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Le diagnostic de Mehdi Jomâa fait apparaître l’économie tunisienne comme structurellement handicapée

Deux éléments ressortent de l’interview de Mehdi Jomâa aux deux chaines Al Wataniya 1 et Nessma dans la soirée de lundi, d’après les observateurs : le premier se rapporte à la sincérité du discours, le deuxième a trait à la clarté de l’exposé et surtout dans le chapitre économique. Il a parlé des dangers actuels et futurs du terrorisme, des caisses de l’Etat qui sont vides, et des emprunts qui se font pour financer la consommation. Il a également parlé de sacrifice reconnaissant, toutefois, que les couches sociales défavorisées en seront épargnées dans la mesure du possible.

Il est vrai que ce discours s’est basé sur un diagnostic effectué par le gouvernement durant tout le mois dernier, malgré le manque d’outils pour un audit précis et circonstancié, comme l’a déploré Jomâa lui-même, mais les données fondamentales et structurelles sont éloquentes. Le bilan fait ressortir une situation économique difficile qui risque de s’aggraver si des mesures d’urgence ne sont pas prises .La masse salariale a augmenté vertigineusement absorbant plus de 60% du budget de l’Etat et les montants alloués à la compensation se sont accrus de 2010 à 2013 de 270%. L’endettement se situe aujourd’hui à hauteur de 50%, et devrait dépasser ce seuil parce que le pays a encore besoin de financement pour relever le défi de l’investissement et de l’emploi, vu que le schéma de développement est basé sur l’emprunt.

En fin pédagogue, Mahdi Jomâa a encore pris l’année 2010 pour référence, assurant que l’Etat, consacrait à cette date une enveloppe de 4,3 milliards de dinars aux investissements dont seulement 1,8 milliard de dinars provenaient de la dette extérieure. Mais, depuis la Révolution, le montant de la dette s’est élevé à 25 milliards de dinars, qui étaient destinés principalement à couvrir les charges de compensation et de la masse salariale. Il en conclut que la Tunisie consomme désormais plus qu’elle n’investit surtout que les investissements sont bloqués, ce qui rend la tâche du redressement économique encore plus difficile.

Pour financer le budget 2014 actualisé, le pays doit emprunter plus de 12 milliards de dinars, alors que les crédits identifiés ne sont que de l’ordre de 7 milliards. Les 5 autres milliards de dinars qui dépassent le budget de développement dans son ensemble, doivent être trouvés chez les bailleurs de fonds internationaux. Et Mahdi Jomâa inscrit ces voyages aux pays du Golfe, en France et aux Etats unis, dans le cadre de trouver des emprunt pour boucler le budget de l’année en cours.

Evidemment la marge de manœuvre du gouvernement est très réduite : le temps manque cruellement pour mettre en œuvre des réformes efficaces, les moyens financiers font défaut, et un souci manifeste de ne pas endetter encore plus le pays.

Le gouvernement , tout en s’orientant vers un dialogue national sur l’économie , préconise déjà de faire appel à une  » souscription interne » , fermer la porte des recrutements dans le secteur public, réviser le fonctionnement de la compensation et d’assainir la situation financière des entreprises publiques en difficulté ( à titre d’exemple ,les dettes de Tunisair ont atteint 4 fois son capital).

Des mesures d’urgence seront prises par le gouvernement pour accélérer la croissance et structurer l’économie , malgré le temps relativement court dont il dispose . Ces mesures concernent la création d’emplois à travers l’encouragement de l’initiative, le développement des micro-entreprises, la promotion de l’investissement privé dans les régions et l’accélération du rythme de réalisation des projets régionaux bloqués dont le nombre s’élève à 250.Mahdi Jomâa a annoncé qu’une commission regroupant différents départements sera formée pour réactiver ces projets qui devraient favoriser l’emploi et améliorer les conditions de vie des habitants des zones défavorisées .

Mais le diagnostic clair, et la volonté des ministres -technocrates de redresser la situation économique suffiront-t-ils , à eux seuls, pour venir à bout des difficultés de l’économie tunisienne qui revêtent de plus en plus un caractère profond et structurel ?

Aboussaoud Hmidi

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