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jeudi 4 mars 2021
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Un gouvernement dans la tourmente. Mechichi aurait évoqué lui-même le remaniement

Le 31 décembre dernier, il s’en va en France sans aucune raison officielle apparente en laissant un bref petit mot de vœux sur les réseaux sociaux. Quatre jours plus tard, il reçoit un petit coup de fil de son homologue algérien, dont on ne connaitra rien du vrai objet. Le lendemain, il limoge son ministre de l’Intérieur (MI) et s’installe dans son bureau de l’Avenue Bourguiba pour faire lui-même l’intérimaire.

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Le même jour, et de son nouveau siège du MI, il préside une réunion virtuelle pour parler, tout aussi virtuellement, de stratégie de vaccination. Le 6 janvier, il est toujours à son ancien bureau de ministre de l’Intérieur, entouré des cadres sécuritaires, y compris  sans doute ceux dont il  avait arrêté les décisions de limogeage par son ancien ministre. Et dès le lendemain à La Kasbah cette fois, il reçoit une délégation de Qalb Tounes avec le frère de Nabil Karoui toujours en prison, pour leur dire en véritable lapalissade de communication, que « l’affaire est entre les mains de la justice ».

Il « se tape » ensuite Noureddine Tabboubi avec ses demandes matérielles incessantes, prend des nouvelles de ce qui se passe au Capitole américain en recevant l’ambassadeur Bloom, écoute l’ambassadeur égyptien venu lui proposer une coopération en matière de lutte contre le terrorisme, réunit sa « ceinture politique » pour s’assurer qu’elle reste solide, et termine sa journée à Bouchoucha à livrer du matériel aux BIR (Brigade d’intervention rapide) à la lumière des gyrophares.

–          Des considérations, en lieu et place de réalisations

C’est, en résumé, ce qu’a fait le chef du gouvernement tunisien Hichem Mechichi, pendant la 1ère semaine de la nouvelle année 2021. Y avez-vous trouvé une seule activité économique ou financière ? On pourrait certes trouver à Hichem Mechichi l’excuse de « seulement une semaine » d’un exercice intervenu après une année 2020 qui n’a pas été de tout repos pour son gouvernement touché, physiquement et moralement par le Covid-19.

Or, il venait à peine et à  grand-peine, de terminer quatre mois d’un premier mandat, plein de promesses qu’il n’a pas pu tenir, sauf celles de tout donner à tous ceux qui demandent, le Kamour en tête et les juges en tout dernier lieu. Le « gouvernement des réalisations », on attend toujours. Celui qui « mettra un terme à l’hémorragie des finances publiques à travers la rationalisation des dépenses », il n’y a qu’à voir le nombre d’augmentations qu’il a signées en quatre mois, et la hausse du budget 2021 et pas dans l’investissement. Pour ce qui est de « moderniser le système de gouvernance des entreprises publiques », le dernier échec a été celui du refus de dissocier le président du DG chez Tunisair.  Pour « promouvoir le climat des investissements », il suffit de rappeler que la loi sur l’urgence économique n’a pas encore vu le jour, et que le plan de relance repris par son ministre des Finances a été mis en pièces par l’ARP. Quant à « mettre fin à la dégradation du pouvoir d’achat du citoyen à travers la mise en œuvre des mécanismes de maîtrise des prix et la prise en charge des catégories vulnérables », il suffirait de relire le communiqué de sa dernière rencontre du 7 janvier avec Noureddine Tabboubi qui demande un « 5+5 », et de lire celui de l’INS sur l’inflation qui augmente, quoiqu’à moindre rythme.

–          Sortir de la position de gestion des affaires courantes et s’occuper de l’économie

C’est tout cela qui justifie qu’on retrouve Hichem Mechichi le cédant, toujours dans la tourmente. Après juste quatre mois au pouvoir, le voici de nouveau sur la sellette, de nouveau en bisbille avec le chef de l’Etat, et de lui-même, verser dans l’instabilité gouvernementale en se mettant dans l’obligation de faire son premier remaniement ministériel.

