Tunisie-Macron : Une visite Marathon à 280 M€, mais pas que… !

Tunisie-Macron : Une visite Marathon à 280 M€, mais pas que… !

par -

Le président français, Emanuel Macron, est venu, il a vu et à notre sens il a convaincu. D’abord par son humilité, surtout en face de l’expérience d’un alter-ego qui a plus de 50 ans d’âge que lui. L’attitude, plutôt chaleureuse, avec le Selfie décontracté à Carthage par exemple, parfois complice même des deux hommes, comme lorsqu’ils se tenaient la main, en aura finalement démenti plus d’un sur la personnalité des deux chefs d’Etat et la nature des relations entre la Tunisie et la France. Mais ensuite, par l’attitude moins «donneuse de leçons» d’un président qui a maintes fois donné la nette impression de mieux connaitre le pays qu’il visite et surtout mieux le comprendre qu’une large partie d’une certaine presse française, la conjoncture, nationale et internationale de son premier partenaire économique et sa frontière du Sud. Cela, en évitant les conjectures et allant plusieurs fois jusqu’à faire remarquer au chef de l’Etat tunisien qu’il parlait sous son contrôle, comme lors de la conférence de presse conjointe au palais de Carthage.

Contrairement à ses rencontres avec d’autres chefs d’Etats, africains et même occidentaux, Emanuel Macron est allé jusqu’à défendre la Tunisie en matière de respect des droits de l’homme. C’est ainsi, lors de la 1ère conférence de presse conjointe, que le chef de l’Etat français qui répondait à la question d’un journaliste français qui demandait «si la Tunisie pouvait toujours être considérée comme «un exemple à suivre», en termes de démocratie, après des brutalités policières lors de récents troubles sociaux et dont a fait état l’ONG Human Rights Watch (HRW), répondait que «avec beaucoup d’humilité, cette même association a dénoncé parfois ce qui se passait en France ! Je n’ai pas l’impression que nous soyons le pays ennemi des droits de l’homme, quoiqu’en disent certains de vos confrères qui perdent le sens de la hiérarchie et des propensions». Et d’ajouter que «parfois nous avons tendance, à confondre les gravités et à considérer qu’une dénonciation vaut toutes les autres (…). Il fut un temps (en se retournant vers BCE) où la démocratie n’était pas au rendez-vous ici-même. Mais enfin, si nous voulons aider les démocrates dans les situations difficiles, il serait bon que nous confrontions nos principes au réel en permanence, car c’est ça gouverner avec la démocratie avec les temps du terrorisme et de la difficulté». Des paroles qui ne feront pas le bonheur de beaucoup de «droit-de-l’hommistes» et d’autres qui comptaient sur les ONG étrangères pour porter un coup à la jeune démocratie et ses chances économiques, selon des observateurs locaux.

Macron va même plus loin, dans ce qu’on pourrait appeler une sorte de mea-culpa par rapport à ce qui est arrivé en Libye, voisin de la Tunisie et cause de beaucoup de ses déboires, politiques et économique, en disant : «Sommes-nous totalement sans liens avec ce qui s’est passé en Libye et les conséquences subies par la Tunisie ? Je n’en suis pas persuadé !»

Sinon, le reste de la visite du chef de l’Etat français avait des allures de Marathon et menée au pas de charge, entre Carthage, La kasbah, le Bardo et le Forum économique notamment. Cela ne l’a pas empêché de prendre un bain de foule. Un clin d’œil comme un message aux touristes français, leur disant que le pays est sûr et qu’ils peuvent y revenir. Beaucoup, parmi les jeunes présents, lui criaient «le visa Monsieur le Président». Il y répondra, face à la journaliste Meriem Belkadhi, en disant que «si vous voulez bouger, que vous avez un projet académique, entrepreneurial ou en tant qu’étudiant, je veux qu’on généralise, ce qu’on est en train de faire avec les pays du Maghreb et quelques pays africains, le visa de circulation, qu’on allège les formalités qui facilitent l’aller-retour, tout en nous assurant régulièrement que vous faites bien ce pourquoi vous êtes venus». Visa oui donc, mais cadré. Il est vrai que la question de la libre-circulation reste toujours au cœur même des discussions sur l’ALECA dont la France est membre.

Il a caressé les Tunisiens dans le sens du poil, mais il les a surtout confortés sur l’appui de celle qui a été, quelque peu, derrière une partie des déboires de leur révolution, avec son «si vous échouez, nous échouerons» et l’appui au travail du chef de l’Etat et surtout au chef du gouvernement, Youssef Chahed. Il a aussi beaucoup parlé de francophonie. Et si cela avait ravi ceux qui voient dans la langue française et les langues étrangères un outil de développement des affaires et un outil de formation et d’ouverture sur l’extérieur, cela a certainement déplu à ceux qui traitent les francophiles tunisiens de «restes de la francophonie» ou selon eux «حثالة الفرنكوفونية».

Pour le volet économique, le package français d’aide à la Tunisie a été de 280 M€ et une promesse de doubler les investissements français en 5 ans. Il en a certainement déçu quelques-uns. Nous savons pourtant qu’officiellement la Tunisie n’avait pas bâti des châteaux en Espagne sur les résultats de cette visite d’Etat, même si, officiellement, on estime ses résultats très positifs. Ce n’est en effet pas à La Kasbah que déplairait le discours d’un Emanuel Macron qui dirait presque «aidez-vous et on vous aidera» et qui appliquerait presque, par les types d’aides, telles que l’Alliance Française, les 3 accords universitaires ou encore l’Ecole 42 et la Station F, l’adage japonais disant «Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours». Macron dira, sur Al Hiwar Ettounsi, que «aucune convention ne fait une relation économique. Ce sont les femmes et les hommes qui les font. Nous, on donne le cap». Cela ira droit au cœur de ceux qui, et ils ne sont pas peu, pensent que trop de dettes sans travail n’amènera pas de croissance et que toute dette sans croissance n’est qu’endettement.

AUCUN COMMENTAIRE

Laisser un commentaire