Tunisie : Le placébo et baume administratif aux blessures fiscales du patronat

Tunisie : Le placébo et baume administratif aux blessures fiscales du patronat

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«Le temps est venu de trouver le courage de prendre les décisions appropriées et qui s’imposent loin des calculs politiques et électoraux étroits parce que cela n’a aucun sens de gagner des élections et de perdre une patrie». La citation est de la présidente sortante du patronat, Wided Bouchammaoui, dont le discours intervenait après celui du chef du gouvernement. Une citation qui laisserait croire que la patronne des patrons n’a pas trouvé, dans le discours inaugural de Youssef Chahed, toutes les réponses attendues par le patronat à ses problèmes. Des problèmes qu’elle avait pourtant énumérés lorsqu’elle avait dû se prononcer sur la loi de finances 2018.

  • L’appel au secours de l’UTICA…

Wided Bouchammaoui avait alors évoqué l’amélioration du climat des affaires, la lutte contre la contrebande et le marché parallèle, la réforme du système de compensation et la restructuration des entreprises. Elle avait aussi déploré que l’entreprise tunisienne devienne le chemin le plus court et le plus facile pour le gouvernement pour collecter des ressources supplémentaires et renflouer ses caisses, sans tenir compte des difficultés auxquelles elle fait face, rappelant à ceux qui ne voulaient pas l’écouter que «l’entreprise n’a plus le souffle pour supporter d’autres charges et impositions».

Dans une autre déclaration, faite en décembre dernier à une radio privée, elle mettait même en garde le gouvernement de Youssef Chahed, dont les relations avec Bouchammaoui avaient fini par quelque peu se dégrader, par un «ne vous attendez pas à de l’emploi ou à de l’investissement. Cette accumulation de taxes nous empêche de travailler sérieusement sur l’investissement (…). La Tunisie détient désormais l’une des plus grandes pressions fiscales de la région (…). 54% de notre économie est de la contrebande, dans le silence total des politiques».

A tous ces défis majeurs d’un secteur privé, sur lequel repose la quasi-totalité de l’investissement et la totalité de la création d’emploi, la fonction publique ayant déjà déclaré forfait pour le recrutement, Youssef Chahed a répondu par un ensemble de mesures administratives.

  • Et le «You talking to me ?»  du “Taxi-Driver” Chahed !

Il est vrai, certes, que le rôle de l’Administration dans l’investissement et dans l’amélioration des conditions d’investissement est important, mais il est peu probable que ces nouvelles annonces du chef d’un gouvernement encore très lent à la détente en matière de concrétisation des annonces change trop et assez vite. On se rappelle, par exemple, son annonce d’un plan d’urgence économique. L’urgence est devenue «pronostic vital engagé» et la promise loi n’est même pas engagée.

En fait, les mesures annoncées par Youssef Chahed devant le congrès de l’UTICA sont en grande partie une réponse au mauvais classement de la Tunisie, dans le classement du baromètre «Doing Business 2018» où notre pays est 88ème sur un ensemble de 190 Nations, loin derrière le Rwanda (41ème), la Turquie (60ème) et surtout le Maroc (69ème). Sur d’autres critères, comme la création d’entreprises, l’obtention de prêts ou encore le paiement des taxes et impôts, le classement de la Tunisie s’approche des derniers.

Concernant, justement, le paiement des taxes et impôts et compte non tenu des dernières mesures de la loi de finances 2018, le calcul de Doing Business estime que les taxes et impôts payés par une entreprise installée en Tunisie représentent 64,1 % du bénéfice brut. C’est là que le vrai bât blesse et que le patronat a raison.

En effet, il nous semble inutile de penser à alléger les procédures administratives de création des entreprises, s’il n’y a que peu ou prou d’investisseurs prêts à payer 64,1% de leurs bénéfices bruts au Fisc. On comprendrait même que les hommes d’affaires tunisiens aillent voir du côté du Maroc et s’y installent, alléchés par un taux n’est que de 49,8%.

Il est tout aussi inutile de raccourcir les délais de toutes les autres procédures administratives pour l’investisseur, lorsque ce dernier n’a plus de quoi investir, car c’est par les bénéfices que se fait l’investissement. Il est même inutile d’investir lorsque s’installer en parallèle vous exonère de toute taxe ou fiscalité et lorsque la contrebande rapporte, à ses barons comme à ses petites mains, plus d’argent que le salaire de tout autre investissement. En un mot, le 17 janvier 2018 au siège de l’UTICA, le chef du gouvernement a tout simplement raté le coche !

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