Une 1ère semaine de janvier où il donnait l’impression d’être à la tête d’un simple gouvernement de gestion des affaires courantes, alors qu’il devait s’atteler à préparer une loi de finance complémentaire pour le budget 2021 qui démarre à peine. Trouver le moyen d’accélérer la vaccination d’une plus large partie de la population, mettre en place les protocoles nécessaires, et débloquer l’argent pour l’achat du ou des vaccins, qui sont la seule voie de sortie de la crise sanitaire et le 1er pas de sortie de la crise économique.

Entamer et communiquer dessus pour tranquilliser ses bailleurs de fonds, domestiques et étrangers, les négociations avec le FMI. Commencer, sérieusement, à discuter une trêve salariale et sociale avec l’UGTT. Engager ses ministres et ses conseillers dans une sérieuse recherche de nouvelles idées, « Out-of-the-box », pour « mettre un terme à l’hémorragie des finances publiques à travers la rationalisation des dépensesmoderniser le système de gouvernance des entreprises publiquespromouvoir le climat des investissements, et mettre fin à la dégradation du pouvoir d’achat du citoyen à travers la mise en œuvre des mécanismes de maîtrise des prix et la prise en charge des catégories vulnérables », toutes des promesses par lui faites et par lui oubliées.

En bref, se tenir réellement au chevet de l’économie du pays et non simplement se pencher quelques fois pour l’entrevoir du bunker de La Kasbah. « Est-ce trop exiger que de vous demander, ô chef du gouvernement, de vous conduire comme un ouvrier à la tâche, et non comme un ouvrier à la journée, travaillant sans zèle et sans émulation ? », pourrait-on conclure en copiant le journaliste Emile Girardin

–          Retour à la case départ du vote de confiance ?

Le 26 août au soir, les députés accordent leur confiance au gouvernement de Youssef Chahed. Il prête serment le lendemain au palais présidentiel de Carthage. Presqu’un an plus tard, le 6 septembre 2017, Youssef Chahed annonce un remaniement ministériel portant sur dix portefeuilles. Le nombre de ministres passait alors de 25 à 28. Le 27 février 2020, il quittait La Kasbah. Son successeur Hichem Mechichi fera probablement mieux. Seulement quatre mois après sa nomination, il fera très probablement son premier remaniement.

La blogosphère tunisienne en parle tellement depuis quelques jours que cela devient une réalité. Tout comme Youssef Chahed, cela avait commencé avec le renvoi du ministre de l’Intérieur Hédi Mejdoub. Plus tard, c’est encore le poste de ministre de l’Intérieur qui sera derrière le 2ème remaniement du gouvernement Chahed.

Et ce dont nous sommes certains, c’est qu’au moins avec les députés de Qalb Tounes qu’il recevait début janvier, le chef du gouvernement a évoqué le remaniement, pas que pour le MI uniquement, mais sans donner aucun nom ou proposition de nom pour aucun poste.

Pour Mechichi, les noms se succèdent et ne se ressemblent pas pour le siège de l’Avenue Bourguiba. On évoque ainsi le nom de son actuel SG du gouvernement, et celui de son directeur de cabinet, deux de ses proches collaborateurs qu’il voudrait placer à l’Intérieur pour en garder le contrôle. Un autre nom circule, celui de l’actuel SG du MI, et qui serait soutenu par un parti politique. Sinon, Mechichi aurait l’intention de changer le ministre de la Santé, voudrait nommer un ministre pour l’emploi, devra nommer un nouveau ministre pour l’environnement, et un autre pour la culture. D’autres ministères pourraient faire les frais de ce remaniement. Mais cela relève jusqu’ici des supputations. L’actuel gouvernement était réputé être celui des technocrates. Les observateurs n’excluent plus désormais que Mechichi y injecte une forte dose de politique.

Et comme pour les deux remaniements de Youssef Chahed, Hichem Mechichi tentera d’éviter de renvoyer le gouvernement devant l’ARP pour un vote de confiance. L’ARP votera ainsi la confiance un par un, chaque ministre proposé à part. Quatre mois après sa constitution, le gouvernement Mechichi se retrouve dans la tourmente, et dans l’instabilité, et contrairement à ce qui se dit officiellement, nous ne croyons pas que les bailleurs de fonds aient accepté de s’engager dans un nouveau programme avec un gouvernement, toujours aussi instable.

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