Les 20 et 21 juin 2019 et sous le pompeux thème de «la Tunisie à l’avant-garde de l’intelligence artificielle», quelques dizaines d’investisseurs étrangers viendront faire du tourisme aux frais de la princesse ministère du Développement, et pourraient repartir «as clean as a new coin», comme la plupart de ceux qui les avaient précédés dans les 18 autres manifestations hyperboliques.

Les ministres du Développement se suivent, et les «2020» et semblables rencontres à très gros budgets, se succèdent et se ressemblent. Cette année, c’est le candidat non avoué d’Ennahdha pour la Kasbah qui s’y essaie. Voyages un peu partout dans le monde, billets d’avions et frais d’hébergement et de rencontres ont été dépensés pour les besoins de la 19ème édition du Forum de l’investissement.

Elle avait été précédée, il y a deux ans, par une conférence Internationale qui visait à relancer l’économie et l’investissement en Tunisie, les 29 et 30 novembre 2016 à Tunis. Cette conférence était la deuxième après la révolution de 2011 pour soutenir l’économie tunisienne, la première ayant eu lieu en 2014.

Le but de cette conférence était de sortir la Tunisie de l’image d’un pays en construction politique, qui a terminé sa transition politique et qui se focalise désormais sur sa transition et la reconstruction économique, et remettre le pays dans les radars des investisseurs étrangers. Le gouvernement avait alors lancé plusieurs projets pour en discuter. La planification économique en Tunisie s’étant arrêtée en 2011, le gouvernement avait alors même confectionné le 1er plan quinquennal de développement de l’après révolution. Le 2020 terminé, il restera noir sur blanc et la plupart des contrats signés aussi.

  • Des IDE qui ne décollent pas, et du révolving stérile

4,5 millions de dinars tunisiens avaient alors été dépensés pour cette conférence, en campagnes de promotion en Europe, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient. Pour le 2020, initié par Habib Essid et réalisé par Youssef Chahed après un mini-scandale qui avait éclaboussé le ministre Yassine Brahim, et qui ressemblait à une conférence de donateurs sans l’être, les promesses annoncées, totalisaient 19 Milliards DT et les accords signés n’avaient été que de 15 Milliards DT, selon des sources non-officielles mais proches du dossier. Cependant, le suivi ne semble pas se faire convenablement, les changements de gouvernements «aidant». Des 15 Milliards DT, on n’a pas encore vu la couleur et encore moins les projets !

En effet, presque trois années après le 2020, la Tunisie est restée lanterne rouge, en IDE dans la région de l’Afrique du Nord et même parmi les pays classés en développement. Les flux d’IDE ont juste augmenté de 18% pour atteindre 1 milliard de dollars, selon les chiffres de la Cnuced (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement) dans son dernier rapport sur les IDE dans le monde. En 2017, une année après le fameux 2020, le flux des IDE ne bougeait pas par rapport à 2016, selon la Cnuced. Selon la même source, la plus grande part serait allée au secteur industriel (375 millions de dollars), suivi de l’énergie (300 millions de dollars) et des services (200 millions de dollars) !

La France aurait été le plus grand pays investisseur en Tunisie en 2018. Le Qatar a racheté deux banques et deux hôtels et n’a créée aucun nouvel emploi. Le constructeur automobile chinois SAIC Motors, par exemple, a signé un accord avec le groupe tunisien Meninx pour la création d’une usine de fabrication ciblant les marchés africains et européens. On l’attend toujours !

  • Un ministère qui fait du surplace et un ministre qui manque d’imagination

En effet, selon les chiffres rapportés par la Cnuced, entre 2013 et 2018, le montant des IDE que la Tunisie avait pu attirer avait plus reculé qu’augmenté, passant de 1.117 million USD, à 1.036 millions USD. C’est, d’abord, à cause du manque de visibilité économique, dans un pays en restructuration financière sous la baguette du FMI notamment. C’est, ensuite, l’instabilité politique, récurrente et endémique depuis 2011, qui déconcentre la plus sérieuse des administrations. C’est, enfin, la transition politique qui s’allonge et n’en finit plus sous les coups de béliers des querelles politiciennes.

Devenu biannuel, le Forum de l’investissement, qui sera ouvert le 20 juin 2019, par le chef du gouvernement et son ministre nahdhaoui, ne sera qu’un remake de celui qui l’avait précédé et ne devrait pas, malgré les milliers de Dinars dépensés en voyages et réceptions, rapporter plus que les autres.

Les connaisseurs disent que la Tunisie ne fait plus, depuis 13 ans, que du revolving, d’un coût annuel de 150 mille DT, sans compter les coûts cachés des deux ou 3 semaines du mois de ramadan 2019 pendant lesquelles l’actuel ministre nahdhaoui du Développement et son équipe se promenaient dans diverses capitales européennes, avec un coût supplémentaire estimé à 150 mille autres dinars. Ils pensent aussi que les actions de marketing à large spectre, orientées vers l’investisseur lambda, ne rapportent que très peu, et qu’il vaudrait mieux s’orienter vers une sélection, par secteur, d’un petit groupe d’investisseurs, réellement intéressés, qui pourraient être reçus par les plus hautes autorités du pays, pour leur faciliter des investissements, immédiats, plus ciblés et plus rentables. Un genre de contact, plus ciblé en porte-à-porte, à aborder en contacts rapproché, au lieu de brasser large pour ne récolter que des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient, et in fine des peanuts !

Khaled Boumiza

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