Le Dinar s’apprécie de 3 %. La BCT explique. Tendance ou conjoncture...

Le Dinar s’apprécie de 3 %. La BCT explique. Tendance ou conjoncture ?

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Les Tunisiens, hommes d’affaires surtout, mais aussi particuliers, ont été presque surpris, mais positivement, par la dernière appréciation du Dinar tunisien, essentiellement vis-à-vis de  l’Euro et du Dollar américain. A la date du 23 de ce mois d’avril 2019, selon le tableau publié sur le site internet de la BCT (Banque Centrale de Tunisie), l’Euro qui était à près de 3,5 DT n’est plus qu’à 3,36 DT. Réagissant à chaud, un chef de salle de change tunisien aurait dit que «avec tout l’optimisme possible sur cette période, je n’aurais jamais été optimiste à ce point». Croisons les doigts, ou devrait-on dire, prions Dieu !

L’USD, qui était aussi à plus de 3.07 DT, n’est plus qu’à 2,99 DT. Il s’agit d’une appréciation du dinar d’environ 10 figures en moyenne sur l’euro et le dollar selon le jargon bancaire, ou de 3%.Tous, ou presque, croyaient en une intervention monétaire de la BCT, pour remonter le cours de change que certains accusaient, avec la BCT, de tous les maux économiques de la Tunisie. Certains avaient en effet fait le lien entre la baisse des réserves de devises à 77 jours d’importation et l’appréciation subite du Dinar.  La BCT avait certes payé la 1ère tranche de 250 MUSD du prêt qatari de 1 Milliard USD le 18 avril 2019, mais n’avait pas dépensé d’autres devises pour intervenir directement et corriger le taux de change.

–          La BCT décrypte et explique, cas concrets et chiffres à l’appui

«Le Dinar est juste en phase de retracement et est en train de récupérer du terrain», commente le DG des finances extérieures à la BCT, Béchir Trabelsi pour Africanmanager. Il a ajouté  qu’il «s’est déjà déprécié de manière importante, et a réussi à impacter une bonne partie de la demande d’importation». Cela fait que la Tunisie serait en train de payer de moins en moins son déficit commercial en devises.

Il faut remarquer aussi la relative baisse des prix de l’énergie qui a contribué à alléger la valeur en dollar de la facture énergétique, explique Béchir Trabelsi. Pour les 3 premiers mois de 2018, le déficit énergétique était de 567 MUSD. A la fin du 1er trimestre 2019, une année après, il n’est plus que de 464 MUSD. Une baisse, donc, de quelque 100 MUSD.

La seconde explication de cette appréciation du Dinar versus les deux plus importantes devises de règlement, résiderait dans «le retour à la croissance, en termes de recettes, de certains secteurs pourvoyeurs de devises, comme le tourisme et plus timidement le phosphate».

Mais il n’y a pas que cela. En effet, selon la même source, le marché des changes a bénéficié « depuis le début de l’année de  plusieurs flux entrants en devises. D’abord, l’argent de la privatisation de la banque Zitouna et sa filiale d’assurance, ensuite des tirages sur des lignes de financement privé. Tout a été vendu contre Dinars», alimentant par là même la liquidité sur le marché. «Il y a aussi l’apport en devises des sociétés pétrolières, pour payer leurs taxes et impôts du 1er trimestre 2019, qui ont aussi fait des rentrées de devises, transformées par la suite en Dinar. On a aussi enregistré l’achat de Dinars contre devises, par des TO étrangers, pour payer les avances pour Booking auprès des hôteliers tunisiens».

Il ne faut pas, non plus, oublier l’effet positif du «Staff Level Agreement», accordé à la Tunisie par le FMI, et qui est généralement interprété comme un signal positif aux places financières internationales et partant, au reste des bailleurs de fonds de la Tunisie qui sont aussi ses «followers». Ce document, notons-le, a crédité a Tunisie de perspectives favorables en terme de croissance et d’un satisfécit quant au réformes qui devaient être menées pour le redressement économique et financier.

–          Une tendance qui se confirmera, ou une appréciation conjoncturelle ?

Ce n’était que le marché, qui semble ainsi avoir tiré les leçons de toutes les dernières mesures, économiques et monétaires, du gouvernement et de la BCT, et s’être adapté et autorégulé.  «Derrière, disons-le à tous ceux qui en ont douté un temps, il y a toutes les mesures, structurelles, prises en matière de refinancement, comme le ratio du «Loan-To-Deposit» et notamment la hausse des taux d’intérêt, qui a aussi rendu plus cher le dinar pour se procurer des devises et a quelque part rationalisé l’achat de devises par les entreprises tunisiennes. Il s’agit ainsi des effets positifs de toute la politique monétaire restrictive de la BCT, qui est en phase de rationaliser la distribution du crédit en Dinars, ce qui permet de mieux maîtriser la demande en termes d’importation ».

Interrogé par Africanmanager si l’appréciation du Dinar face aux deux principales devises est une tendance qui va se confirmer ou s’il ne  s’agit que d’un repli conjoncturel, Béchir Trabelsi reste réaliste, sans pour autant se départir d’un certain optimisme. «Elle est conjoncturelle. Mais on n’est pas à l’abri de bonnes surprises.».

Encore faut-il que la Tunisie continue à rationaliser ses importations, à améliorer ses exportations et introduire certaines réformes, comme l’adoption du projet de loi sur l’amnistie de change.

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