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Tunisie : Il ne fera rien, ni maintenant, ni durant les 20 prochains mois

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La Tunisie a célébré, en petite pompe, ce mardi 20 mars 2018, le 62ème anniversaire de son indépendance. Au palais de Carthage, ministres, députés, anciens chefs de gouvernement (pas tous), notables de tous les domaines et la presse étaient assis dans une salle dont la voute dorée commençait à donner des signes de fatigue. Quelques versets de Coran, l’hymne national et tout le monde s’assied pour écouter le discours d’une heure de temps du chef de l’Etat.

Un discours en grande partie ronronnant, comme si tout allait bien chez Mme La Marquise, et aux relents d’une histoire dont peu se souviendraient des détails et des personnages, alors que Béji Caïed Essebssi se fait un plaisir de la raconter.

Un discours, surtout, dont l’intelligentsia du pays attendait beaucoup, au vu des débats qui traversent la sphère politique tunisienne, en ces temps de crise, politique, économique et financière et dont on attendait une annonce qui contribuerait à secouer la torpeur politique et à redonner espoir aux 79,9 % des Tunisiens qui sont gagnés par la frustration comme il le dira lui-même.

  • Les anecdotes d’un discours du genre «Circulez, il n’y a rien à voir» !

Mais commençons par ces quelques anecdotes, qui ont ponctué ce discours et qui ont fait rire, certainement jaune. En premier lieu, car indicative de l’état dans lequel se débat la première révolution du monde arabe, c’est l’histoire d’un chef d’Etat occidental, l’américain Donald Trump, qui lui a envoyé le message suivant : «J’ai deux choses à vous dire. Une bonne et une moins bonne. La bonne, c’est que vous êtes une démocratie. La moins bonne, c’est que vous êtes une démocratie. Comprenez bien le sujet. Chacun composera la musique qu’il veut», disait le message. Il est vrai que la démocratie est d’abord une culture et BCE dira dans son discours du 20 mars 2018 que «il faut avouer que nous n’avons pas cette culture». Il aurait été plus avisé de rappeler que le poète Charles Baudelaire disait que «le noir est l’uniforme de la démocratie». On y sera peut-être le 6 mai prochain.

La seconde anecdote, c’est lorsque BCE se met à lire à ses invités à Carthage les vœux que lui ont envoyés par quelques chefs d’Etat occidentaux, à l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance, et qui lui fait tirer la conclusion que «nous avons une bonne image chez les grands de ce monde» et de s’étonner que cette image ne soit pas bonne à l’intérieur, en se demandant, avec une mimique d’incompréhension, «pourquoi, qu’est-ce qui s’est passé ? Nous avons pourtant fait des élections, nous avons un président et une Assemblée élus et un chef de gouvernement nommé et c’est ça la voie démocratique». BCE devrait alors donner ces messages au ministre des Finances et au Gouverneur de la BCT, pour qu’ils puissent en faire bon usage lorsqu’ils iront faire le roadshow sur les places financières étrangères pour récolter les emprunts nécessaires au fonctionnement, pour ne pas dire à la survie, de l’Etat.

On finira par cette 3ème anecdote, toujours racontée par le chef de l’Etat tunisien à Carthage, en ce 62ème anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, d’autant qu’elle a trait à la situation du Dinar tunisien. «J’ai tenu une réunion avec lui et cette réunion avec vous, Monsieur le Gouverneur, m’a fatigué», racontait-il en faisant référence à sa rencontre, le 16 mars 2018, avec le gouverneur de la BCT venu lui remettre son rapport. Que diront alors les Tunisiens ? BCE pourrait, peut-être, «écouter le Facebook», comme il le disait en prolongeant le «ou» dans le rire général, pour le connaitre. Il consacrera ensuite quelques minutes de son discours pour égrener les mauvaises performances économiques et qui expliqueraient certainement mieux le haut taux de frustration chez les jeunes.

  • Je ne prendrai aucune initiative

Sinon, le discours de BCE n’a rien apporté en nouvelles annonces, à l’exception peut-être de clles d’un projet de loi sur la cour constitutionnelle et d’une réflexion sur l’amendement de la loi électorale. Un discours qui a aussi démenti tous ceux qui attendaient une annonce sur l’amendement de la Constitution et même plus. A ce sujet, le chef de l’Etat tunisien sera catégorique. «Je ne prendrai aucune initiative pour changer la Constitution, car c’est elle qui m’a fait élire et elle doit être respectée», a-t-il ainsi dit. Il coupe ainsi court à toutes les rumeurs qui lui prêtaient l’envie de traiter de ce sujet dans son discours qu’il tenait 20 mois (comme il en a fait lui-même le compte) avant la fin de son mandat.

Auparavant et dans une légère digression sur les travaux de la commission des partizs signataires de l’Accord de Carthage et le sort de Youssef Chahed qu’il ne nommera pas tout au long de son discours, il dira que «quelle que soit la personne qui devra rester ou partir, il faudra qu’on en [Ndlr : La réunion des signataires] sorte avec le consensus», confirmant ainsi le choix d’une gouvernance collégiale et par consensus.

On aurait pu attendre, s’il voulait vraiment changer une Constitution qui constitue désormais un élément de blocage, notamment pour l’action gouvernementale, qu’il annonce un référendum qui jetterait la base d’une quelconque révision et préparerait le terrain, en 2019, qui est l’année d’extinction de l’interdiction de sa révision pendant cinq ans. On aurait pu aussi attendre que BCE fasse usage de l’article 80 de cette Constitution qu’il refuse de retoucher, pour annoncer l’état de péril, économique et financier, et donne au chef du gouvernement, l’actuel ou le prochain, les moyens de sa politique. Désormais c’est sûr, BCE ne fera rien à ce sujet, ni maintenant, ni pendant les 20 mois qui lui restent à la tête de l’Etat.

Entre une ARP qui fait ce qu’elle veut et quand elle le veut bien, un Exécutif dont les deux composantes s’annulent, l’un par le peu de ses prérogative et l’autre par une politique de consensus qui empêche tout gouvernement de gouverner, sans oublier une Centrale syndicale qui empêche de tourner en rond et devient un Etat dans l’Etat, la transition politique et le rebond économique de la Tunisie trainent en longueur. On n’est pas sorti de l’auberge. Il suffit au chef de l’Etat sa fierté face aux «grands de ce monde» qu’il reçoit, une fois par an, en messages… Fecebooook peut-être !

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