Il voudrait faire ce que Béji n’avait pas pu. Promesses de Gascon...

Il voudrait faire ce que Béji n’avait pas pu. Promesses de Gascon ou promesses de Rejichi ?

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Zbidi, le candidat que presque personne n’attendait. Candidat du dernier quart d’heure, tant étaient nombreuses ses déclarations qui rejetaient même l’idée de se présenter à la succession de celui qui l’avait proposé deux fois au poste de chef de gouvernement, Abdelkerim était passé en quelques jours d’inconnu au bataillon à outsider.

Du coup, c’est lui qui sera le 1er à rendre publique l’annonce de son programme, pour être le 2ème chef d’Etat de la 2ème République en Tunisie. Qui plus est il sera certainement le programme électoral le plus court qu’on ait vu jusque-là.

Un bon point pour l’équipe de sa campagne, il y a quelques jours vilipendée et objet d’une cabale médiatique. Un programme qui lui attirera certainement les foudres des plus gros pontes et groupes de pression de toute la scène, politique et sociale, tunisienne que sont Ennahdha et l’UGTT.

  • Promesses de Gascon ou promesse de Rejichi ?

Zbidi frappe fort, dès sa 1ère promesse électorale. Et même si la candidate Abir Moussi y avait fait allusion avant lui, c’est Zbidi qui le dit de manière directe et sans ambages. «Veiller à la stricte application de la loi et dire haut la vérité, loin de tous calculs politiques, sur le dossier des assassinats politiques, des envois des Tunisiens en Syrie et en Libye, et de l’officine secrète».

Force est de constater, d’abord, que l’application de la loi dépend en premier lieu du ministère de l’Intérieur. Un département de souveraineté qui n’est pas du ressort du chef de l’Etat, mais de celui du chef du gouvernement. Seule une entente, parfaite, entre les deux têtes de l’Exécutif pourrait donner du volume à cette promesse. Pour les dossiers, des assassinats, des recrutements de terroristes et de l’Officine secrète, force est aussi de rappeler que l’ancien chef de l’Etat tunisien, feu Béji Caïed Essebssi, s’y était frotté sans parvenir à un résultat probant. Trois dossiers où le poids d’Ennahdha et les menaces qui pèsent sur le parti islamiste tunisien sont déterminants. Cela, sans oublier le poids des secrets d’Etat qui pourraient être dévoilés et des lièvres, politiques et sécuritaires, qui pourraient être levés. Des dossiers où la raison d’Etat pourrait faire que la vérité ne soit pas encore révélée. Les exemples, en France (Affaire Ben Barka) et aux Etats-Unis (affaire du meurtre de JFK), feraient presque jurisprudence politique en la matière. Cette promesse n’est pour l’instant que celle d’un Rejichi (Natif de la ville de Rejiche à Mahdia). Elle pourrait être tenue, mais fait face à beaucoup d’obstacles et le peuple n’a pas encore mis à l’épreuve la volonté et le pouvoir de résilience du candidat Zribi aux pressions politiques, l’armée faisant jusque-là objet d’une immuable unanimité nationale.

Plus facile à mettre en exécution : la promesse d’Abdelkerim Zbidi, de «rouvrir l’ambassade de Tunisie à Damas, dans un délai n’excédant pas le 20 mars 2020». Cela rendra certainement heureux Bachar El Assad, mais mettra en colère l’autre candidat Moncef Marzouki et tous ceux qui, du bout de quatre doigts, soutiennent leur révolution.

  • «La plus belle Constitution du monde» menacée de révision

2ème promesse officielle du candidat Abdelkerim Zbidi et que ses soutiens du parti Afek Tounes de Yassine Brahim ont vite fait d’adopter : celle de «présenter un projet de référendum, pour la révision de la constitution, du système politique et du code électoral (…), dans un délai n’excédant pas le 25 juillet 2020». Selon l’article 50 de la Constitution de 2014, le référendum pourrait être considéré comme le concurrent direct de l’ARP, en tant qu’instrument d’exercice du pouvoir en Tunisie. Et Zbidi se propose de tout réviser et de tout chambouler d’un seul coup et avant la prochaine fête de la République.

