Cela fait plusieurs mois que dure le combat de Youssef Chahed contre la corruption. Beaucoup ont été mis aux arrêts, certains ont été relâchés, mais aucun n’a été condamné. Cela est normal dans un pays où aucune des personnes arrêtées dans le cadre des attentats de Tunis, du Bardo, de Sousse, ou encore dans les assassinats de Chokri Belaid et de Mohamed Brahmi n’a été condamnée. C’est aussi le pays où il est plus facile de constituer une commission d’enquête que d’en donner, même les premiers signes d’un quelconque rapport.
Le seul résultat tangible, pour l’instant, de cette campagne est la montée de la popularité de Youssef Chahed. En janvier 2017, ils étaient 66,1% à se déclarer contents du rendement du chef du gouvernement. Le 23 mai 2017, six hommes d’affaires connus sont mis aux arrêts et cinq autres individus soupçonnés de corruption et de vouloir porter atteinte à la sûreté nationale ont été arrêtés. Un mois plus tard, en juillet 2017, ce sont 80,2 % des Tunisiens qui se déclarent contents du rendement de Youssef Chahed. Le taux de satisfaction suivra par la suite les évolutions de sa campagne. 81,7 % en août 2017 et 79,3 % en septembre.
Mais YC n’est pas le seul à devoir son aura à la lutte contre la corruption. C’est le cas aussi de Chawki Tabib. Ancien avocat et un temps bâtonnier, l’actuel président l’INLUCC est désormais le «Monsieur-Propre», l’homme qui fait peur et le juriste dont les dossiers sont comme le détergent et même comparables à un «Anti-Cal». Une Instance dont le dernier rapport de 379 pages comporte 40 fois le titre de «ministre». Un «livre noir» de la corruption où 21 % des plaintes concernent des ministères et qui détaille 9.027 plaintes pour corruption, dont 958 transmises par la présidence du gouvernement, 140 concernant des marchés publics et 1.789 plaintes pour corruption financière et crimes économiques (50 % des plaintes).
A chaque nouveau gouvernement, ce sont soit de nouvelles déclarations de Tabib, soit des annonces de nouvelles convocations de responsables tunisiens, parfois dans de vieilles affaires. Le juge d’instruction du pôle judiciaire économique vient par exemple ce mardi 28 novembre 2017 de se saisir d’une affaire contre l’actuel ambassadeur de Tunisie en France et ancien ministre de l’Industrie Abdelaziz Rassaa, la même affaire pour laquelle a été convoqué l’actuel ministre des énergies Energie et des Mines et des énergies renouvelables, Khaled Kaddour, ainsi qu’un certain nombre de cadres et fonctionnaires de l’Etat. Avant lui, il y avait eu l’affaire de Fadhel Abdelkefi. Cela, sans oublier les ministres, anciens ministres évoqués dans le dernier rapport de l’INLUCC.
Toutes ces affaires, qui n’en finissent pas, qui sortent au compte-gouttes, des années après leur dépôt et qui ne semblent pas se résoudre de manière définitive, et les autres qu’évoquent presque quotidiennement les médias, touchant un ministre par-là ou un député par-ci, interviennent dans une conjoncture où la transition politique n’en finit pas d’être chaque fois remise en cause et dans un pays secoué par une crise économique qui dure depuis bientôt sept ans.
Des affaires qui entament sérieusement la confiance de la population, dans toutes les institutions, dans les responsables, politiques et administratifs, et dans le processus démocratique tunisien dans son ensemble. Une perte de confiance qui augmente les rumeurs, fissure à chaque fois le semblant de stabilité politique, pourtant indispensable pour la reconstruction économique.
Depuis sept ans, tous accusent tous de corruption en Tunisie, désormais presque dans l’indifférence générale et éliminent de fait tout espoir de rebondir et d’amener le pays vers une sortie et vers des rives, politiques et économiques, plus sereines.
Indéniablement, avec la guerre contre la corruption, un fléau dont tout le pays semble porter les gènes, un virus dont tout Tunisien serait porteur saint, Youssef Chahed n’aurait fait qu’ouvrir la boîte de Pandore à tous les maux, politiques, économiques et sociaux. Sans le vouloir, le chef du gouvernement tunisien aura donné le premier coup de pioche qui finira par détruire toute confiance du peuple, à qui il croyait certainement faire plaisir et aller dans le sens de ses désirs en ouvrant ce dossier.
Il n’est pas question ici de demander l’arrêt de cette guerre, cela bien qu’elle ait été engagée dans de mauvaises conditions, surtout médiatiques, et avec les mauvaises armes, législatives et juridiques. Le propos est plutôt ici d’attirer l’attention sur la nécessité d’essayer désormais de faire en sorte que la boîte de Pandore ne reste pas entre les mains des «enfants», les manipulateurs et les joueurs virtuels et de maîtriser les démons libérés pour que cette peste ne frappe pas les fondements et les fondamentaux de l’Etat.
Khaled Boumiza

















