Tunisie-Banques : 3ème à prendre, 6ème à donner. C’est Attijari !

Tunisie-Banques : 3ème à prendre, 6ème à donner. C’est Attijari !

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L’éditeur «Targa Consult», vient de publier les performances des banques tunisiennes au 31 décembre 2016. Dans ce tableau, fort édifiant, l’éditeur met en relief le classement des plus importantes banques de la place de Tunis, en matière de PNB (Produit Net Bancaire), d’encours des dépôts ou l’argent déposé par les clients dans les caisses de la banque marocaine de droit tunisien et qui constitue (l’argent) le principal outil de l’établissement, dont l’objet est justement la vente de l’argent. Le tableau établit aussi le classement de chaque banque, en matière de crédit et qui constitue l’argent donné en crédit par la banque pour financer l’économie.

Il est important, d’abord, de constater que c’est la banque privée Biat (Banque Internationale Arabe de Tunisie) qui a enregistré le plus grand PNB de 2016, avec 590 MDT contre 531 MDT en 2015, et donc une évolution de 11 %. C’est aussi la Biat qui a pu engranger le plus important encours de dépôts avec 9,078 Milliards DT à fin 2016, en hausse de 12 % par rapport à 2015. C’est encore cette banque, la Biat, qui a signé le plus important encours de crédit, par l’injection de 7,679 Milliards DT dans l’économie tunisienne en 2016, avec une hausse de 17 % par rapport à 2015.

Juste derrière cette banque privée, celle des frères Mabrouk comme certains l’en accuseraient, c’est la BNA publique (Banque Nationale Agricole) qui se classe 2ème dans les trois ratios et cela, malgré les affres du plan de recapitalisation et de redressement, entamé par le nouveau DG, Habib Ben Haj Gouider. La BNA a ainsi terminé l’exercice 2016 par un PNB de 373 MDT, en hausse de 7 % par rapport aux 348 MDT de 2015, encaissé 6,232 Milliards DT de dépôts, mais donné plus de 7 Milliards DT en financements divers de l’économie. Suivent, dans ce ratio qui donne toute sa valeur à la nomination de banque nationale, la Banque de l’Habitat avec 5,3 Milliards DT, l’Amen Bank avec presque 6 Milliards DT et la STB avec plus de 5,3 Milliards DT d’encours de crédit ou de financement de l’économie tunisienne en 2016.

⦁    Le cas Attijari, 3ème en PNB et 6ème à financer l’économie tunisienne

Un cas attire l’attention dans ce classement. C’est celui d’Attijari Bank qui «se fâche» lorsqu’on dit qu’elle est marocaine en faisant noter qu’elle est de droit tunisien. Cette banque a en effet terminé l’exercice 2016 avec le 3ème meilleur PNB de la place, en hausse même de 15 % et où la 1ère marge sur commission de la place, devant Biat et BNA, des marges en hausse de 28,9 %. Elle est aussi 3ème en matière de dépôts, avec 4,871 Milliards DT engrangés. Des dépôts, certes comme le reste du secteur bancaire, non rémunérés mais objets à commission.

C’est pourtant à la 6ème place qu’on retrouve cette banque, loin derrière les principales banques nationale, lorsqu’il s’agit de financer l’économie tunisienne par les crédits. Son apport à l’économie tunisienne ne faiblit pas, mais reste presque minimal. Elle n’aurait injecté (Ndlr : Sauf autre erreur de Targa qui a effectivement inversé les chiffres de l’encours du crédit) que 4,48 Milliards DT en 2016 dans l’économie du pays où elle exerce. Une année auparavant, en 2015, ce n’était que 3,8 Milliards DT. Il y a certes une hausse de 17 %, mais cette grande banque, internationale et locale il faut le dire, reste quand même au 6ème rang des banques qui financent le plus l’économie tunisienne, avec un encours de crédit, loin, très loin de celui de la Biat (7,6 Milliards DT) ou même de la BNA (7,2 Milliards DT), de la BH (6,2 Milliards DT) ou de la STB (5,5 Milliards DT), toutes banques publiques qui subissent toujours les effets d’une sévère recapitalisation. Un classement donc, celui d’Attijari, qui ne traduit pas ses résultats réelles performances, tant en matière de PNB que de résultat net. Des résultats qui devraient la pousser à participer plus dans l’économie du pays dont elle tire ses ressources.

