L’Occident a-t-il lâché Ennahdha ou soutiendrait-il BCE ?

L’Occident a-t-il lâché Ennahdha ou soutiendrait-il BCE ?

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Une délégation du Sénat américain a récemment visité la Tunisie. Peu d’informations ont filtré à propos des objets et objectifs de cette visite. La visite a pourtant beaucoup fait parler d’elle sur les réseaux sociaux. Non pas par les déclarations ou les déplacements faits par cette délégation, mais par LA visite qui n’a pas été faite au siège d’Ennahdha, devenu pourtant, depuis 2014, la Mecque des ambassadeurs étrangers et des délégations de tous pays. Une non-visite qui a été traduite par un froid dans les relations d’Ennahdha avec les USA et la possibilité que ce froid diplomatique se traduise par un gel pure et simple et pourquoi pas de la mise du parti islamiste sur la liste des organisations terroristes, étant une branche de la confrérie des «frères Musulmans», à la faveur de la nouvelle politique américaine de l’ère Trump.

Ce froid, si une telle signification de la non-rencontre de la délégation américaine avec Rached Ghannouchi se confirmait, a relancé le débat interne et local, sur la guerre froide entre les deux parties de l’Exécutif tunisien, la Présidence de la République et la présidence du gouvernement. Le président français vient en tous cas de jeter une nouvelle pierre dans la mare.

A Erevan, en Arménie, où il présidait l’ouverture des travaux du sommet de la Francophonie, en plus de la journaliste tunisienne qui l’apostrophait d’un «tu as bien parlé», c’est cet instant où le chef de l’Etat français s’adressait à son homologue tunisien, Béji Caïed Essebssi, qui a le plus fait parler la blogosphère tunisienne.

«Je veux ici souligner le courage du président Essebssi, qui, alors que nous vivions la montée des obscurantismes et de celles et ceux qui voudraient enfermer tout un continent dans une lecture déformée d’une religion, s’est dressé et avec courage, et a pris encore ces dernières semaines des textes fondamentaux pour le droit d’être libre, les droits des femmes, le droit dans le mariage, le droit dans l’héritage… Alors que tous les autres avaient peur, alors que les obscurantistes disaient de ne pas le faire, le président Essebssi l’a fait et nous devons le soutenir dans ce combat. Nous serons là, Président. Ne cédez rien, ne cédez rien dans ce combat. Vous venez d’un pays où l’indépendance a été faite par un grand Président, qui a éduqué les femmes et les hommes, les petites filles et les garçons. Vous venez d’un pays qui a été un exemple dans la francophonie et dans la conquête de l’Afrique. Vous venez d’un pays qui nous rend fiers et nous a rendu fiers. Alors nous continuons à être là !». Ainsi parlait, ce matin en Arménie, Emmanuel Macron, l’initiateur du «Macronisme» et dont beaucoup en Tunisie prêtent l’intention de cloner l’actuel chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed.

Et si les 176 mots de Macron étaient plus qu’un hommage à de simples intentions, force est de remarquer que la France soutiendrait alors un chef d’Etat qui ne détient presqu’aucun pouvoir et que beaucoup des idées par lesquelles il s’était illustré n’ont jusque-là pas dépassé le niveau des propositions. Car les propositions de la Colibe, tout comme celles de l’amendement de la loi sur l’héritage, restent du domaine du chef du gouvernement. Mais peut-être que la France, ne saisissant pas encore les réelles intentions politiques futures de Youssef Chahed, aurait décidé d’appuyer BCE qui cache mal son désir de rempiler pour les prochaines présidentielles, face à un Ghannouchi représentant des obscurantistes que citait Macron selon les Tunisiens et qui s’est déjà déclaré.

Politisés jusqu’à la moelle, lisant même entre les mots et pas seulement entre les lignes et croyant être au centre des intérêts du monde, beaucoup de Tunisiens ont tout de même interprété ce passage élogieux à l’endroit du chef de l’Etat tunisien, dans son discours d’Erevan, comme un appui politique direct à Béji Caïed Essebssi.

Si cela était le cas, la position française aurait fait un virage à 360 degrés, par rapport à tous ses ambassadeurs en Tunisie, depuis 2011. Mais peut-être aussi qu’ils finissent par prêter attention à tout ce qui se dit sur une probable implication d’Ennahdha dans les assassinats politiques de Belaid et de Brahmi.

En politique, tous les gestes comptent. On oublierait alors l’accolade du même Macron à Youssef Chahed, lors de sa dernière visite en Tunisie et ce «Je veux que tu réussisses» qu’il lui aurait lancé en le quittant. Mais «la politique est aussi l’art de mentir à propos», disait Voltaire depuis bien des siècles.

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