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Les 3 pompiers pyromanes de la Tunisie

En partant du principe que les deux acteurs principaux la crise, institutionnelle ou constitutionnelle au choix, que traverse la Tunisie depuis le 16 janvier 2021, date d’annonce par Hichem Mechichi de son remaniement ministériel, sont l’homme au Perchoir du Bardo et l’homme au fauteuil de Carthage, il est clair que trois personnes font et défont les crises en Tunisie. D’abord, Noureddine Tabboubi sur le plan social, ensuite le duo Ghannouchi Saïed en politique. Les trois hommes sont comme le dit un adage local, ceux qui « allument le feu et demandent qui l’a fait ».

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–        Le syndicaliste de la fonction publique

Le 8 février de cette année, Noureddine Tabboubi entamait sa 60ème année d’âge, et sa 30ème année de syndicalisme, initiée à la société « Ellouhoum ». Elu SG le 26 janvier 2017, il ne connaît toujours pas la retraite. L’homme est à la tête de la toute-puissante centrale syndicale, qui n’accepte aucune concurrence en matière de défense des droits des travailleurs. Il est celui par lequel passent toutes les augmentations salariales, notamment du secteur public. Des augmentations salariales qui gonflent chaque année encore plus la masse salariale de la seule fonction publique tunisienne, devenue l’une des plus grosses au monde (18 % du PIB, pour 6 % de la population), comme l’a constaté le FMI dans son dernier rapport de l’article IV.

Et si ce n’est pas une nouvelle hausse, c’est une ancienne convention oubliée ou en retard, qu’il demande pour ses ouailles. Des augmentations, qui ne laissent que très peu d’argent à investir pour la création d’emplois par l’Etat, et empêchent toutes réformes  de nature économique et financière. « Homme des lignes rouges », c’est lui qui va haranguer les foules devant Tunisair, compagnie  qui doit essentiellement la grande majorité de ses problèmes au surbooking d’employés, et demander simplement le départ de la nouvelle PDG. Et c’est aussi celui par lequel passent, directement comme son dernier appel à une grève générale, ou indirectement à travers les Unions Régionales, toutes les grèves et presque tous les sit-in. Des grèves qui ont mis le secteur tunisien du phosphate à genoux.

L’UGTT et son Tabboubi sont aussi des éléments clés de toutes les crises politiques depuis 2011. Ils déclenchent des grèves contre les chefs de gouvernement qui n’abdiquent pas devant leurs revendications, puis demandent  la mise en place de plus d’un chef de gouvernement, pour ensuite s leur départ. Ils appellent à des « Dialogue National », et se rangent ensuite derrière l’une des parties de la crise que devrait résoudre ce même Dialogue, comme avec Kais Saïed qui l’avait un jour invité, expressément pour l’en remercier. L’homme et son organisation sont sur tous les fronts, et des deux côtés de la barrière, sauf celle de la recherche de la production et de productivité (- 6,3 % en décembre 2020) de l’investissement (- 28,8 % selon FIPA) et des salaires pour les chômeurs au nombre de 725 mille.

–        L’islamiste qui veut faire pression par la rue

Octogénaire depuis juin dernier, il joue depuis novembre 2019 le mélodrame du « vieil homme et la mer (de) » tunisien coécrit par la Troïka (Les trois partis qui ont fabriqué la Constitution de 2014), qui ne laissera par la suite personne gouverner, ni le chef de l’Etat, ni le chef du gouvernement, ni le Parlement.

Né Khriji, l’ancien repris de justice qui s’était fait nettoyer son « Bulletin N°3 » en 2016, Rached Ghannouchi dirige un parti à ceinture familiale et en muette dissidence, l’amenant à briguer le Perchoir en dernier refuge s’il venait à en quitter la direction. Sa popularité frise les quelques centiles  dans les sondages d’opinion, il a échappé de justesse à une première motion de censure et pourrait en affronter une autre.

Nœud gordien de toute la crise politique tunisienne depuis 2011, toujours leader d’un islamisme politique qui n’arrive pas à faire ses preuves en gestion de gouvernement, il focalise toute la contestation populaire qu’il essaie de retourner en sa faveur.

Pris dans les nasses du refus du chef de l’Etat tunisien qui récuse toujours le remaniement de Hichem Mechichi, un chef de gouvernement sous influence de sa ceinture politique où le parti Ennahdha est maître à bord, ce parti appelle désormais SA population à descendre dans la rue [ar] samedi prochain, sous couvert de « défendre la Constitution », dont Saïed se dit le seul défenseur.

Le bras de fer de Ghannouchi dure désormais depuis plus d’un mois, dans un pays endetté jusqu’au trognon et qui s’apprête à en faire plus. Un pays qui attend, la peur au ventre, la nouvelle notation souveraine de Moody’s, déjà passée de stable, à sous surveillance, puis à B2 Négative en une seule année, et qui sera déterminante dans la signature d’une nouvelle convention de crédit avec le FMI.

–        Le complotiste à la recherche d’un simple premier ministre

Juriste constitutionnel, Kais Saïed fête ce lundi 22 février 2021, son 63ème anniversaire [Ndlr : Joyeux anniversaire Monsieur le Président], le chef de l’Etat tunisien ne jure, depuis octobre 2019, que par les complots, fomentés contre lui comme cette tentative d’assassinat en janvier 2021, ou contre l’Etat. Défenseur acharné de la théorie du complot, récurrente dans la grande majorité de ses allocutions, il n’en donne jamais les détails, bien qu’en possédant « le détail des détails », disait toujours le président du conseil national de sécurité qu’il est.

Chef d’Etat avec peu de prérogatives, à la recherche d’un chef de gouvernement qui jouerait au premier ministre, il en avait nommé trois. Le premier n’a pas pu passer l’écueil du vote de confiance de l’ARP, le second a été démis pour  cause de conflit d’intérêts, et le 3ème détesté et voué aux gémonies depuis qu’il avait refusé de maintenir un des ministres adorés par le chef de l’Etat.

Populiste jusqu’à la moelle, chicanier dans ses rapports administratifs avec les deux autres têtes de l’Exécutif, il a fait le Buzz plus par sa fameuse lettre écrite en vieux Koufi que par la vidéo du Factotum chargé de rapporter récépissé de sa lettre à Hichem Mechichi, il bloque tout un gouvernement et s’en défend en accusant son chef de gouvernement.

Analphabète en économie, il n’en parle presque jamais dans ses allocutions complotistes tout en colère. Il aurait refusé de recevoir une délégation du FMI, ne prend que très rarement position sur la crise économique et financière du pays, ne s’intéresse qu’à la situation sociale lorsqu’il reçoit son ami et allié de l’UGTT, et n’arrivait toujours pas à concrétiser les quelques grands projets régionaux qu’il se serait débrouillés lors de ses très rares déplacements dans les pays arabes.

–        Tous, pompiers-pyromanes

Ces trois personnes, influentes dans la Tunisie de l’après Ben Ali, se présentent comme les seuls pompiers capables d’éteindre tous les incendies qui dévorent depuis dix ans la Tunisie, politique, sociale et économique. Ce sont, pourtant, les mêmes personnes qui sont à l’origine, par calculs politiciens, par laxisme et le déni de grossesse de crise, qui allument et attisent chaque jour, en véritables pompiers pyromanes, le feu de la révolte et jouent à la politique de la terre brûlée dans leur propre pays, dans le jeu purement politicien du « Breaking Bones ».

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