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Tunisie : Chahed ne finira pas comme Essid, et son mentor le sait

Pour ceux qui en doutaient encore, l’actuel chef du gouvernement (il le restera très probablement jusqu’aux prochaines élections), Youssef Chahed, n’a rien à voir avec son prédécesseur, Habib Essid. Entendez par là qu’il n’a pas le caractère amorphe – certains diront la docilité – de Essid, qui a accepté de tendre le cou pour une exécution publique, au Parlement. On l’avait même entendu adresser des remerciements à ses bourreaux, une attitude surréaliste pour un chef de gouvernement qui n’avait pourtant pas démérité (on s’en est rendu compte, hélas, bien après). Et bien Chahed ne sera pas cet agneau de sacrifice là. Et c’est une bonne nouvelle pour le pays. Vous imaginez la tête des amis et partenaires de la Tunisie s’ils apprenaient que le pays du jasmin s’est, une fois de plus, payé une crise politique avec la démission du chef du gouvernement, sous la pression de quelques illuminés pas regardants du tout sur l’intérêt national et sur les enjeux du moment. Le discours de Chahed du mardi 29 mai 2018 dans la soirée, très offensif, notamment en direction de son principal adversaire, Hafedh Caïd Essebsi (qui a fini par éclipser, et ce n’est pas en son honneur, le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi), est finalement une bonne annonce pour son mentor, le président de la République, Béji Caïd Essebsi…

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Les grands perdants

Comme l’a dit le leader du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, si BCE voulait défaire le gouvernement, il aurait une toute autre attitude. Le fait est qu’il ne voulait et ne pouvait pas vouloir la perte de Youssef Chahed. D’abord pour la simple raison que c’est lui qui l’a personnellement choisi, et même imposé alors que son poids politique en Tunisie et même au sien de son propre parti était loin de lui donner droit à cette fonction suprême. Donc si le chef de l’Etat avait décrété l’échec de son poulain au point d’être l’artisan de son éviction, il ferait le constat par là même de sa propre déroute. Et pour un homme au crépuscule de sa carrière politique (91 ans, tout de même), c’est carrément impensable. Essebsi a joué le jeu de la démocratie en poussant l’affaire du désaccord de Carthage le plus loin possible – trop loin sans doute -, mais in fine il avait la garantie que Chahed sauverait sa tête. Ne serait-ce que parce qu’en situation d’état d’urgence il est, constitutionnellement, impossible de dégommer un chef de gouvernement. Ensuite parce qu’il était clair depuis le début que le directeur exécutif de Nidaa Tounes n’aurait pas de majorité au sein des signataires du Pacte de Carthage pour inscrire Chahed à l’article de la « mort ». Enfin BCE avait l’assurance, de la part de son pote Ghannouchi, que Ennahdha ferait bloc à l’ARP pour s’opposer, le cas échéant, au limogeage de Chahed. Sans parler des députés de Nidaa et de l’opposition qui ont clairement rallié la cause du chef du gouvernement.

Si la main du chef de l’Etat a tremblé, alors qu’il aurait pu et dû dès le vendredi 25 mai 2018 en finir définitivement avec ce dossier, c’est parce que, disons-le clairement, son fils animait le groupe des anti-Chahed. Et cette hésitation coutera cher à Essebsi, pour la postérité. Quand on sait le traumatisme vécu, très récemment, par les Tunisiens à cause des ‘fils de’, ‘filles de’, ‘neveux de’, etc., (des familles Ben Ali et Trabelsi), on se dit que l’histoire lui pardonnera très difficilement ce flottement, ces 72 heures de trop, après plus de 10 jours d’atermoiements pour signer le Document de Carthage 2, dans un contexte politique et économique aussi dégradé.

L’autre grand perdant de cette affaire est, bien entendu, le fils du chef de l’Etat. Il vient de subir là son troisième revers politique, et pas des moindres, après son incapacité à décrocher l’investiture de Nidaa Tounes aux législatives de 2014 et son forfait aux législatives partielles en Allemagne. A ajouter à ses talents pour faire le vide autour de lui, avec pour conséquence cette hémorragie de militants et de députés – à peine 56 élus au Parlement, 30 de moins qu’en 2014 – que son papa, même dans sa tour dorée de Carthage, n’a pas pu ignorer et qu’il s’est enfin décidé à stopper, selon les déclarations. Essebsi junior pourrait faire l’amère expérience de son impopularité au Congrès national électif de son parti, qu’il s’ingénie à retarder depuis 3 ans, une éternité pour un parti de ce calibre.

Le Grand gagnant

C’est, évidemment, Ennahdha. Les islamistes qui, comme ils l’ont fait en se contentant de rester assis et de regarder le bloc parlementaire Nidaa se vider de son sang pour ensuite le supplanter, vont encore ramasser les lauriers de cette agitation mortifère. En effet dans ce chaos indescriptible, ils ont très stratégiquement adopté la posture de la raison, de la défense de l’intérêt suprême de la nation, en appelant à la préservation de la stabilité, enfin le peu qu’il y a, et donc au maintien de Chahed. Pourtant, comme à leur habitude, Ghannouchi & Co ont tangué, hésité, et même entamé leur exercice favori : Le double langage. Mais voilà, eux au moins ont encore cette capacité à sentir de quel côté allait tourner le vent, à écouter les voix, mêmes dissonantes, de la rue. Et on ne peut pas les blâmer pour ça, c’est aussi cela la politique, c’est aussi cela traduire les aspirations, même confuses et parfois contradictoires, des citoyens qu’on prétend représenter et défendre. Nidaa Tounes a perdu tout cela, et bien plus, depuis que HCE s’est imposé à sa tête, par la seule force de son nom. L’élection de 2019 pourrait départager les islamistes et la formation bâtie de ses mains par le locataire du palais de Carthage, mais peut-être pas à l’avantage de ce dernier…

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