Tunisie : Guigou, Hajji et Brahim font 4 propositions à Youssef Chahed

Tunisie : Guigou, Hajji et Brahim font 4 propositions à Youssef Chahed

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Dans une récente étude, intitulée «Le rééquilibrage de la balance commerciale en Tunisie» et faite par Jean-Louis Guigou, président de l’IPEMED, Mariem Brahim, Chargée d’études au sein de l’IPEMED et sous la direction de Noureddine Hajji, Président d’IPEMED Tunisie, quatre solutions, jugées efficaces par ces experts, et pouvant permettre un rétablissement de l’équilibre de la balance commerciale tunisienne, et de faire des échanges com­merciaux un catalyseur de la relance de l’économie en Tunisie, ont été avancées. Cette étude conclut ainsi à quatre propositions, qui s’adressent essentiellement au chef du gouvernement, Youssef Chahed, chef d’orchestre de la stratégie économique.

  1. Négocier avec la Chine, la Turquie et la Russie

Pour le 1er point, l’Ipemed rappelle d’abord que 85% du commerce extérieur se réalise avec les pays de l’UE, et estime équilibré ce commerce Nord/Sud. Il estime ensuite, comme beaucoup d’autres experts, que «le déficit avec la Chine, la Turquie et la Russie est colossal» et qu’il est «urgent de rationaliser les importations de la Tunisie dans le respect de ses engagements internationaux. Il en va de même de certaines des activités en Tunisie».

Les experts de l’observatoire de l’économie méditerranéenne proposent, pour la Chine, l’établissement de «nouvelles relations dans la perspective d’attirer des investissements chinois en Tunisie pour développer des plateformes d’opérations sur l’Europe et l’Afrique». Pour la Turquie, il faudrait «revoir la convention d’échanges commerciaux entre les deux pays pour limiter les importations jugées improductives et réduire les importations de luxe». Le gouvernement de Youssef Chahed s’est certes engagé dans cette voie, mais pas entièrement, refusant la révision de la convention et se limitant à durcir les conditions financières d’importation de certains produits et en rétablissant les DD sur la Turquie. Reste la Russie. Selon l’observatoire, «il devient indispensable de développer et diversifier les exportations à destination de ce pays». Peut-être que le chef du gouvernement tunisien s’y attardera, jeudi 3 janvier 2018, lors de la réunion du Conseil supérieur de l’exportation.

  1. Moderniser les filières importatrices qui sont à l’origine du déficit commercial

Pour sa seconde proposition au gouvernement tunisien, pour réduire son déficit commercial qui creuse à son tour le déficit de la balance des paiements, l’Ipemed constate d’abord que les filières qui sont à l’origine de 79% du déficit com­mercial sont la filière agroalimentaire (13% du total du déficit commercial), la filière chimique (19%), la filière métallurgie – sidérurgie (18%), la filière bois et papiers (6%) et la filière énergétique (23%).

Pour y remédier, deux axes lui paraissent prioritaires. D’abord «Rapatrier et développer en Tunisie les activités de transformation en prolongement des importations des produits alimentaires et de la production agricole et ne plus se limiter à des exportations de produits non transformés». L’exemple type, à ce sujet, est celui de l’huile d’olive, jusqu’ici en grande majorité exportée en vrac, alors que les possibilités de conditionnement et de packaging pourraient en transformer les perspectives. C’est ensuite, selon les experts méditerranéens, «concentrer les IDE sur l’ensemble de ces 5 filières et internationaliser la production». Or, jusqu’ici, la Tunisie subit les IDE et n’arrive toujours pas à les canaliser.

  1. Renforcer les filières exportatrices

L’Ipemed constate, pour la 3ème proposition de remède aux problèmes des déficits des balances, commerciale et de paiement, que «les filières qui sont fortement exportatrices et qui ont encore un fort potentiel de croissance sont la filière textile, habillement, cuir et chaussures». Il propose à ce sujet «le renforcement de la chaine de valeur et la diversification de la production» qu’il juge «nécessaire et possible», notamment par la coproduction avec les industriels européens.

Pour la filière mécanique et électrique, Guigou, Hajji et Brahim suggèrent que «la restauration et le renforce­ment de la compétitivité sont nécessaires avec l’attraction d’opérateurs d’envergure comme, à la fois, cibles et moteurs de la dynamique qu’elle doit connaitre». Il est vrai que différentes entreprises industrielles, étatiques, nécessiteraient l’entrée de partenaires stratégiques et que le syndicat ouvrier tunisien, UGTT, s’y oppose !

  1. Restaurer la compétitivité du tissu industriel tunisien

L’étude, dont l’Ipemed a donné un résumé, a mis en relief selon ses auteurs «des secteurs et des filières, pas ou trop peu exploités» et mis en exergue «la nécessaire reconfiguration et dynami­sation de quelques secteurs vers une production à forte valeur» et pointé du doigt la nécessité de «réponses claires au travers d’une politique affirmée par des actions concrètes sur le terrain».

Guigou, Hajji et Brahim citent en exemple «les secteurs et filières automobile, aéronautique, textile, habillement, cuir, chaussures, chimique, agroalimentaire, énergies renouvelables et le digital [qui] regorgent d’opportunités d’investissement » et proposent, comme levier de développement, le recours à une politique de «coproduction avec des partenaires européens et non européens».

Reste à savoir, d’abord, si les ministres des différents secteurs de l’économie tunisienne étaient au courant de cette étude, réalisée depuis août dernier et si le chef du gouvernement lui-même l’était et l’aurait lue. A tous ses critiques et détracteurs, Chahed demandait des solutions. En veux-tu en voilà !

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