Tunisie : Les mensonges de Mbarki… (Vidéo)

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Le dossier des privatisations est sans aucun doute l’un des plus grands mystères du moment. La nécessité de céder certaines entreprises publiques, toute l’entité ou partie, pour sauver l’économie du pays avait été véhément défendue par le chef du gouvernement, Youssef Chahed, lors de son dernier passage à l’Assemblée des Représentants du Peuple. D’ailleurs ce n’est pas sur cette affaire qu’il avait été le plus critiqué par les élus, preuve que certaines vérités en la matière sont établies et que la nécessite de la thérapie de choc proposée par Chahed fait déjà son bonhomme de chemin dans les têtes. Sauf que depuis ses envolées au Parlement, on n’entend pas beaucoup Chahed sur cette affaire, ses ministres non plus, sauf peut-être pour infirmer ce qu’avait dit leur chef. Par contre la fronde contre ces privatisations, l’UGTT surtout, elle on l’entend beaucoup en ce moment. Pas plus tard que lundi 02 avril 2018 dans la soirée, le secrétaire général adjoint de la centrale syndicale, Bouali Mbarki, a donné de la voix sur le plateau de l’émission de Myriam Belkadhi, sur Al Hiwar Ettounsi. Où est passé Chahed ? Pourquoi il garde le silence sur la question, alors qu’il a tout intérêt à battre le fer tant qu’il est chaud et qu’il ne doit surtout pas laisser “l’adversaire” occuper le terrain ?

Il n’a échappé à personne que les bruits émanant de la centrale syndicale et exigeant illico presto un remaniement ministériel sont montés proportionnellement à la cadence des sorties des ministres, experts et hommes d’affaires pour demander que certaines entreprises publiques soient cédées. Puis pendant un certain temps, plus rien, des deux côtés – le gouvernement et l’UGTT. Ce qui nous a poussé à émettre l’hypothèse selon laquelle tant que l’équipe de Chahed mettra en sourdine ses velléités de privatisation, la centrale syndicale en fera de même pour ses exigences de remaniement. Cette sorte d’armistice, de Paix des Braves vient d’être rompue par Mbarki, sans que quoi que ce soit ait bougé du côté du gouvernement. Ce dernier n’a pas moufté sur la question depuis un bon moment, comme si le mot d’ordre avait été : évitez toute escarmouche avec Noureddine Taboubi et compagnie. L’assaut du secrétaire général adjoint de la centrale syndicale a donc tous les attributs d’une tactique pour effrayer la partie adverse – le gouvernement – et la fixer derrière, dans la droite ligne du dicton “la meilleure défense c’est l’attaque“, ou du genre “qui veut la paix prépare la guerre“.

Petits arrangements avec la vérité

Le lien entre les privatisations et les exigences de remaniement, c’est le secrétaire général adjoint de la centrale syndicale qui l’a fait d’emblée dans son intervention chez Belkadhi. Tout de suite après avoir évoqué les problèmes à l’Education nationale et à la STAM (Société Tunisienne d’Acconage et de Manutention), il fustige cette étrange idée du chef du gouvernement de vendre le «peu» d’entreprises publiques qu’il y a encore – plus de 100 c’est pas peu, tout de même !-, et embraye en demandant un remaniement ministériel dans les meilleurs délais. Cela confirme notre hypothèse selon laquelle ce qui irrite le plus en ce moment l’UGTT c’est la privatisation. Une affaire qui draine un profond changement culturel, et même un bouleversement pour des dizaines de milliers d’employés, entre coupes dans les effectifs pléthoriques, des habitudes – des mauvaises – rayées d’un trait, idem pour la pléthore de privilèges et avantages, etc. Bref, une sacrée révolution qui explique que la centrale syndicale freine des quatre fers. Et pour que le chiffon rouge agisse encore plus dans la tête des citoyens, Mbarki assène : «Toutes les entreprises publiques que l’Etat a cédées dans le passé n’ont pas survécu”. Pourtant les “success stories” après privatisation font légion : l’UIB, la Banque du Sud, Magasin général, les Ciments Enfidha, les Ciments Artificiels Tunisiens, Assurances STAR… Pour ne citer que ceux-là.

Quand Mbarki dit que l’UGTT prône “la restructuration et le sauvetage” des entreprises publiques en difficulté, il se trouve que la privatisation est très souvent la première étape vers cette thérapie. C’est une solution gravée sur le marbre et qui a produit ses effets partout ailleurs dans le monde, mais c’est la dernière chose qu’on veut entendre par ici. C’est donc incontestablement un petit arrangement avec la vérité, avec la voie royale vers la guérison. Comme l’est aussi le fait de dire que les employés de la STAM “demandent d’augmenter les tarifs pour qu’il y ait plus de rentrées dans les caisses de la société (…), une manière de sauver les entreprises publiques“. Sauver cette entreprise-là, son pré-carré et ses salariés choyés, oui, peut-être, mais que fait Mbarki des conséquences de telles hausses pour l’attractivité du site Tunisie, son économie, des arguments exposés par les patronats à travers des communiqués ?

Enfin quand il dit que la plupart des revendications des enseignants du secondaire “ne sont pas financières, mais sont relatives à des réformes urgentes», il faut contrebalancer ça avec les propos du ministre, qui a affirmé que 90% des doléances des profs sont d’ordre financier. Et même derrière le fait de réclamer la retraite à 55 ans il y a le projet, pour certains enseignants, d’entamer une seconde carrière dans le privé, que ce soit en ouvrant leurs propres établissements – un vrai sport national ! -, en travaillant pour d’autres ou en donnant des cours sups dans les garages, une pratique que Néji Jalloul a combattue jusqu’au bout mais qui renait de ses cendres depuis son départ, si elle avait cessé…

De toute évidence le dossier des privatisations sera un des tournants du mandat de Youssef Chahed, tout autant sinon plus que la lutte contre la corruption, car il y a dans le paquet des entreprises dont l’Etat, et donc les contribuables, ne peuvent plus supporter la charge et les dépenses folles. Sur 88 entreprises publiques dénombrées par nos soins, 36 étaient déficitaires et le cumul des pertes du reste des EP (Caisses, Offices, et autres STEG et SONEDE) a dépassé les 6,5 Milliards DT en 2016. L’Office des céréales, qui est actionnaire à la BNA, a enregistré en 2016 une perte cumulée de plus de 845 MDT, la Transtu 914,8 MDT. Par ailleurs l’énorme pactole que les caisses publiques pourraient tirer de ces cessions financerait des centaines de projets, sans avoir besoin de recourir à des crédits étrangers dévastateurs pour les devises du pays, sans parler de leur surcoût (les intérêts, qui s’envolent du fait des mauvais classements, des mauvaises notes des agences à cause de la situation économique qui se dégrade et des réformes qui calent). Nous verrons très rapidement si Chahed a la capacité de mener cette bataille des privatisations à son terme ou si le combat cessera faute de combattants…

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