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Tunisie : Le calme plat avant l’ouragan

La Tunisie vit dans une sorte de lévitation, après l’agitation autour du Document de Carthage 2. Pour les citoyens, le calme est réel, car les exigences du mois de Ramadan (achats frénétiques, veillées interminables, longues prières nocturnes…) ne laissent pas beaucoup de place à autre chose. Après il y aura la Coupe du Monde, qui va faire corps avec la pause estivale forcée. Donc il y a des chances que l’état de léthargie des citoyens-électeurs, par rapport à la chose politique et même économique, dure encore. Mais si tout cela est de nature à consumer les énergies du Tunisien lambda, il en est autrement pour le microcosme politique, lequel tourne à plein régime, en toute circonstance, négocie, tisse des toiles, fomente et pas toujours dans le sens de l’intérêt général. Mais ils sont ainsi faits les politiciens, et pas qu’en Tunisie d’ailleurs. En ce moment, à part l’éjection du ministre de l’Intérieur, pour les raisons que le porte-parole du gouvernement a exposées, le personnel politique n’a pas grand chose à nous mettre sous la dent. Et ça tombe bien car les Tunisiens ont la tête ailleurs. Jusqu’aux prochaines bourrasques que le même porte-parole du gouvernement a annoncées

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Cela fait un bail que le chef du gouvernement, Youssef Chahed, parle d’évaluation du rendement de ses ministres et d’un remaniement ministériel en conséquence. Mais jusqu’ici rien n’était venu illustrer ses propos, pas la moindre décision dans ce sens. D’ailleurs il n’avait pas beaucoup de raisons objectives de retoucher son équipe car tout le monde sait, du moins tous ceux qui sont honnêtes intellectuellement parlant, que même les plus brillants esprits ne pourront pas faire grand chose dans cette conjoncture difficile, plombée par des finances publiques très mauvaises, un gros déficit budgétaire et le refus des citoyens de retourner énergiquement au travail. Donc si Chahed en vient à modifier son équipe, il faut en chercher les raisons dans l’obstination de ses adversaires – surtout le secrétaire de l’UGTT et le directeur exécutif de Nidaa Tounes – à avoir sa tête. Le chef du gouvernement se dit qu’en faisant quelques offrandes humaines, il arrivera, peut-être, à dégonfler le front de ses détracteurs. Donc si demain certains de ses collaborateurs se font débarquer, ils le devront moins à la qualité de la copie qu’ils ont rendue qu’à l’urgence politique d’une purge, de sacrifices humains pour calmer la meute. Eh oui, pour ceux qui en doutaient encore, Chahed fait aussi de la politique, comme tous les autres, ou presque !

Il reste fort, le plus fort

Si le locataire du palais de la Kasbah montre cette assurance en ce moment, jusqu’à avoir le culot d’attaquer frontalement et nommément, en direct à la télévision publique, le fils du président de la République, c’est parce qu’il se sait indéboulonnable en ce moment, et très probablement jusqu’aux élections de 2019. La conjoncture actuelle et le temps jouent en sa faveur, et au fond tout le monde le sait, même si on feint de l’ignorer pour les besoins surtout de la mobilisation des troupes en vue des vraies batailles de la rentrée, qui ne baisseront pas d’intensité jusqu’au scrutin de l’année prochaine. Il faut se sentir très fort pour oser se débarrasser de son ministre de l’Intérieur dans un contexte aussi délétère. Limoger un ministre de l’Intérieur, surtout quand il est l’homme de la maison et qu’il est aimé des siens, c’est un gros risque politique, en plus des désajustements sécuritaires que cela peut engendrer par la suite. L’ancien président français Nicolas Sarkozy avait profité de ce poste très en vue pour poser les plus gros problèmes au chef de l’Etat de l’époque, Jacques Chirac. On connait la suite : Sarkozy a eu une ascension fulgurante jusqu’au palais de l’Elysée. Vous me direz que la Tunisie n’est pas la France et que Brahem n’est pas Sarkozy, mais il n’en reste pas moins que pour faire ce qu’il vient de faire, Chahed ne doit pas beaucoup douter de son bon droit et de sa force.

Le chef du gouvernement a lui aussi laissé des plumes, en termes de cote de popularité, dans cette ambiance politique nauséabonde. Mais il reste, à en croire les sondages, celui en qui les citoyens ont le plus confiance en ce moment. Certes il n’a échappé à personne que Chahed n’a fait aucun miracle jusqu’ici et qu’il brille plus par ses envolées au Parlement et à la télévision que par sa capacité à faire bouger le pays, mais le peu de personnes qui nourrissent encore des espoirs sur le personnel politique croient en lui. C’est un fait. Sans doute les vestiges de la gloire qu’il a tirée de son combat contre la corruption. Pour ses adversaires, le fait que le chef du gouvernement pulse encore, malgré tous les coups qu’ils lui ont portés, est une très mauvaise nouvelle. Pour le moment il ne leur laisse que la perche de la médiation qu’a tendue Mohsen Marzouk. Pour Taboubi ce serait l’occasion de panser ses plaies, de se requinquer après ses défaites successives et de redorer le blason du Prix Nobel de la Paix ; et pour Hafedh Caïd Essebsi une façon de s’appliquer le vernis du leader politique qui se dérobe depuis 3 ans, en attendant son face-à-face avec les électeurs au Congrès national, des électeurs qu’il a réussi à éviter jusqu’ici mais qu’il ne pourra pas fuir éternellement…

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