BCE ouvre les hostilités. Un stand de tir forain, peut-être !

BCE ouvre les hostilités. Un stand de tir forain, peut-être !

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En fait de pavés dans la mare, le président de la République, Béji Caïd Essebsi a eu la main large lors de son apparition télévisée, lundi soir, sur El-hiwar. Soixante-dix minutes durant, il a eu tout loisir d’aligner, il est vrai pas toujours dans le bon ordre, tout ce qu’il aurait pu dire dans une adresse aux Tunisiens, sans passer par un plateau en face d’une intervieweuse, tantôt peu accommodante, tantôt rasoir, mais toujours affairée à lui arracher le fin mot de l’histoire : jeter l’opprobre quorum populo sur Chahed et accabler son propre fils Hafedh.

Ainsi est allée cette rencontre cathodique dépouillée, plus est, de la moindre saillie, un exercice dont BCE maîtrise l’art et la verve, mais dont il n’a fait nul étalage, préoccupé plutôt par ce qui le tourmentait le plus, sa relation avec Rached Ghannouchi finie en eau de boudin et dont il a annoncé la rupture, curieusement, au détour d’une phrase aléatoire, que de nombreux observateurs ont mise sur le compte du dépit de voir le mouvement Ennahdha se ranger ostensiblement du côté de son rival du moment, Youssef Chahed. Certes Ennahdha invoque la stabilité gouvernementale, mais en fait, et ce qui semble irriter le plus le chef de l’Etat, c’est que son allié d’antan lui refuse son soutien dans l’utilisation de son arme absolue contre le chef du gouvernement, la mise en œuvre de l’article 99 de la Constitution.

Ennahdha, incrédule !

L’annonce a tout pour ne pas être anodine même si les dirigeants d’Ennahdha ne semblent pas vouloir s’accommoder du crédit qui s’y attacherait aux yeux de son auteur, en affirmant en chœur que leur parti demeure attaché au consensus vieux de plusieurs années entre BCE et Ghannouchi. Ils tiennent avec une égale ardeur à s’attarder sur les vertus de la rencontre de Paris et du choix du consensus qui ont fait de la Tunisie “une exception”. Sans oublier cet autre dividende capital, celui de protéger la transition démocratique et les importantes avancées politiques, telles la promulgation de la Constitution et l’alternance démocratique au pouvoir.

Mais l’essentiel est évidemment ailleurs, et Ennahdha n’est pas stratégiquement prêt à y jeter du lest. En s’interdisant de prêter main forte à Béji Caïd Essebsi dans sa croisade contre Youssef Chahed, il laisse le chef de l’Etat en rade, totalement impuissant face à la soudaine ascension de son poulain, tout aussi fougueusement occupé à gérer les affaires de l’Etat en allant aussi souvent que possible vers les citoyens à coups de tournées et de mesures qu’à soigner son image de présidentiable qui rassure, qui a une haute opinion de sa tâche et par-dessus tout qui est indemne de tout relent idéologique. Un grief dont les Tunisiens accablent de larges compartiments de l’échiquier politique y compris Ennahdha qui, pourtant, apporte un soutien presqu’indéfectible au chef du gouvernement quitte à irriter son ex mentor.

A qui profite la rupture ?

Pour autant, BCE a-t-il la ressource d’amener à composition le parti de Rached Ghannouchi et lui arracher un improbable soutien à son équipée contre le locataire de la Kasbah ? D’aucuns voient dans l’annonce de la rupture, lundi soir, une forme de pression, sans plus, sur un partenaire, somme toute irremplaçable, mais dont on espère qu’il « entendra raison » et donnera corps à ses protestations de fidélité au consensus. D’autres soutiennent que le président de la République, « écœuré » par la « traîtrise » de son ci-devant alter ego, n’a plus d’autre choix que d’aller de l’avant dans sa nouvelle logique hostile en attendant un incident de parcours qui pourrait altérer la bonne intelligence entre Ennahdha et Chahed, lequel ne pourra être dû qu’à des frictions en rapport avec les prétentions présidentielles de ce dernier.

Il reste qu’un autre brandon de guerre est venu s’ajouter à la crise politique dans le pays. BCE et Chahed sont désormais à couteaux tirés, et la balance semble pencher en faveur du chef du gouvernement qui est en train d’apparaître sous le visage d’un rassembleur de partisans politiques, fédérés, à ce stade, sous l’étiquette de la « Coalition nationale ». Une force politique qui, jointe aux députés d’Ennahdha, a la vocation et la capacité de lui procurer un réservoir parlementaire qui le met à l’abri d’éventuels coups de boutoir de l’autre tête de l’Exécutif et plus aisément de ceux de Nidaâ Tounès qui n’est plus que l’ombre de lui-même, dépeuplé qu’il continue d’être sous l’effet de massives désertions appelées à faire encore florès.

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