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Tunis : La 5ème colonne est toujours à La Kasbah, plantée dans le dos de Jomaa

La cinquième colonne désigne les partisans cachés, au sein d’un État ou d’une organisation d’un autre État ou d’une autre organisation hostile. Dans la Tunisie de l’après Révolution, il s’agit des dizaines de nominations utilisées par Ennahdha et la Troïka qui avaient fomenté un coup d’Etat constitutionnel, en octobre 2011, pour noyauter tout l’appareil de l’Etat et en assurer la maîtrise, comme l’indiquait clairement Rached Ghannouchi en octobre 2012. La peur de cette 5ème colonne, est expliquée par le sentiment général en Tunisie, qu’Ennahdha, bien qu’en dehors du pouvoir, n’a jamais abandonné son projet islamiste, socialement et économiquement. Le rythme des nominations, tout au long des mandats des deux gouvernements de la Troïka, et l’étendue des secteurs et des institutions qu’ils ont ciblés, laisse toujours planer cette menace latente d’une islamisation forcée de la Tunisie par Ennahdha.

Il est peut-être encore tôt pour formuler une quelconque critique à l’encontre du travail du nouveau chef de gouvernement tunisien. Des voix s’élèveront, encore une fois comme pour Hammadi Jbali notamment, pour demander «laissez-le travailler».

Force est cependant de constater que des voix se font entendre encore plus fortes, pour se demander ce que fait Mehdi Jomaa des promesses faites devant l’ANC qui lui a accordé la confiance et surtout de la feuille de route à laquelle il est astreint.

Une des premières demandes pressantes de ce document, était la révision de toutes les nominations faites par la Troïka pour s’assurer l’impartialité des prochaines élections. Personne ne connaît jusqu’ici, le nombre exact de ces nominations, faites directement ou par le biais de la loi sur l’amnistie. Leur nombre varie, selon les sources, de 50 à 250. Des membres de cabinet, des conseillers, des attachés de cabinet et des chargés de mission au niveau des ministères et des administrations centrales de la Tunisie de l’après Ben Ali. Au niveau régional, ce sont des dizaines de gouverneurs, de délégués régionaux et autres membres de mairies.

Toute la Tunisie avait applaudi, lorsque des sources proches du nouveau chef de gouvernement, avaient fuité le chiffre de 17 membres de cabinet à propos desquels la décision aurait été prise pour un départ, début mars 2014. Aucun communiqué officiel n’est cependant venu confirmer cette décision. Ce chiffre des départs attendus, reste encore sous le choc positif du départ d’Ennahdha, la Tunisie est depuis au moins quinze jours, médiatiquement tenue en haleine sous l’effet des fuites d’informations sur un prochain remaniement dans le corps des gouverneurs. Aucune confirmation officielle n’est cependant venue étayer ces fuites.

Le temps que met Mehdi Jomaa pour appliquer ce pour quoi il a été nommé, commence à être long, alors que se discute déjà la prochaine loi électorale. Cette impatience commence à faire surface et à s’étaler sur les journaux. Une séance de travail s’est, par exemple, ainsi tenue, ce lundi 24 février 2014, à la présidence du gouvernement. Elle groupait des officiels gouvernementaux et l’Union régionale du travail de Sfax. L’objet en était la discussion de certaines nominations dans la région et de la situation des Délégations spéciales de Sfax-ville, Kerkennah et Sakit-Eddaier. Un silence qui fait désormais craindre un possible accord secret entre Jomaa et Ennahdha sur la question de la révision des nominations et sur le rôle que pourrait jouer cette 5ème colonne dans le projet politique d’Ennahdha, au su ou à l’insu de Mehdi Jomaa.

Des institutions, aussi importantes pour le processus démocratique en Tunisie et pour les prochaines élections, comme la Radio et la Télévisions publiques, attendent depuis des semaines les nouveaux PDG promis. D’autres entreprises publiques, comme Tunisair où le PDG, théoriquement à la retraite depuis fin décembre dernier, essuyait encore, ce lundi 24 février 2014, un sit-in de ses employés pour une décision qu’un partant à la retraite ne peut pas prendre. Entretemps, à La Kasbah, c’est le «silence, on tourne». Mais personne ne sait encore quel film !

Khaled Boumiza.

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