Selon l’article 143, «le Président de la République ou le tiers des membres de l’Assemblée des représentants du peuple disposent de l’initiative de proposer la révision de la Constitution. L’initiative du Président de la République est examinée en priorité». L’article 144 de la Constitution précise ensuite que «toute initiative de révision de la Constitution est soumise, par le Président de l’ARP, à la Cour constitutionnelle, pour dire que la révision ne concerne pas ce qui, d’après les termes de la présente Constitution, ne peut faire l’objet de révision. L’Assemblée des représentants du peuple examine l’initiative de la révision en vue d’approuver à la majorité absolue le principe de la révision. La révision de la Constitution est adoptée à la majorité des deux tiers des membres de l’Assemblée des représentants du peuple. Le Président de la République peut, après approbation des deux tiers des membres de l’Assemblée, soumettre la révision au référendum ; la révision est alors adoptée à la majorité des votants».

Le chef de l’Etat peut donc proposer, mais c’est l’ARP qui doit disposer. Il faudrait, ensuite, que l’initiative du «Président Zribi» puisse avoir l’aval de l’ARP, ce qui pourrait ne pas être acquis. Et il faudrait, pour cela, que le «Président Zribi» qui ne s’est pour l’instant appuyé sur aucun parti politique et n’aura, théoriquement, pas le bloc parlementaire puisse avoir la majorité qui défende son initiative de révision de la Constitution. Le Rejichi pourrait être sincère, mais le Gascon pourrait l’emporter.

Notons par ailleurs que s’il est bien avisé de donner des délais, bien fixés, pour la mise en exécution de ses promesses de réforme, le candidat court le risque, fatal, de se les voir rappeler et d’en devenir redevable. On ne dira plus alors «des promesses de Gascon» mais «des promesses à la Zbidi». De plus, avec une promesse, politique, aussi large dans la volonté de changement, Zbidi pourrait dès à présent prêter le flanc à ceux qui pourraient l’accuser de vouloir changer de régime et de restaurer un régime présidentiel, lequel fait toujours peur, malgré les faiblesses constatées de l’actuel régime en place, ni présidentiel, ni parlementaire, ni rien du tout.

  • Un bras de fer avec l’UGTT qui pourrait tourner court ou le porter haut

Autre promesse d’un Zbidi manifestement gonflé à bloc : Il promet ainsi à ses électeurs de «faire de telle sorte que le pays restaure la sécurité [Ndlr : Il n’a pas dit la paix] sociale, lutter contre toutes les formes de chaos, la criminalité et le terrorisme, en coopération avec les forces de sécurité, l’armée et la justice».

On pourrait comprendre qu’il voulait dire par «sécurité sociale» la paix sociale. Le texte en arabe de Zbidi ne le précise pas, mais le mot «toutes formes de chaos» pourrait vouloir dire les sit-in et les grèves sauvages, les interruptions de production et autres mouvements sociaux. Auquel cas Abdelkerim Zbidi se mettrait, d’ores et déjà, dans la gueule du loup et pourrait, déjà, compter l’UGTT comme ennemi. Si c’est effectivement le vrai sens qu’il donne à cette promesse, il enlèverait, avant d’entrer à Carthage, l’habit de conciliateur qu’avait beaucoup porté son mentor Béji Caïed Essebssi. Mais cela lui donnerait aussi un énorme soutien, de la part d’une population excédée par les excès de mouvements sociaux et affamée de paix sociale. Cette promesse, BCE aussi n’avait pas pu la réaliser. Et comme BCE, Zbidi promet aussi de «veiller à la concrétisation de la réconciliation totale, politique, économique et sociale». Et cela aussi BCE n’avait pas pu le réaliser, malgré son art de politicien et ses hautes capacités de voltige entre les besoins de l’Etat et ceux de la population. Deux dernières promesses, manifestement vouées à devenir celle de Gascon.

Reste à souligner l’absence de toute proposition économique et surtout financière. Constitutionnellement, le chef de l’Etat n’a pas la main pour l’économie en Tunisie. Il est cependant celui qui désigne le gouverneur de la Banque centrale. Une ou deux «belles promesses» financières n’auraient pas été superflues. Ses conseillers devraient lui en souffler.

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