AccueilLa UNEVous avez dit reprise de la croissance en 2022 ?

Vous avez dit reprise de la croissance en 2022 ?

Après une année 2020 « extrêmement difficile » pour l’économie tunisienne et ce taux sans précédent de la croissance économique négative de -8,7%, la reprise en 2021 a été « modeste » avec un taux de 3,1 %. De quoi sera fait réellement 2022, et peut-on parler de reprise ?

Marouane El Abassi répond avec les chiffres de l’INS. Il indique ainsi que les prévisions tablent sur une croissance dont le rythme demeure assez lent, soit 2,6%. Les derniers chiffres publiés par l’INS font en effet apparaître une croissance de 2,4% en glissement annuel au premier trimestre 2022 par rapport à la même période de 2021.

–          Les chiffres entre l’euphorie des uns et le bémol des autres

Outre la poursuite des retombées de la crise sanitaire, cette évolution portait surtout le sceau de l’impact de la crise ukrainienne, qui affectera notamment les industries manufacturières exportatrices et les services, en particulier le tourisme et le transport, et ce par la transmission de l’impact de la crise en Europe.

Celle-ci serait durement touchée, compte tenu des liens commerciaux et de la dépendance vis-à-vis de l’importation de l’énergie et des biens alimentaires en provenance de la zone de conflit. Ainsi, une baisse de l’activité dans la Zone Euro de 1% sur l’ensemble de l’année entraînerait une baisse d’environ 0,4% de la croissance en Tunisie. Et la guerre en Ukraine n’est pas encore finie, ni les tensions en Europe !

Le 20 mai à Sfax, où il parlait devant les entrepreneurs de la région, le gouverneur de la BCT corrigeait déjà que la « faible reprise de la croissance en 2021 et 2022 ne permet pas de rétablir les niveaux d’activité pré-Covid ». Il mettrait ainsi , selon notre analyse croisée, rationnellement et avec la froideur d’une institution indépendante, un bémol aux déclarations de la cheffe du gouvernement lorsqu’elle passait en conseil ministériel, évoquant « les éléments du réveil économique et du retour du taux de croissance de l’économie nationale à une hausse et une baisse du taux de chômage ».

Si croissance il y eu, elle est liée à une certaine reprise de secteurs fortement exposés aux aléas locaux (mouvements sociaux comme pour le phosphate), et internationaux (atonie des flux touristiques). Et si baisse du chômage il y eu, ce n’est pas par la création de nouveaux emplois.

–          Secteur extérieur : l’effet papillon du conflit russo-ukrainien 

2022 sera aussi, et c’est déjà, des pressions diverses, des équilibres globaux fragilisés et un élargissement sensible prévu du déficit commercial. La raison ? C’est essentiellement, la dépendance vis-à-vis des importations de produits stratégiques (énergie et céréales) de la zone de conflit russo-ukrainien, prépondérante sur le marché mondial, conjuguée à la flambée sans précédent des cours de pétrole, soit 113 $ le baril Brent le 17 mai, avec un pic de 128 $ le 8 mars dernier.

En guise de résultat, cette augmentation conséquente, et douloureuse pour le budget du citoyen et de l’entrepreneur, de la facture énergétique. Mais pas que ! Elle est combinée à un alourdissement de la facture alimentaire, puisque la zone de conflit a fourni 42 % de l’approvisionnement de la Tunisie en céréales en 2021. La dépendance agricole est passée par là !

Par corrélation, directe, l’impact sur les exportations des secteurs manufacturiers, en relation avec le ralentissement attendu de la demande en provenance de la zone euro. Cela a été déjà amorcé par la Covid et cela continue avec un accroissement des coûts de transport maritime et des frais d’assurance.

Aussi, des effets négatifs sur les recettes touristiques en provenance des pays de la région. En 2020, le marché russe avait fourni des revenus de près de 800 MDT pour environ 630 mille arrivées en 2019.

Tous ces facteurs font que le déficit courant devrait s’aggraver pour avoisiner les 10 % du PIB en 2022, contre 6,8 % prévus initialement et 6,1 % en 2021.

–          Aggravation du déséquilibre des finances publiques : Une LF 2022 « has been »

La loi de Finances (LF) 2022 a-t-elle tablé sur l’atténuation du déficit budgétaire par rapport à 2021 ? Sic et (re)sic !

Cette même loi des finances aspirait à revenir à 6,7 % du PIB, en relation avec une meilleure mobilisation de ressources propres, notamment les recettes fiscales, ce qui devrait réduire les besoins de financement. Mais, il y a eu un hic. Plutôt des hics. Et les locataires de la rive gauche de la Kasbah (ministère des Finances) tardent à amender ou à compléter la LF 2022.

La crise russo-ukrainienne, la hausse des cours des produits alimentaires et des produits énergétiques sont passées par là. Avec pour effet, l’accélération des dépenses de compensation et le creusement du déficit budgétaire. A ce titre, le budget de l’Etat 2022 a été établi sur la base d’un prix du baril à 75 US$ seulement. Mauvaise prévision !

Ainsi, l’augmentation d’un seul et unique dollar induira une hausse de 137 millions de dinars de dépenses de compensation. Idem pour les prix des céréales : une augmentation de 10 $ du prix générera un surcoût de la facture de 88 millions de dinars sur la caisse générale de compensation. Et en guise de résultat, un impact budgétaire net de ces deux postes qui se situerait à près de 3 % du PIB. Le déficit budgétaire serait alors de l’ordre de 9,7 % du PIB contre 6,7 % prévus par la LF 2022. A navire rompu, tous les vents sont contraires !

La croissance ne pourra donc venir que du secteur privé. La Banque Mondiale le sait et le dit. Le FMI le sait et le dit. Carthage et La Kasbah aussi le savent et le disent. Mais si la 2ème le dit, le 1er fait tout pour contredire la 2ème. « Nul besoin de préciser que la situation requiert de la part des autorités des actions décisives concertées à même d’assurer la préservation du tissu économique et la viabilité de ses opérateurs les plus actifs à savoir les PME, qui, en Tunisie comme ailleurs, constituent l’épine dorsale du système productif », avertit, pour sa part  la BCT.

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