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Tunisie : Le retour du Gafi, ou le dossier qui pourrait tuer le GUN de Chahed

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Dans un déni, presque complet, des impératifs de la transition économique et empêtrée depuis plusieurs semaines dans les jeux et les enjeux partisans de la transition politique qui n’en finit plus, la Tunisie se trompe de priorités.

La population rêve de football. Nidaa et l’UGTT rêvent de dégommer Youssef Chahed et unissent pour cela leurs forces. Le ministre des Finances et la BCT rêvent que le FMI et la BM débloquent les 750 MDT nécessaires à la survie de l’Etat. La ministre du Tourisme rêve de millions de touristes qui sauveraient la saison 2018. Le ministre de l’Agriculture rêve d’une nouvelle campagne exceptionnelle d’huile d’olive qui sauverait le PIB. Hammadi Jbali et son ancien patron Rached Kheriji rêvent de Carthage et annoncent avant temps leurs candidatures aux prochaines présidentielles de 2019. Youssef Chahed rêve de retourner les Nidaïstes du fils à son père Béji. Et tout ce beau monde a oublié que la Tunisie avait été classée sur la liste noire et que toute la Tunisie en avait pour cela voulu à Youssef Chahed, qui s’était fâché avec l’ancien gouverneur de la BCT, ce dernier auditionné par l’ARP qui finit par virer Chedli Ayari en promettant de tout faire pour sortir de la liste noire.

Le dossier du GAFI (Groupe d’action financière) qui avait déjà explosé, en avril dernier à la face du gouvernement, risque désormais de le tuer, l’ARP et toutes les forces opposées au chef du gouvernement qui y sont aidant. Entre le 24 (c’est-à-dire le dimanche prochain) et le 29 juin 2018, c’est une réunion interne d’évaluation du GAFI qui se tiendra à Paris, en l’absence de la partie tunisienne, pour étudier le chemin fait par la Tunisie depuis et décider du sort de la Tunisie sur la liste des pays susceptibles d’être fortement exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme. Ladite réunion se penchera aussi sur les documents qui lui ont été transmis et relatant les dernières avancées de Tunis pour se plier aux recommandations de l’organisme international de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.

  • Qui dénoncera enfin les risques de l’attentisme de l’ARP ?

Contrairement à ce qui a été dit par d’autres médias, aucune délégation de la Ctaf (Commission tunisienne des analyses financières) ne sera présente à cette réunion. Parmi les avancées qui seront mises en avant, un meilleur encadrement des “professions à risques” (avocats, experts-comptables, banquiers, etc.) et le renforcement des prérogatives des autorités de contrôle.

On apprend pourtant qu’au moins deux réformes et pas des moindres n’ont pas encore été réalisées et pourraient décider le Gafi à ne pas sortir la Tunisie de la liste noire. Il s’agit, en premier lieu, comme l’ont confirmé à Africanmanager deux sources officielles contactées et ayant requis l’anonymat, du projet de loi sur la transparence du registre national des entreprises, réclamé par le GAFI et qui roupille encore à l’ARP. Cette dernière, manifestement plus intéressée par les richesses accumulées par leurs pairs tunisiens auxquels ils voudraient couper les cordons de la bourse, a estimé «plus urgent» son autre projet sur l’enrichissement.

L’autre projet de loi qui balancerait aussi entre La Kasbah, la Ctaf et Le Bardo concerne l’amendement à la loi organique sur le blanchiment n°2015-26 d’août 2015, sur le financement et la prolifération des armes de destruction massive. Les trois parties ne s’entendraient pas encore sur la terminologie et le sens des mots à mettre dans le projet de loi.

La balle est donc, essentiellement, dans le camp de l’ARP et des députés, dont beaucoup feraient semblant d’oublier cette échéance du Gafi et la rechute de la Tunisie dans la liste noire, qui pourraient leur donner l’occasion, au mieux de faire tomber le gouvernement de Youssef Chahed, et au moins de le questionner dans une audience publique qui pourra être l’occasion rêvée de faire son procès politique, après qu’il a refusé, en avril dernier, d’y être présent.

Le chef du gouvernement, pour sa part, semble aussi avoir oublié cette échéance et le risque qu’elle pourrait faire courir à son gouvernement. Pourquoi se tait-il encore en sachant à qui incombe la responsabilité du retard de différentes réformes ?

  • Le dossier de la BFT aussi

Les projets de loi concernant le Gafi ne sont pourtant pas les seuls à dormir dans les tiroirs de l’ARP. Ceux concernant les réformes demandées par le FMI et ceux dont il a pris engagement avec les 3 DG des banques publiques et concernant les crédits carbonisés dorment aussi dans les tiroirs de l’ARP. Pourquoi ne le dénonce-t-il pas et continue-t-il de se taire ?

En fait, Youssef Chahed ne se tait pas que sur ce dossier, une autre grosse échéance d’un très fort impact financier sur les finances de l’Etat reste toujours sous silence, comme un secret de polichinelle : Il s’agit de l’affaire de la BFT (Banque franco-tunisienne). Des sources étrangères font état que «l’exécutif de Youssef Chahed vient de constituer un pool de cinq avocats tunisiens» pour défendre la Tunisie. Selon ces mêmes sources, il s’agirait de l’ancien ministre de la Justice Farhat Horchani, d’Ahmed Ouerfelli «qui avait officié au poste de conseiller juridique de Moncef Marzouki», qui avait «assisté Tunis dans son arbitrage contre Lundin» et l’a perdu et enfin du cabinet Chiheb Ghazouani.

Le peuple qui pourrait être appelé à payer de sa poche les milliards DT de dommages demandés par les anciens propriétaires de la BFT ne sait pratiquement rien des développements de cette affaire qui engage pourtant ses propres finances et risquerait de faire chanceler son budget. Le droit à l’information est garanti par la Constitution. Mais ce n’est manifestement pas ce gouvernement qui va l’appliquer !

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