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Tunisie : Pourquoi sa mort programmée n’émeut personne

On avait cru que leur problème était Néji Jalloul. Il est parti, servi aux syndicats sur un plateau par un Youssef Chahed qui a la gâchette facile, les ennuis de l’Education nationale eux sont restés. On a même atteint un point culminant avec la prise en otage, et je pèse mes mots, des notes des élèves. Un fait sans précédent dans l’histoire, très tourmentée ces dernières années, de ce pays. Et c’est sans aucun doute une spécificité tunisienne, une de plus, qu’il est impossible de voir ailleurs dans le monde, surtout sa durée… une éternité ! Mais les enseignants sont loin d’être les seuls à dicter leur loi dans une Tunisie qui a perdu la boussole depuis que l’autorité de l’Etat s’est auto-dissoute. La STAM fait aussi sa loi au Port de Radès, avec les dégâts pour l’économie que l’on sait et que vient de dénoncer avec véhémence le Conseil des Chambres Mixtes, après la CONECT et la FTTH. Les chauffeurs de taxis, louagistes et autres transporteurs dictent aussi le tempo, et honneur suprême : Leurs problèmes se règlent à la présidence de la République, alors qu’il y a toute la hiérarchie pour cela, ou à la limite le secrétaire d’Etat au Transport, le ministre, voire le chef du gouvernement si tout cela ne suffisait pas. Mais jusqu’au chef de l’Etat, tout de même !

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Mais tout va bien, tout ce beau monde est à l’abri de représailles, ou même d’un simple rappel à la loi ; l’UGTT, la toute puissante centrale syndicale, laquelle a reçu, il faut le rappeler, le prix Nobel de la paix pour services rendus à la nation, veille à ce que tous les criminels économiques vaquent tranquillement à leurs occupations. Mais que voulez-vous qu’il se passe d’autre ? Même le ministre de l’Education a esquivé quand on l’a invité dans la vénérable Assemblée nationale pour causer de la crise dans l’enseignement secondaire. Il avait mieux à faire ailleurs, parait-il du côté du palais de la Kasbah. L’avenir de nos enfants, celui du pays, le vrai, peut attendre. Noureddine Taboubi, Lassaad Yacoubi et compagnie avaient eux aussi mieux à faire ailleurs que de discutailler au Parlement. Eux, à la limite, on peut s’en passer, mais que le ministre se comporte de la sorte, ça dépasse l’entendement.

Un vieux serpent de mer

Les maux de l’école de la République ne datent pas d’aujourd’hui, mais leur plus grand symptôme est sans aucun doute la montée en puissance des établissements privés, où d’ailleurs pratiquement toute notre élite – politique et économique – a planqué ses enfants, ce qui explique peut-être son peu d’empressement à solutionner les problèmes de l’école publique. En fait, elle s’en moque. Du moins c’est ce qu’elle nous montre. Quant aux profs, cette privatisation de l’enseignement ne les gêne nullement (celle des entreprises publiques pose problème, mais pas l’éducation), ça leur fait même des classes moins chargées, moins d’heures de boulot, et ça leur fait surtout une planque dorée quand ils auront arraché la retraite à 55 ans. Une retraite pleine à 55 ans et une seconde carrière à un âge pas si avancé que ça, au lieu de se farcir du bénévolat dans les associations et aider là où l’Etat ne peut pas le faire, comme en Occident et ailleurs, que demande le peuple ?

L’Education nationale se coltine les anomalies depuis un bail. Néji Jalloul avait jeté un pavé dans la mare en assénant que son budget, le plus gros de tous les ministères, sert essentiellement à payer des salaires, à hauteur de 97%, des salaires que les enseignants veulent encore plus gros, alors que des miettes vont aux autres postes de dépense (activités sportives, clubs de dessin, peinture, musique…), pourtant déterminants pour l’équilibre de nos enfants et in fine leur réussite. Mais ça n’a l’air de gêner personne. Les autorités se complaisent dans la descente aux enfers du niveau général des élèves tunisiens, que démontrent tous les classements internationaux. Mais ça aussi n’empêche personne de roupiller la nuit, dans un pays où, paradoxalement, les écoles privées poussent comme des champignons, avec des agréments qui sont délivrés à la vitesse de la lumière (de la corruption dans l’air ?). Des écoles privées où il est impossible de s’assurer à 100% du niveau des enseignants, piochés très souvent dans la famille, les relations, le voisinage, avec des diplômes et des critères de sélection dont personne ne peut garantir la régularité. Mais ça aussi ne remue personne. Les parents s’endettent même parfois pour mettre leurs gosses à l’abri, au chaud, dans le privé, croient-ils. Ils s’en vantent même dans les réunions familiales, les diners entre potes, les brins de causette au bureau. Le « rikh tounsi » (la frime, la fanfaronnade), c’est aussi, hélas, une réalité…

Dans n’importe quel pays qui se respecte, le chef du gouvernement serait tout de suite monté au front pour déminer le terrain. Mais Youssef Chahed attend je ne sais quoi. A côté des saillies qu’il nous sert épisodiquement à l’ARP ou à la télévision, on aurait aimé de la réactivité et surtout des actions concrètes en direction d’un secteur aussi vital pour l’avenir de la nation que l’Education nationale. Mais même s’il sortait du bois maintenant, à cet instant précis, c’est déjà trop tard. Les agitateurs – Yacoubi et sa bande – ont compris que l’éducation n’était pas une priorité pour le gouvernement, c’est une sorte de blanc-seing pour toutes leurs turpitudes. Ils ne vont pas se gêner..

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