La situation est critique mais il y a des solutions, soutient Ahmed...

La situation est critique mais il y a des solutions, soutient Ahmed El Kram

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La décision prise par la Banque Centrale de Tunisie (BCT) d’augmenter le taux directeur de 100 points de base le portant de 6,75% à 7,75% rendra les crédits bancaires plus coûteux et réduira la demande sur les prêts à la consommation et à l’investissement, a déclaré le Président de l’Association Professionnelle Tunisienne des Banques et des Etablissements Financiers (APTBEF), Ahmed El Karam.
Dans une interview accordée à l’Agence TAP, El Karam a précisé que le gouvernement est en mesure de prendre en charge une partie de cette augmentation, dans le cadre du budget de 2019, à condition que les banques jouent leur rôle dans l’impulsion de la croissance, le développement de l’investissement et le renforcement des exportations.

Le président de l’APTBEF a réfuté l’idée que les banques tunisiennes restent réticentes à financer les investissements privés pour éviter les risques et préfèrent octroyer des crédits au gouvernement destinés à réduire le déficit budgétaire (4,9% en 2018), précisant que les banques financent les entreprises et les personnes à travers les dépôts et l’épargne.

Q : Votre avis sur la décision de la BCT relative à la hausse du taux d’intérêt directeur

R : Cette décision qui fixe le taux d’intérêt monétaire est inévitable afin de limiter l’inflation qui a atteint des niveaux alarmants. La BCT ne peut rester les bas croisés devant cette situation d’autant plus que sa principale mission est justement de maitriser l’inflation. Toutefois, il ne faut pas oublier le fait que la hausse du taux directeur générera une augmentation du cout des crédits bancaires ; et partant réduira la demande des clients privés et des entreprises et impactera progressivement le marché des produits et des services, outre les prix.

Q :Quels seront les impacts de la hausse du cout des crédits bancaires et notamment les crédits logement ?

R : Cette hausse qui augmentera le cout des crédits nécessitera l’adoption de politiques de régulation qui pourront être concrétisées de différentes façons. Le budget de l’Etat pourra supporter une partie de ces augmentations, à condition que les entreprises assument leurs responsabilités en matière de renforcement de la croissance, de l’investissement et des exportations.
S’agissant des personnes qui ont obtenu des crédits à taux variables, elles ne seront pas concernées par cette décision, d’autant plus que l’APTBEF a pris la décision de ne pas répercuter le nouveau taux directeur sur les clients des banques qui ont déjà contracté des crédits d’habitation avant la fin du mois de décembre 2018. Cette décision a été prise en concertation avec la BCT et le ministère des finances.

Q : Certaines parties estiment que la hausse du taux directeur impactera négativement les investissements. Qu’en pensez-vous ?

R : Une augmentation du taux directeur implique une nette baisse de la demande sur les crédits bancaires destinés à la consommation et à l’investissement, cependant il ne faut pas oublier le rôle de l’Etat, qui peut compenser le coût supplémentaire du financement des emprunts par les investisseurs, mais cela ne devrait pas entraîner une augmentation du déficit budgétaire relativement important.

Q : A votre avis, le recours de plus en plus récurrent à l’endettement intérieur pour limiter le déficit budgétaire n’absorbera-t-il pas une partie des liquidités destinées à l’investissement ?

R : Si l’endettement destiné à l’investissement n’est pas un mal en soi, car il crée de la croissance et des emplois, il devient néanmoins un problème lorsqu’il est utilisé pour financer des besoins de consommation, comme la subvention des hydrocarbures et le payement des salaires qui ne créent pas de la richesse seule à même de permettre le remboursement des dettes. Avec un taux d’endettement dépassant les 70% et qui peut absorber les réserves en devises du pays, la situation de la Tunisie est alarmante.

Q : Il y a ceux qui tiennent les banques comme responsables de la faiblesse des financements des entreprises qui reste une opération à risque. Qu’en pensez-vous ?

R : Ce scénario n’est jamais arrivé en Tunisie, d’autant plus que les montants accordés par les banques pour financer le budget de l’Etat ont été contractés auprès de la BCT et non pas à travers les épargnes et les dépôts des clients, lesquels (épargnes et dépôts) sont destinés au financement des entreprises et des privés. Et pour preuve, les crédits destinés aux entreprises et aux privés ont augmenté de 13%, notamment entre 2016 et 2011 et ce malgré la poursuite du financement du budget de l’Etat.

Q : Si le manque de financement n’est pas le problème, comment expliquez-vous la régression du taux d’investissement ?

R : Le problème ne concerne pas la question du financement, il est lié à l’absence de confiance de l’investisseur qui réfléchit au climat d’affaires et les entraves administratives avant de prendre la décision d’investir. Le problème concerne essentiellement l’absence de demandes d’investissements productifs et rentables, en plus il ne faut pas oublier que le taux d’investissement est passé de 22% au cours des dernières années, à 18% actuellement.

Q : A votre avis, la situation politique explique-t-elle la crise économique actuelle ?

R : Il n’y a pas l’ombre d’un doute car le problème du pays est essentiellement politique. L’économie tunisienne peut retrouver la croissance car il y a une réelle volonté des acteurs économiques de sortir de cette crise qui n’a que trop duré. En absence d’une politique efficace, les initiatives de faire bouger les choses sont restées lettres mortes.

Q : Comment sortir de cette crise ?

R : Il faut alléger la pression du déficit budgétaire, équilibrer la balance des paiements, spécialement la balance courante dont le déficit dépasse 11% du PIB, et ce, via l’augmentation des exportations, la maitrise des importations, notamment énergétiques.

TAP

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