Pour sa première sortie médiatique, le nouveau chef du gouvernement Mehdi Jomaa a dressé un bilan noir de la situation économique actuelle précisant qu’elle risquerait de devenir « catastrophique ».
S’exprimant sur la chaîne Watanya1 et Nessma Tv, le successeur d’Ali Laareydh a affirmé qu’il manque 4 milliards de dinars dans le budget étant donné que les besoins réels sont estimés à 12 milliards de dinars.
Pour lui, « la situation est pire que ce que nous imaginions puisque 7 milliards de dinars sont seulement prévus dans la loi des finances, commandant ainsi de trouver plus de ressources. La mission demeure difficile pour un pays qui a contracté des prêts de l’ordre de 25 milliards de dinars, durant les 4 dernières années ».
Le diagnostic posé par Mehdi Jomaa semble acceptable aux yeux de certains experts, mais il reste en deçà des attentes, pour d’autres.
Mehdi Jomaa n’a pas fixé ses objectifs
Dans sa lecture économique, le professeur universitaire de l’économie, Fethi Nouri nous a indiqué que le nouveau chef du gouvernement, Mehdi Jomâa a « raté sa première sortie médiatique », estimant qu’il aurait dû attendre la finalisation du diagnostic établi par ses task-forces afin de mieux analyser la situation et mettre en place des mesures d’urgence .
Dans ce contexte, il a fait remarquer que Mehdi Jomâa s’est concentré uniquement sur les contraintes budgétaires, alors que l’économie est plus large touchant la croissance, l’inflation, la balance de paiements…
« Mehdi Jomâa n’a pas parlé des objectifs fixés pour la période à venir et surtout sa politique pour réduire le déficit », a noté Fethi Nouri avant d’ajouter que « le nouveau chef du gouvernement n’a pas donné des indicateurs clairs et la démarche à suivre pour remettre en route les moteurs en panne. Il n’a pas donné non plus des clarifications sur les grands chantiers menés par le gouvernement d’Ali Laâraydh, à savoir les réformes fiscales, le code d’investissement ainsi que la politique de subvention».
Pour Fethi Nouri, la complexité de la situation actuelle reste tributaire de la définition d’objectifs clairs et de mesures appropriées, sinon l’économie tunisienne irait vers l’effondrement.
La poursuite de la Troika jugée nécessaire
De sont côté, l’économiste Moez Joudi a imputé la responsabilité de la détérioration de la situation économique à la troïka qui a été alertée à maintes reprises par les experts sur la question. « La troïka qui manque de savoir-faire et d’anticipation, assume à 100% la responsabilité de cette aggravation prévue d’avance puisqu’elle n’a pas pris en considération les avertissements des économistes », nous a dit Moez Joudi.
Face à cette situation, la troïka, selon lui, devra être poursuivie par la justice puisqu’elle a induit en erreur le peuple tunisien. « Mehdi Jomâa a le mérite de diagnostiquer la situation alors que le gouvernement d’Ali Laarayedh n’était pas transparent en rendant publics de faux chiffres. Donc, c’est un crime dont il faut poursuivre les responsables », a tenu à préciser l’économiste.
L’économiste qui s’est appuyé sur les préconisations du chef du gouvernement, a recommandé de poser un diagnostic approfondi tout en réclamant l’organisation d’une conférence nationale sur l’économie tunisienne, qui rassemblerait les opérateurs économiques et sociaux pour trouver un plan de sauvetage. Pour lui, le nouveau du gouvernement est appelé à mener une démarche bottom-up pour concevoir un plan de redressement. Pourquoi faire ? Pour Joudi, c’est important afin de relever les défis, et répondre au mieux aux attentes du peuple. Mais, tout cela reste tributaire de la mise en place d’un consensus qui aboutira à des élections transparentes et justes.
Mehdi Jomaa pourrait-il s’engager dans une réforme structurelle ?
Pour l’universitaire et économiste Karim Ben Kahla, le gouvernement provisoire de Mehdi Jomaa aura du mal à mettre en place une réforme structurelle face à l’existence des tendances populistes. « Mehdi Jomâa qui a reconnu la gravité de la situation actuelle a exigé la mise en place d’une réforme structurelle. Mais, je pense que la mission sera difficile au regard de l’existence d’un nombre important de populistes qui vont l’empêcher certainement à relever ce défi de taille», a fait remarquer l’économiste dans une déclaration à Africanmanager.
D’après Karim Ben Kahla, ces populistes qui ont gouverné la Tunisie comme les hommes propres et n’ont fait que vendre des mensonges, doivent se taire pour que le cabinet des technocrates travaille et trouve une issue à la crise actuelle.
Wiem Thebti








