Le DG des Archives vide son sac, Ben Sedrine est servie !

Le DG des Archives vide son sac, Ben Sedrine est servie !

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Jamais instance n’aura provoqué autant de remous, déchainé autant de passions et suscité autant de polémiques, surtout autour de sa présidente, Sihem Ben Sedrine. L’Instance Vérité et Dignité (IVD) était censée porter la responsabilité historique de solder les errements et dérives de la dictature. Mais voilà, l’affaire s’est embourbée dans les tiraillements politiques, chaque partie voulant tirer la couverture à soi, comme à chaque fois qu’on attaque un dossier important dans cette Tunisie post-révolutionnaire qui cherche, très laborieusement, sa voie. Si dans les nations qui ont inventé ce corollaire de la justice transitionnelle, tels que l’Afrique du Sud, cette affaire a été rondement menée, sous le brillant magistère de l’icône planétaire Nelson Mandela, en Tunisie elle n’est pas allée de soi, peut-être à cause de la personnalité très controversée de Ben Sedrine. Toujours est-il que l’IVD, après avoir accompli la mission qui lui a été confiée, était censée tirer sa révérence. Mais c’était sans compter sur les manoeuvres de sa présidente, qui joue habilement les prolongations. Comme avec cette histoire d’archives qu’elle veut garder sous le coude, au motif, dit-elle, que l’office des Archives Nationales n’est pas en mesure de les accueillir et de les protéger. Son directeur général, Hédi Jellab, a démenti en bloc jeudi 3 janvier 2019 les “allégations” de Ben Sedrine.

Les propos de la présidente de l’Instance Vérité et Dignité concernant l’incapacité de l’institution à conserver les archives de la Justice transitionnelle sont dénués de toute vérité. Les Archives Nationales a vocation à garder tous les documents, quel que soit leur support. Elle est aussi capable de s’acquitter de cette tâche avec professionnalisme et dans le cadre de la loi”, a soutenu dans une déclaration jeudi à la TAP le patron de cette institution nationale rattachée à la présidence du gouvernement.
L’institution des Archives Nationales a coopéré, à maintes reprises, avec l’IVD et lui a fourni tous les documents nécessaires pour ses travaux de recherche, ce qui veut dire qu’une partie des archives en papier de l’IVD provient, à la base, des Archives Nationales qui conserve toujours les originaux” a ajouté Jellab.
Il a indiqué que la présidente de l’IVD, qui martèle l’incapacité des Archives Nationales à préserver les archives de la Justice transitionnelle et les documents liés à la préservation de la mémoire, “est complètement” dans le “faux“, puisque la “préservation de la mémoire” n’existe pas. Il s’agit plutôt du “devoir de mémoire“, selon lui.

Elle devra nous expliquer ça

Jellab a fait observer que l’IVD n’a pas répondu aux correspondances de l’institution des Archives Nationales, et ce, à trois reprises (le 17 aout, le 26, le 31 décembre 2018). Des correspondances qui concernaient, justement, la coordination avec l’IVD pour la réception de son archive.
Il a souligné que cette question est très délicate et qu’il faut du temps pour vérifier tous les documents, regrettant le peu de cas accordé par Sihem Ben Sedrine aux correspondances des Archives nationales. Jellab affirme, dans ce sens, qu’aucune coordination n’a eu lieu entre les deux parties après l’unique rencontre datée du 4 juillet 2018.
Le responsable a ajouté que les institutions de l’Etat ont confié à l’IVD tout ce dont elle a besoin, regrettant que l’Instance mette en doute la crédibilité des Archives Nationales. “La présidente de l’IVD traite les institutions de l’Etat avec beaucoup de méfiance“, a-t-il relevé.

Hédi Jellab a encore précisé que l’Institution des Archives nationales préserve toutes les archives créées après 2011 y compris celles de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique. Une structure créée pour superviser le processus de transition démocratique, en attendant l’élection de l’Assemblée nationale constituante (ANC) fin 2011.
Les Archives Nationales sauvegarde également les archives du Haut Comité des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les archives de plusieurs associations et mouvements militants à l’instar de Perspectives, l’Union générale des étudiants de Tunisie, l’association Dignité, active dans le domaine de la justice transitionnelle et bien d’autres.
Et d’ajouter que l’IVD avait bénéficié de beaucoup d’avantages et de facilités jamais fournis à aucune autre structure semblable dans le monde, à en croire les expériences comparées consultées dans le cadre des conférences organisées et des travaux réalisés avant sa création. “Les moyens mis à la disposition de l’IVD lui permettaient de rédiger un rapport inédit sur une période très importante de l’histoire du pays. Mais au lieu de cela, l’instance était préoccupée par des questions secondaires“, a-t-il regretté.

Un peu comme avec l’expérience démocratique qu’elle est en train de vivre en ce moment, très compliquée du fait d’un choix de système politique très complexe et redouté de par le monde – le régime parlementaire -, la Tunisie a fait l’amer apprentissage de la justice transitionnelle, dont une partie a été soldée par les tribunaux. En fait c’est le morceau le plus délicat, qui ne peut pas d’emblée être tranché par des verdicts judiciaires, qui a été confié à l’IVD. On se rend compte que même après le passage de cette dernière, les difficultés demeurent, les dossiers touchant des éléments aussi sensibles que la dignité des personnes. Même la question de l’indemnisation des victimes, par le Fonds de la dignité, un sujet qui était pourtant presque réglé à une certaine époque, est devenue une patate chaude au point que les principaux bénéficiaires de cette affaire, les islamistes, ont reculé et renoncé à leurs exigences. Bref, la justice transitionnelle reste une affaire hautement explosive, et elle n’a pas fini de nous sauter à la figure.

SL/TAP

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