision fera certainement le bonheur des banquiers, mais moins celui des consommateurs, des nouveaux et même des anciens accédant au crédit de consommation dans ses divers produits.

En ce qui concerne le financement de ce qui reste du budget 2018, le FMI qui raisonne ici sur le de court et très court terme, définit les trois priorités qu’il traite de «saillantes à court terme ». En premier lieu, «poursuivre les efforts visant à réduire les subventions à l’énergie qui favorisent de manière disproportionnée les plus aisés». Avec la hausse des prix du pétrole, il est à craindre que la Tunisie ne termine pas l’été 2018, sans une nouvelle augmentation des prix de l’essence, du gaz et de l’électricité.

Il faut rappeler à cet égard que le budget 2018 n’avait prévu qu’une enveloppe de 1.500 MDT de compensation pour les produits pétroliers. La Tunisie qui subit depuis peu un véritable choc pétrolier (baisse du Dinar et hausse du baril), avait déjà opéré deux augmentations qui n’ont rapporté que 230 MDT. Or, au prix de 70 USD le baril, la compensation nécessitera 4.000 MDT qu’il faudra nécessairement trouver pour boucler le budget.

En second lieu, «contenir la masse salariale du secteur public, qui est proportionnellement parmi les plus élevées au monde ». Cela voudra dire qu’il n’y a aura très probablement pas de nouvelles augmentations salariales pour au moins 2018 et 2019. L’équipe du FMI a dit cela aux responsables et experts de l’UGTT qui ont bien écouté sans broncher. Lâchera-t-elle pour autant quelque peu la pédale sur un chef du gouvernement qu’elle n’a pas pu dézinguer et qui résiste jusque-là à toutes ses campagnes médiatiques ? Plus d’un expert pense pourtant que tout nouvel accord d’augmentation salariale précipiterait le pays vers la banqueroute.

Et en dernier lieu, «adopter le projet de loi sur la réforme des retraites pour améliorer la viabilité financière du système de sécurité sociale». Sur ce dossier là aussi, l’attitude de l’UGTT et désormais même ses nouveaux ennemis de Nidaa Tounes après que Chahed lui a foncé dedans, sera primordiale.

Nous croyons savoir, de notre côté, qu’un CIM se penchera dès le début de la semaine sur le projet de loi sur la retraite dans le secteur public. Il portera sur une hausse de l’âge minimum de la retraite à 61 ans à partir de 2019 et à 62 ans pour 2020, avec même 3 ans supplémentaires qui restent optionnels. Ce projet de loi, notons-le, a été mis au point par une commission tripartite, Gouvernement, Utica et UGTT. S’il passe en CIM, il faudra en attendre le sort à l’ARP.

  • Le souci des familles vulnérables, nouveau credo du FMI

Mais nouveauté aussi, le FMI fait de la question de «transferts accrus aux familles les plus vulnérables, afin de les protéger de l’impact de la hausse des prix, accompagneront les efforts de réforme», une des conditions, fermes et essentielles, paraît-il, pour l’accès de la Tunisie à ce qui reste du prêt d’assistance financière. Une condition par laquelle le FMI voudrait faire montre, non seulement d’un souci de bancabilité de ses recommandations, mais aussi d’un souci majeur de leur impact social, en poussant son débiteur à y accorder l’attention qu’il faut.

Youssef Chahed avait déjà annoncé le 14 janvier dernier l’augmentation des primes servies aux familles nécessiteuses, la couverture médicale aux chômeurs et le principe d’une pension de retraites d’un minimum de 180 DT. Cela ne semble pourtant pas satisfaire le FMI qui en demanderait plus pour les pauvres, selon nos informations. Le gouvernement serait d’ailleurs en train de plancher sur de nouvelles formes de transferts aux familles nécessiteuses qui seraient au nombre de 280 mille.

On ne peut terminer sans rappeler que le FMI n’avait pas proposé d’aider la Tunisie, mais avait été sollicité à cet effet, la Tunisie ayant tout dépensé après sa révolution, en oubliant de se remettre au travail et d’arrêter les grèves dans tous les secteurs. Cela dure depuis 8 ans.

Comme tout bon banquier, le FMI se doit de s’assurer que son débiteur reste bancable et tente, par ses recommandations, de le remettre en état de pays sa dette, par des mesures qui restent par ailleurs nécessaires, même si le FMI ne les avaient pas exigées.

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