Deux banques, une clinique, une assurance et 3 hôtels. C’est le mal-aimé...

Deux banques, une clinique, une assurance et 3 hôtels. C’est le mal-aimé Qatar

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Le Qatar, un pays du Golfe, par lequel peu de Tunisiens jureraient tant il serait impliqué dans la politique, pour la Tunisie, comme le soutiennent certains politiciens, et surtout à cause du rôle joué par sa chaîne TV Al Jazeera dans une révolution dont les Tunisiens ne vivent depuis 2011 que les revers. Une chaîne d’ailleurs qui n’apparait plus dans l’audimat tunisien, depuis belle lurette. Mais comme l’économie ne croit pas en la politique, les relations, économiques et financières, de la Tunisie avec ce pays du Golfe arabique ne se sont jamais mieux portées. De bonnes relations, non en matière de commerce extérieur (En février 2019, la Tunisie a importé pour 16,356 MDT du Qatar et y a exporté pour 9,033 MDT) mais surtout en investissements. Sauf que, comme presque tous les pays arabes, le Qatar préfère le «Real State», l’hôtellerie et les finances. Des secteurs de rentes financières et peu créateurs d’emplois stables, comme en créerait l’industrie que les Arabes fuient comme la peste en matière d’investissement.

  • Deux banques, dont l’une ne paie que le minimum d’impôt

A fin 2018, les investissements arabes, hors énergie, en Tunisie, atteignaient les 617,68 MDT. Un chiffre en hausse par rapport aux 178,44 MDT de 2017. Dans ce chiffre, c’est le Qatar, le pays que le Tunisien moyen n’aime pas beaucoup, qui y occupe la 1ère place avec des IDE d’un montant de 479,719 MDT. Ces investissements s’étaient multipliés par 5, par rapport à 2017, grâce notamment au rachat d’une banque et d’une société de leasing en Tunisie. C’est ainsi que le Qatar est en Tunisie à la tête (69,15 % du capital de Zitouna et 70 % de celui de Takaful) de deux banques. La première est la QNB, ou l’ancienne TQB dont elle a racheté les parts de l’Etat. En théorie, tout repreneur achète l’actif et le passif. La QNB ne paie pourtant, jusqu’à maintenant, que le minimum d’impôts, sous l’excuse des crédits accrochés que la banque revend pourtant à sa filiale de recouvrement et y gagne de l’argent.

La seconde banque, de droit tunisien, contrôlée par le même Majda Groupe, dont on dit qu’il serait entre les mains de la Cheikha Moza qui est la mère de l’actuel Emir, est la banque Zitouna avec sa filiale d’assurance islamique, les deux officiant dans ladite finance islamique. Et c’est d’ailleurs ce rachat qui avait fait, en 2018, du Qatar le 1er investisseur étranger en Tunisie

Le Qatar aurait récemment aussi, nous confirme-t-on à la FIPA, mis le grappin sur une clinique à Tunis, qui passe ainsi entre les mains de l’émir du Qatar, Tamim ben Hamad al-Thani, qui serait aussi derrière la Holding Majda Tunisia. Cette dernière serait détenue, selon Maghreb Confidentiel, par Victor Nazim Reda Agha, prête-nom de l’émir pour certaines opérations immobilières à l’étranger. Selon la même source, Majda détiendrait aussi une participation dans la Marina Gammarth. On n’oubliera pas, non plus, que le 1er opérateur téléphonique de Tunisie, Ooredoo, est aussi d’origine qatarie.

  • Deux cigales Qataries

En marge de la conférence internationale de l’investissement tenue en Tunisie les 29 et 30 novembre 2016, l’ancienne ministre du Tourisme, Selma Elloumi-Rekik, avait signé, en présence de Youssef Chahed, un accord d’investissement avec le groupe qatari «Majda Tunisia holding» portant sur le lancement d’un mégaprojet touristique intégré à Tunis pour un investissement global de 200 millions de dollars. Ledit projet devait être implanté dans la zone touristique de Gammarth et comporter plusieurs composantes dont notamment un hôtel de la catégorie cinq étoiles avec une capacité de 550 lits, 90 villas de haut standing d’une capacité de 500 lits, un palais de congrès de 5000 places, un centre de thalassothérapie, un centre commercial dédié aux grandes marques internationales et plusieurs salles de cinéma. Ses travaux devaient aussi démarrer en décembre 2016 et fournir 1500 emplois directs. On l’attend toujours !

Il parait, toutefois, que ce projet, qui devrait prendre la place de l’ancien hôtel «Dar Naouar», racheté de chez la BTEI par Majda Holding, avance après résolution de ses problèmes fonciers avec la municipalité des lieux, et sera le nouveau «La Cigale Tunis». II devrait ainsi être le second du même nom, après La Cigale Tabarka, l’ancien Tabarka Beach Hôtel de Feu Aziz Miled.

Sinon, toujours dans le tourisme, le Qatar c’est le «Tozeur Desert Resort », un projet qui date de l’ère Ben Ali. Au cœur de Tozeur, l’investissement est qatari, mais l’hôtel sera géré par le label thaïlandais «Anatara» de la chaîne Minor Hotels et dirigé par le Tunisien Lotfi Mobahi, qui est un ancien de La Cigale Tabarka. La nouvelle unité hôtelière qatarie devrait ouvrir ses portes en septembre ou en octobre 2019.

A part ça, on prête aussi aux Qataris l’intention de racheter l’hôtel Russelior à Hammamet, actuellement sous administration judiciaire. Mais on leur prête aussi beaucoup d’autres intentions et certaines entreprises publiques agitent la possibilité de telles reprises, comme un épouvantail, pour faire peur face à toute privatisation.

3 COMMENTAIRES

  1. Les relations entre le Qatar et la Tunisie sont en effet plus développées qu’elles n’y paraissent et c’est une bonne chose de ranger les vieilles rancoeurs dans un coin. Malgré ce qui est écrit ici ou là, les investissements finissent par profiter en termes de retombées économiques et d’emploi. Le Qatar peut devenir un allié économique plus grand encore pour la Tunisie et les hommes d’affaires tunisiens peuvent également profiter du miracle économique qatari !

  2. Les investissements qataris ne visent que des situations de rente. Il serait intéressant qu’un bilan devises et fiscal soit dressé afin d’apprécier (ou non) leur apport à l’économie du pays sur le moyen et long terme.

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