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mardi 20 octobre 2020
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Tunisie : Quand BCE aide les partenaires à pomper nos cerveaux

La Tunisie prend part, en tant qu’invitée d’honneur, au Forum Moyen-Orient-Méditerranée 2018 sur la jeunesse, organisé ces 25 et 26 août dans la ville de Lugano, en Suisse ; Sabri Bachtobji, secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, a fait le déplacement.
Mais ce qui a surtout retenu l’attention, vu d’ici, c’est surtout le message vidéo du président de la République, Béji Caïd Essebsi, adressé aux participants. Il faut souligner les envolées de BCE sur la jeunesse, le réservoir de l’élite et l’artisan de l’avenir de la Tunisie et de toute la région, des accents que partagent forcément les participants à cette rencontre. Dans la foulée, le chef de l’Etat a indiqué que sa plus grande préoccupation, dans tous ses déplacements, c’est d’obtenir des bourses pour les jeunes Tunisiens ; il s’est réjoui de l’accord paraphé avec l’Union Européenne, sur plusieurs années, donnant aux jeunes la possibilité de participer aux projets « Erasmus » qui favorisent l’échange entre les universités des pays signataires. Mais là c’est plus problématique, pour l’avenir de la Tunisie, vu la propension des jeunes boursiers à rester en Occident et ailleurs une fois leurs cursus achevés…

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Le décor, très beau

« L’avenir du pays repose sur sa jeunesse qui doit édifier un Etat du 21ème siècle, pas un Etat du 17ème, pour que la région, en particulier la Tunisie, puisse rattraper le retard qu’elle a sur les pays développés (…) « Nous voudrions avoir des dirigeants au niveau de ceux des pays développés (…) Il ne s’agit pas de rattraper le retard en traversant la Méditerranée« , a déclaré Essebsi, cité par la TAP ; il a ajouté qu’il déplore « les jeunes traversent actuellement la Méditerranée, et ils y restent très nombreux« .
Il a insisté sur le fait que les pays amis doivent épauler les nations moins biens loties, telles que la Tunisie, parce que « l’avenir de la Méditerranée, il est général ou pas » et « les jeunes du Moyen Orient, de la Tunisie et de l’Europe, représentent la même jeunesse qui a les mêmes aspirations, les mêmes idées et les mêmes rêves« .

Le chef de l’Etat a même proposé aux jeunes un « trésor« , qu’il a lui-même: « J’ai écrit un livre il y a une dizaine d’années, que j’ai dédié à la jeunesse de mon pays qui n’a pas connu cette période : la construction de l’Etat moderne et ses vicissitudes. J’espère qu’ils y trouveront les réponses aux questions que les dirigeants actuels refusent de leur fournir« .
Pour finir il lâche ces phrases, truffées de bon sens : « les jeunes doivent avoir confiance en leurs pays, soulignant qu’il n’y a pas d’avenir sans relation entre les jeunes et leur pays (…). L’avenir c’est avec leur pays« . Le souci c’est que ces mêmes bourses universitaires que BCE convoite sont devenues l’ennemi même de ce destin qu’il souhaite à sa patrie.

L’envers du décor, beaucoup moins beau

C’est à se demander si le chef de l’Etat a pris la mesure des mutations profondes qui se sont opérées depuis le 14 janvier 2011, s’il ne parle pas au nom d’une jeunesse dont l’état d’esprit a profondément changé entre temps, dont les aspirations ont changé, à la faveur d’un environnement qui a totalement changé. La jeunesse pour laquelle BCE a pondu un livre il y a une dizaines d’années n’est pas la même que la jeunesse post-révolutionnaire. Cela a complètement échappé, semble-t-il, au président de la République. Toutes Les enquêtes d’opinion sur le sujet l’ont démontré : l’écrasante majorité des jeunes, mêmes ceux qui ont déjà un bon boulot, veulent prendre le large, pour un avenir qu’ils espèrent meilleur ailleurs. Et les raisons de cet appétit pour l’exil ne sont pas qu’économiques, elles sont aussi liées à un environnement qui a subi de profondes transformations ces dernières années : Une société plus violente ; une classe politique désespérante, et BCE lui-même n’y est pas étranger ; une instabilité politique chronique ; peu de foi en l’avenir et en la capacité des dirigeants à réparer les dégâts post-révolutionnaires, etc. Personne ne peut douter de la portée et de l’utilité des bourses étrangères pour la construction de la nation, mais le fait est que leur vocation a été dévoyée.

Cette élite en devenir dont parle BCE n’aspire qu’à partir, pour ne jamais revenir, sauf pour des vacances durant lesquelles on exhibe sa réussite à la face de ceux qui sont restés, parfois malgré eux. C’est aussi ça la réalité. Alors donner des bourses à ces jeunes, plus de bourses, c’est aussi, hélas, favoriser cet exode. Quand seuls 7% des étudiants tunisiens en médecine à l’étranger rentrent après leur formation, selon l’OCDE, on ne peut pas y voir des motifs de satisfaction pour un pays qui a besoin de ses compétences plus que les pays amis qui les aspirent, en premier la France. L’Allemagne se permet même de venir chasser ouvertement sur nos terres, en appâtant nos jeunes médecins, et même les pontes, avec ces fameuses bourses que réclament le chef de l’Etat, mais les Allemands eux y vont avec de gros paquets qui abattent toutes les résistances. Et en face que font les autorités tunisiennes pour stopper l’hémorragie de compétences ? Rien, et elles le disent ouvertement…

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