Le ministre n’a pas pu cacher la fuite des médecins spécialistes

Le ministre n’a pas pu cacher la fuite des médecins spécialistes

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Le casse-tête de la fuite, massive, des ingénieurs, des universitaires, des médecins… Bref, des élites, celles dont le pays a besoin pour se développer, pour se former et se préparer aux nombreux défis du futur, pour soigner sa population. Tous ceux et toutes celles sans qui aucune nation ne peut s’en tirer sont tentés, de plus en plus, par l’aventure de l’étranger, par les ponts d’or qui leur sont faits, par des lendemains qui chantent, en tout cas plus que dans que cette Tunisie agitée dont personne ne connait le devenir, quoique vous promettent les politiciens dans cette année électorale. Et que peut-on faire pour retenir ceux qui filent ? Pas grand chose. Ce qui peut être fait le sera, au meilleur des cas, dans quelques années, or ceux qui partent veulent du bonheur tout de suite, ils n’ont pas la patience d’attendre, beaucoup d’entre eux sont cassés moralement par les ratés et les promesses non tenues de la Révolution. L’ex-ministre de la Santé, Imed Hammami, avait avoué – il a au moins le mérité d’être sincère ! – qu’on ne peut rien faire contre le départ des ténors de la médecine et qu’il faut tenter de gagner la bataille avec les jeunes praticiens. L’actuel patron de la Santé, Dr Abderraouf Cherif, avait revendiqué dernièrement un exploit : Il est parvenu à empêcher des centaines de médecins de quitter le pays. Mais il semble qu’il ait atteint, très vite, ses limites.

Le docteur ne prend pas de gants

La migration des médecins spécialistes du secteur public vers l’étranger est en hausse, d’une année à l’autre, a reconnu vendredi le ministre de la Santé quand il présidait un Conseil régional de la santé tenu au gouvernorat de Médenine.
Le manque de médecins spécialistes aura des répercussions sur le secteur de la santé au cours de cette année, qui s’annonce difficile, a t-il déploré. On attend la nouvelle promotion de 120 médecins spécialistes, qui ont bénéficié d’une formation dans le cadre d’un programme de formation, lancé depuis deux ans en faveur des régions de l’intérieur, a-t-il ajouté. Le seul problème, et il est de taille, c’est que rien ne nous garantit que ces jeunes médecins ne cèderont pas, comme leurs aînés, à l’appel du large. Rien.

D’après les estimations, les médecins migrants seront au nombre de 400 cette année contre 300 en 2017, a encore précisé Dr Abderraouf Cherif. Il a ajouté que cette situation impose un examen de plusieurs données et une introduction de réformes pour convaincre les médecins tunisiens de la nécessité de travailler dans le secteur public de la santé. Mais le pays en a-t-il les moyens ? La volonté de stopper l’hémorragie est-elle vraiment là ?

Le ministre a évoqué, dans ce cadre, la poursuite des négociations portant sur les nouvelles réformes envisageables dans ce secteur.
Le manque de moyens, les agressions répétitives à l’encontre des médecins (au nombre de 1081 cas en 2018), l’absence d’une vision claire pour le secteur figurent parmi les entraves qui se dressent devant les médecins et les obligent à choisir le départ, a-t-il signalé.

Une goutte d’eau dans la mer

Le ministre de la Santé a pris, à cette occasion, plusieurs décisions pour la promotion des prestations sanitaires dans la région, dont l’aménagement du bloc opératoire, l’exploitation du centre de dialyse de Beni Khdech et la création de deux nouveaux services d’urgences aux hôpitaux régionaux de Zarzis et de Ben Guerdane, dans le cadre d’un accord conclu avec le Fonds koweïtien pour le développement.

Le ministre a également donné ses directives pour notamment renforcer le cadre médical et paramédical dans la région, octroyer cinq ambulances, appuyer les équipements des services d’urgences, des consultations, ainsi que des laboratoires.

Les participants à ce conseil parmi les médecins et les représentants de structures professionnelles et administratives ont insisté sur l’importance de renforcer le nombre des médecins spécialistes dans la région et de promouvoir les prestations sanitaires.
De son côté, le directeur régional de la santé, Jamel Eddine Hamdi, a rappelé que 32 projets sont programmés dans la région, moyennant une enveloppe de 24, 5 millions de dinars.

Il faudra des milliers d’actions de ce type pour convaincre les médecins que quelque chose est en train de changer dans le pays et que ça mérite de rester. Cependant tout cela ne règle en rien le problème du climat délétère dans le pays, la montée de la violence, l’instabilité politique, l’agitation sociale permanente, etc. On aura une partie des réponses après le scrutin de 2019, une petite partie, et le reste pourrait ne pas nous plaire. Tout cela pour dire que l’équation du départ des médecins, mais pas qu’eux, reste entière.

S.L./TAP

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