1 COMMENTAIRE

  1. En fait tout cela a commencé depuis le rachat de la défunte Banque du Sud saignée à blanc par les créances carbonisées et octroyées sans aucunes garanties aux proches du Président déchu et à des investisseurs corrompus tout au long de deux décennies.
    D’ailleurs on peut se demander au passage où étaient la Banque centrale de Tunisie et ses inspecteurs pendant tout ce temps-là.

    On peut s’interroger aussi, où était le ministère des finances Tunisien lorsqu’un des gendres du président déchu a empoché une faramineuse plus-value sur la vente des actions de l’état et ceux de l’actionnaire italien par un financement à zéro risque qu’il a obtenu des banques étatiques et un délit d’initié manifeste.

    Ce qui fait qu’en rachetant une banque au bord de la faillite, les nouveaux actionnaires ont pris un gros risque.

    Peut-on donc leur reprocher d’essayer de récupérer le plus rapidement les fonds qu’ils ont investis ? Tous les moyens étaient bons pour eux de les rapatrier à la banque mère qui possède la majorité absolue du capital et de surcroît le contrôle total de la banque.
    Au début et en l’absence de bénéfices, donc de dividendes, cette opération de rapatriement a commencé au vu et au su de la Banque centrale de Tunisie par les fameux contrats d’assistance dont parle l’article ainsi que les salaires, primes et bonus accordés aux expatriés qui se sont succédés à la direction de la banque.

    Sachant que ces derniers sont grassement rémunérés juste pour un travail de coordination entre les cadres et personnel de la banque qui faisaient le gros travail et les cabinets étrangers auxquels ils ont fait appel pour la refonte de l’organisation de la banque et de son système d’information.

    Sachant également que la majorité des cadres tunisiens de la banque sont beaucoup moins rémunérés malgré qu’ils ont été sélectionnés par un bilan de compétence fait par des cabinets spécialisés qui a servi, apparemment, à identifier les plus aptes à appliquer la politique de la banque mère et les recommandations des cabinets d’assistances.
    La même politique a été appliquée pour le recrutements en masse des jeunes cadres beaucoup moins payés que les anciens qui ont été poussé insidieusement vers la porte. Les jeunes et anciens cadres récalcitrants ont été bien entendu écartés des postes décisionnels.

    Après tout, une fois le système d’information mis en place la banque n’aura plus besoin de compétences pour fonctionner. Un personnel d’exécution déployé au réseau suffira largement. C’est malheureux de le dire, mais le monde glisse petit à petit vers « le plein emploi » de l’intelligence artificielle avec l’intégration à outrance des nouvelles technologies.
    Peut-on aussi reprocher au management de minimiser les salaires octroyés aux cadres payés en monnaie locale au profit des fonds transférés à la banque mère sous la forme de d’honoraires aux consultants étrangers qui leurs sont intimement liés (un conflit d’intérêts manifeste) et les rémunérations de leurs expatriés ?

    La réponse est évidente : on ne peut reprocher aux nouveaux investisseurs d’essayer de rentrer dans leur frais même si le nouveau Directeur Général de la banque a fait le fameux lapsus concernant la compétence du personnel de la banque lors de la dernière assemblée générale pour justifier les contrats d’assistance.

    Par contre les reproches pourraient être adressées au président du Conseil d’administration qui a vécu toutes les péripéties depuis sa nomination. Mais au fonds n’est-il pas lui-même nommé, payé et maintenu au-delà de l’âge de la retraite pour appliquer les ordres des autorités de tutelles et la politique des actionnaires majoritaires ?

    Enfin tout le monde a trouvé et trouvera son compte sauf le personnel de la banque, même pendant cette grave crise économique subit par la Tunisie. Car il n’y a pas une grande différence entre 2 ou 1,5 DT de dividendes par action. Les devises sortiront tout de même avec une partie des dinars qui sera distribuée aux autres actionnaires tunisiens qui ne subiront jamais une crise tant que les banques dégageront des bénéfices en temps de marasme économique. Ce qui est en lui-même aberrant.

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