Deux âges, deux images et deux types de bavardage

Deux âges, deux images et deux types de bavardage

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Comme on ne croit pas qu’ils se soient, comme auraient pu faire «deux têtes dans la Chechia» d’un même Etat, donné le mot ou se soient concertés, les deux têtes de l’Exécutif tunisien avaient célébré, chacun à sa manière, la fête de ladite révolution. Deux façons qui appellent quelques remarques, à partir de la sémantique et de la syntaxe des images.

  • Le choix du passé et de l’histoire

Béji Caïed Essebssi (BCE), l’un des deux plus âgés chefs d’Etat du monde, s’en est allé au temple de l’histoire, le Musée du Bardo, pour célébrer le temps passé et qu’on essaie de fixer, soit pour le regretter, soit pour en tirer les conclusions. Il est vrai que c’est cette même histoire qui l’avait ramené du passé et l’avait injecté dans un présent qu’il n’a pas pu, ou su, changer. Il serait presque, toutes proportions gardées, le 2ème président qui n’aura pas su être le chef de tout un Etat.

Il est tout aussi vrai que BCE a toujours été l’homme des histoires dont il ponctue ses discours, l’homme de l’histoire qui constitue sa principale référence dans ses discours aussi, et partant, dans sa vision d’une démocratie monarchique où l’on privilégie le parti sur la patrie. La vision qui prévalait chez presque tous les dirigeants de Rome et de Carthage dont il ne reste que des statues de marbre. Mais aussi vision d’une histoire assez lointaine, celle des Beys de Tunis, que le premier des chefs d’Etat tunisien avait fini par écarter. Même sans le vouloir, il semble que le choix d’un Musée pour célébrer une révolution qui se voulait reconstructrice de l’histoire pour un avenir meilleur n’était pas le bon choix. L’avenir, qui est le symbole de la jeunesse qui avait réellement fait la révolution que BCE célébrait, était de plus affiché en noir, un choix graphique de deuil et de tristesse, qui contraste encore plus avec le vrai sens de toute révolution, théoriquement initiatrice d’une nouvelle ère faite de lumière.

  • Le choix de l’avenir et de la jeunesse

Seconde tête du même Exécutif, le chef du gouvernement avait choisi de célébrer la révolution à travers sa jeunesse. Celle-là même qui l’avait payée de sang, sans en tirer le moindre profit. Dès le départ de l’ancien président, ce sont en effet d’anciens prisonniers, en exil doré dans des pays européens, qui avaient monté le pouvoir et se sont partagés, en compensations diverses et variées, le maigre butin trouvé dans les caisses d’un pays où l’équilibre annuel du budget ne laissait jamais aucune cagnotte. La troïka d’Ennahdha et du CPR (Congrès pour la République) avait tout pris de l’argent et laissé toute la jeunesse sur sa faim et dans le chômage pour lequel elle avait fait la révolution.

Quadra, Youssef Chahed recevait ce lundi 14 janvier 2014 autour de la table des conseils de ministres où tout se décidait chaque jour presque ses semblables, des jeunes de trente ans et moins. Des jeunes n’appartenant à aucun parti et faisant corps avec la société civile qui avait été un temps déterminante dans le virage du modèle sociétal que voulait imposer le parti islamiste tunisien.

Entre jeunes, le chef du gouvernement avait parlé de renforcement de la participation des jeunes dans la vie politique, d’intégration de la jeunesse dans la vie sociale et professionnelle, de renforcement des capacités créatives de la jeunesse. Bref, de l’avenir, autre que celui de la Harga ou immigration clandestine, de création d’entreprises pour se prendre en main, d’ouverture, d’équilibre et de protection contre les dangers de l’extrémisme.

Deux endroits, Le Bardo des épitaphes et La Kasbah des inaugurations, deux genres de célébration, celle de l’histoire et celle de l’avenir, deux catégories différentes de célébrés, les premiers morts et les seconds vivants, deux langages tenus, celui des souvenirs et celui de l’avenir.

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