BCE se serait-il tiré une balle dans le pied ?

BCE se serait-il tiré une balle dans le pied ?

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Le remaniement ministériel est fait. Ceux, parmi l’entourage du chef de l’Etat, qui le contestent n’ont manifestement pas lu l’article 89 de la Constitution ou en font une autre lecture. Il est vrai que ladite «meilleure Constitution du monde» n’évoque à aucun moment l’éventualité d’un remaniement. Or, il y en a eu des dizaines au cours des quatre dernières années et les services du président de la République n’avaient jamais protesté et n’ont cherché à remédier à cette défaillance pratique.

Extrait de l’article 89 de la Constitution de 2014
Extrait de l’article 89 de la Constitution de 2014

A tort ou à raison ou à travers, l’entourage de Béji Caïed Essebssi (BCE) a manifestement réagi un peu trop à chaud, lui faisant dire qu’il rejette le remaniement annoncé lundi soir par Chahed. Les dés sont ainsi jetés par les deux parties du torchon qui brûlera ainsi un peu plus entre le chef de l’Etat et son chef de gouvernement.

Extraits de l’article 92 de la Constitution de 2014
Extraits de l’article 92 de la Constitution de 2014

Sans tarder et alors qu’il était à Nouakchott, le chef du gouvernement fait envoyer une correspondance à l’ARP, demandant un vote de confiance à ses nouveaux ministres. Il brûle ainsi la politesse au chef de l’Etat qui s’était empressé de le désavouer. Trois scénarios s’ouvrent ainsi pour l’improbable issue de la crise politique qui dévaste depuis plusieurs mois la jeune démocratie tunisienne. Tous semblent être défavorables à BCE.

  • Et si l’ARP disait oui ?

Le premier est que l’ARP n’accorde pas sa confiance à la liste des nouveaux ministres de Youssef Chahed. Mathématiquement et sur le papier, Youssef Chahed et ses alliés sont en mesure d’avoir les 109 voix nécessaires au passage de la liste des 18 ministres et secrétaires d’Etat. Selon les chiffres actualisés de l’ARP, Ennahdha dispose de 68 députés, la Coalition Nationale, dite de Youssef Chahed, dispose de 40 députés et Machroua Tounes dispose de 14 députés. Au total, ce serait 122 députés qui voteraient la confiance au nouveau gouvernement. Les 4 mariages et 8 enterrements, faits lundi soir par le chef du gouvernement, lui assureraient un passage «les doigts dans le nez», sauf complication de dernière minute.

  • Et si BCE disait non et bloquait le gouvernement ?

Une fois le vote de confiance accordé, le même article 89 de la Constitution oblige le gouvernement à repasser par la case Chef de l’Etat, devant lequel il doit prêter serment et jurer d’œuvrer avec dévouement pour le bien de la Tunisie, de respecter sa Constitution et ses lois, de veiller à ses intérêts et de lui être loyal.

Extrait de l’article 89 de la Constitution de 2014
Extrait de l’article 89 de la Constitution de 2014

Logiquement et à moins de se désavouer, BCE devrait recevoir en cérémonie officielle les mêmes ministres dont il avait auparavant refusé la nomination. Il devra aussi signer le décret de nomination des nouveaux ministres.

Refuser de le faire le mettrait alors dans une difficile situation de non-respect de la Constitution qu’il avait lui-même juré de respecter et bloquerait le nouveau gouvernement. La Constitution n’évoque pas non plus ce genre de Casus-belli, ni la manière de le dépasser ou de le résoudre. Il ne lui resterait alors qu’à invoquer l’article 99 de la Constitution. Il est vrai qu’il avait affirmé, en septembre 2018, qu’il n’utilisera pas cet article, mais sans oublier d’y ajouter un «pour l’instant». Or, même dans le cas où il le ferait, l’équilibre des forces au sein de l’ARP lui ferait perdre face.

  • Et si le chef de l’Etat démentait sa propre porte-parole et s’inclinait ?

Perdre face, c’est le 3ème scénario qui se profile. Une fois le vote de confiance acquis pour ses 18 nouveaux ministres, Youssef Chahed devra attendre la cérémonie de prestation de serment, étape aussi importante pour son passage à l’action que la publication au Jort pour une loi votée au Parlement et tout aussi important que le décret de nomination.

Le chef de l’Etat se trouverait alors dans l’obligation de désavouer tout son staff, démentir sa porte-parole et recevoir les nouveaux ministres. Il se désavouerait alors lui-même et condamnerait son parti à l’échec lors des prochaines élections, législatives et présidentielles, qui se tiendront en décembre 2019. Gageons pour l’instant que BCE sortira prochainement sur les écrans d’une des chaînes TV qui ne l’aura pas entre temps accablé, pour discourir sur le sujet. Que pourrait-il alors dire?

1 COMMENTAIRE

  1. Monsieur le président de la république l’a déjà dit avant son élection, qui stipule qu’il laissera des jeunes pour diriger le pays après lui et il a encore confirmé dernièrement, que tous sont ses enfants.
    La sagesse de Monsieur le président de la république à laquelle il a habitué les Tunisiens, lui permet de formuler ses directives pour une meilleure réussite du futur gouvernement et de confirmer ainsi sa tenue de sa promesse.
    Dans tous les cas, la Tunisie doit être gagnante et non les détenteurs des éphémères chaises.
    Il n’y a que la sagesse et la recherche des solutions pacifiques et réfléchies qui puissent éviter la perte du temps, la dévaluation progressive du dinar et les risques non calculés que courent tous les innocents Tunisiens actuels et à venir.
    Tous nos capitaux humains et financiers doivent se mobiliser pour l’immunité sociale et économique de notre pays quelque soit les sacrifices à consentir individuellement et collectivement. Nous n’avons pas droit de quitter ce monde et laisser nos enfants et nos petits enfants dans l’esclavage des divers financiers de la planète. Ayez Messieurs du sommet de la pyramide, le minimum de pitié pour les innocents, présents et futurs Tunisiens et préparez les ambiances favorables à l’augmentation de leur puissance intellectuelle, au gain du précieux temps de travail productif, utile pour tous et à la meilleure gérance de toutes nos ressources humaines et matérielles.

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